Quand les profs innovent 

Par François Jarraud



 

 

Qu'est-ce qui peut pousser un prof à innover ? Sans doute le sentiment d'une certaine impuissance dans une situation pédagogique conventionnelle. Peut-être aussi le désir de mettre un peu de piment et d'aventure dans le ronron scolaire. Nous avons réuni dans ce dossier trois expériences, fort différentes, qui illustrent la capacité des enseignants à inventer et à se surpasser.



Argenteuil : Motiver les élèves


Par Françoise Solliec


Comment motiver et aider des élèves confrontés à de premiers résultats insatisfaisants et à des enseignements qu’ils jugent inintéressants ? Au travers de plusieurs expérimentations, menées par des équipes solidaires, le lycée Jean Jaurès d’Argenteuil établit ses propres solutions.


Le lycée Jean Jaurès d’Argenteuil accueille un public varié dans ses formations professionnelles, scientifiques et techniques et met en place depuis longtemps des actions propres à motiver et encourager les élèves. Issues d’expérimentations ou de réflexions antérieures, trois de ces actions sont aujourd’hui labellisées au niveau académique, l’une portant sur des enseignements de découverte, la deuxième sur l’accompagnement personnalisé, la troisième sur un essai de rupture dans le temps scolaire. Elles nous sont présentées par la proviseure, Annie Tobaty.


Dans une classe de 2nde a été mis en place cette année un enseignement portant sur les objets numériques, coanimé par un professeur de maths et un d’électronique. Répartis en groupes de 3, les élèves se saisissent d’un objet, par exemple le GPS, pour étudier son fonctionnement et comprendre les algorithmes mathématiques qui sont à la base de cette invention. Leur travail est rendu principalement sous forme orale. Il s’agit ici, dans une classe « ordinaire », de motiver les élèves pour des choix de carrière scientifique et technique et de leur donner une première expérience de construction de l’innovation scientifique et technique.


L’accompagnement des élèves est organisé sur plusieurs niveaux, précise Annie Tobaty. Il concerne une classe de 2nde, 2 classes de 2nde et 1ère professionnelles microtechniques et une classe de BTS 1ère année. Le dispositif s’adresse également aux élèves décrocheurs de tous niveaux, en fait principalement 2nde professionnelle et 1ère générale. Le repérage de ces élèves est le fruit d’un travail d’équipe entre professeurs principaux et CPE, qui notent les signes de violence verbale, endormissement en classe, absentéisme, … Tous les élèves ainsi repérés se voient proposer un entretien avec des COP, CPE, infirmière, assistante sociale, en fonction des situations de chacun. Cette cellule d’intervention, dans laquelle se retrouvent aussi des enseignants va établir un diagnostic plus précis et déterminer un référent qui va suivre l’élève et fixer avec lui des objectifs atteignables. Ce suivi fonctionne bien pour quelques-uns des 25 élèves concernés, moins bien pour d’autres, selon Annie Tobaty, qui constate néanmoins avec satisfaction qu’aucun d’entre eux n’a réellement décroché et qu’ils sont toujours régulièrement présents dans l’établissement.


En 2nde générale, l’accompagnement prend la forme d’un tutorat concrétisé par des rencontres de 1h tous les 15 jours. Un enseignant anime un groupe de 4 à 5 élèves pour les faire travailler en échanges de pratiques (révision des leçons, devoirs, prise de notes) puis pour organiser des activités liées aux processus d’orientation. L’échange entre élèves y est fondamental.


En 2nde professionnelle, le projet est « à double détente ». Les tuteurs sont d’abord des élèves de 1ère, accompagnés par un enseignant. Ils expliquent le lycée à leurs camarades, les aident dans des ateliers ou leur recherche de stages en entreprise. Les enseignants sont assez satisfaits de cette formule, car ils notent une plus grande implication des élèves accompagnés, sans pour autant cependant que cela rejaillisse sur les résultats.


En 1ère année de BTS, chaque nouvel entrant est accompagné par un professeur, pour l’aider à mieux cerner les objectifs de la formation et définir ses besoins.


Tous les professeurs accompagnateurs ont bénéficié d’une formation de 3 jours, organisée dans l’établissement.


L’idée d’une rupture dans le temps scolaire est née du constat de démobilisation de nombreux élèves sur la période décembre janvier, explique Annie Tobaty. Il s’ensuit un climat de tension entre professeurs et élèves, avec des manifestations très variées. Ce climat ne cède pas si on essaie de le traiter au moyen de sanctions, au contraire. La réflexion menée avec les délégués des élèves a fait ressortir la confrontation difficile aux résultats, le rythme artificiel de l’école, générateur d’ennui, les envies ou compétences non reconnues (pratique de l’oral, activités artistiques par exemple). Il a donc été décidé d’interrompre les cours une semaine en décembre (sauf pour la classe préparatoire) et de répartir les 1300 élèves, tous niveaux confondus, dans près de 180 ateliers aux thématiques très variées  (activités de découverte, sportives, culturelles, d’orientation, des TP organisés avec l’université, des activités techniques avec les enfants des écoles, etc.) Le choix des ateliers comprend une partie de parcours obligé et une partie libre.


L’indice de satisfaction a été grand et les élèves, très majoritairement des garçons, ont plébiscité d’une part des activités sportives et d’autres part des langues non enseignées dans l’établissement comme l’italien ou le breton. « On y a gagné un apaisement certain, alors que la situation était très conflictuelle en novembre ». L’expérience ne semble pas avoir eu d’effet sur le taux d’absentéisme, mais les élèves l’ont vécue avec enthousiasme et en ont beaucoup parlé avec leurs parents, nettement plus réservés au départ.


Les actions décrites correspondent à certains objectifs du projet d’établissement et avaient déjà fait l’objet d’expérimentations, sous une forme ou sous une autre, affirme Annie Tobaty. Pour l’an prochain, l’enseignement autour des objets numériques devrait être conservé et la co-animation développée dans les autres enseignements d’exploration. Le tutorat sera bien sûr maintenu et élargi et Annie Tobaty estime que l’expérience menée en 2nde générale sera certainement importante pour la mise en place de l’accompagnement personnalisé



A suivre : Les expérimentations des lycées franciliens dans Le Francilien n°17

Comment motiver et aider des élèves confrontés à de premiers résultats insatisfaisants et à des enseignements qu’ils jugent inintéressants ? Le lycée Jean Jaurès d’Argenteuil a à faire face à cette situation. Il a établi ses propres solutions. Trois de ces actions sont aujourd’hui labellisées au niveau académique, l’une portant sur des enseignements de découverte, la deuxième sur l’accompagnement personnalisé, la troisième sur un essai de rupture dans le temps scolaire.


A quelques kilomètres de distance, pour le lycée Paul Langevin de Suresnes, 92, c’est le parcours d’orientation des élèves, de la 2nde à la terminale, qui apparaît comme une priorité à mettre en place, en faisant entrer les élèves dans une démarche active, suivie de très près par toute une équipe.


L'édition francilienne du Café pédagogique est consacrée à ces expérimentations. Ces démarches nouvelles , reconnues officiellement dans un cadre national, méritaient qu'on aille les visiter. Toutes elles prennent des formes variées mais qui permettent d'atténuer le choc du passage en lycée, de remotiver les jeunes et finalement d'améliorer l'efficacité de l'établissement.  On parle de tutorat, d'accompagnement personnalisé, d'enseignements d'exploration…


Mais ce n'est pas le seul impact de ces expérimentations. Dans un lycée qui a une politique très active de tutorat, le proviseur nous confie qu'il s'agit aussi de rassurer les enseignants sur leur espace de liberté et de les laisser élaborer leurs solutions en toute autonomie. « Comment, en termes de pilotage, trouver la bonne démarche et le bon rythme pour que les enseignants puissent être responsables et autonomes dans leurs projets ? » Au niveau académique, l'expérimentation est aussi un cadre pour financer des projets d'établissement et un laboratoire  pour la généralisation de la réforme du lycée.

Découvrez le sommaire du Café francilien n°17

http://www.cafepedagogique.net/regionales/Pages/idf17_Sommaire.aspx



Des énergies renouvelables à Sète. Un jeu sérieux sur développement durable et citoyenneté


Par Ludovic Delorme


Peut-on apprendre en jouant ? Oui ! De la géographie aussi ? C'est ce que montre l'expérience du jeu sérieux sur les énergies renouvelables réalisé par une équipe de l'INRP. Le jeu sérieux permet rien moins que "modifier le rapport des élèves au savoir en les impliquant dans le processus de traitement de l’information". Autrement dit il permet une appropriation des connaissances très profonde.


A Sète, une petite ville du sud de la France, six entreprises sont en compétition pour remporter un appel d’offre qui concerne la production d’énergies renouvelables. Ces entreprises sont spécialisées dans les éoliennes de grande et petite taille, dans les pompes à chaleur, l’énergie des vagues, les panneaux solaires ou la méthanisation. Chaque entreprise doit convaincre le comité d’appel d’offre (CAO) que son projet est le meilleur possible pour la ville. Elles doivent aussi se confronter aux contre-arguments d’une association de citoyens qui s’oppose aux projets présentés en pointant leurs incohérences et leurs faiblesses. Au final, le choix du projet sera mis au vote des citoyens de la ville. Chacun est conscient de l’importance des enjeux. Chacun est fortement impliqué. Les débats sont animés et la compétition est rude… mais ce n’est qu’un jeu. Le maire est un enseignant et les rôles des personnages du comité d’appel d’offre, des entreprises et de l’association de citoyens sont joués par des élèves.


Ce jeu de rôle a été conçu pour des élèves de classe de seconde du lycée Paul Valéry à Sète (34) en utilisant des outils géomatiques. Les différents personnages peuvent recueillir des données utiles et mesurer l’impact des projets sur l’environnement en utilisant un globe virtuel. Ils utilisent également des éléments de réalité augmentée à l’aide d’un jeu conçu avec MITAR  (1) (Daniel & Badard, 2008) et installé sur des pocket-PC, pour évaluer, sur le terrain, à partir d’interview « d’habitants » la pertinence des choix d’aménagement effectués.

Ce jeu de rôle s’est déroulé dans le cadre de l’enseignement de sciences  de la vie et de la Terre mais il met en jeu des concepts issus des champs de la géographie, de la physique et de l’économie. Dans cet article, nous décrivons le scénario et les outils utilisés, le déroulement du jeu et les résultats préliminaires d’une recherche menée par notre équipe à l’INRP.


1. Le scénario du jeu


La mairie de Sète (représentée par la Commission d'Appel d'Offre : Mme Eidelemerth & Mme Oditionne) souhaite investir dans les énergies renouvelables. Elle lance un appel d'offre auprès de six entreprises spécialisées. Ces entreprises disposent de six semaines pour monter un dossier répondant au cahier des charges : choix du terrain, prise d'informations sur le terrain, respect de l'environnement, modélisation sur un modèle numérique de terrain... Chaque dossier, accompagné d'un poster, sera défendu lors d’une présentation devant la CAO.



Type d'énergie

Nom de la société

Nom des joueurs

Aérothermie

Aero DIscount

M Danlevan M Zéohir

Energie des vagues

Hydro Energie

M Marein M Houle

Vent (éolienne de forte puissance)

Eole Megapower

M Sadécoif Mme Blizzard

Vent (éolienne individuelle)

Vent d'Autant

M Mistral M Couandère

Méthanisation

Biogaz Energie

Mme Sagase Mme Maitane

Soleil (panneaux solaires)

Photo Elec

M Sachauf M Hélios


 La ville est découpée en 8 secteurs. L’implantation des unités d’énergie renouvelable peut se faire sur un ou plusieurs quartiers.

Cependant, l’équipe municipale est aussi soucieuse de connaitre l’avis des citoyens sur la question. Pour cela, elle invite une association de citoyens (M. Pacotan & M. Encolair) à prendre part aux débats (en proposant notamment des contre-arguments sur les projets des entreprises). Puis elle lance une vaste consultation citoyenne sous la forme du vote de l’ensemble des élèves du lycée à l'aide de posters affichés au CDI, ainsi que des articles rédigés sur le site internet du lycée. A l’issue de ce vote, la CAO annonce le projet retenu.


2. Le déroulement du jeu

 

Le jeu est lancé par le « maire », rôle joué par le professeur.

Les élèves disposent de deux semaines pour réaliser un pré-projet. Ils utilisent notamment des modèles 3D sur le modèle numérique de terrain de Google Earth : ces modèles, préalablement géolocalisés sur un terrain vierge à proximité de la ville, doivent être positionnés en fonction de contraintes techniques et environnementales. Les modèles 3D utilisés représentent une usine de méthanisation, des éoliennes de grande taille ou de petite taille, des panneaux solaires, des pompes à chaleur, les systèmes Pélamis et Searev (énergie des vagues).

Le pré-projet est ensuite défendu devant la CAO, l’association de citoyens et les autres entreprises.

      

 

 

 


Les entreprises disposent à nouveau de 2 semaines, pour réviser leur projet en fonction des remarques et critiques émises.Pendant ce temps, la CAO et l’Association de citoyens disposent de PC Pocket pour vérifier sur le terrain la cohérence technique et environnementale des divers projets. Pour cela, ils utilisent un jeu qui permet la diffusion d’interviews d’habitants concernés par les projets diffusé lorsque le PC Pocket est localisé dans une zone où une entreprise a prévu des aménagements. Le jeu a été conçu à l’aide du logiciel MITAR diffusé gratuitement par le Massachusetts Institute of Technology.

        


3. Les projets présentés


Lors de la sixième semaine, les entreprises présentent leur projet final devant la CAO et l’association de citoyens.  Les projets sont présentés sous forme de posters. Ils sont aussi géolocalisés dans Google Earth.

Afin de connaitre l’avis de la population, la CAO lance une consultation citoyenne au centre de documentation et d’information et par le biais du site internet du lycée. Chaque lycéen est invité à voter en faveur de la plus belle affiche, et du projet le plus réaliste. Mais l'Association de citoyens veille... et dépose des tracts soulignant les faiblesses et les incohérences de chaque projet.


 

L’ensemble des posters peut être visualisé sur :

http://eductice.inrp.fr/EducTice/projets/geomatique/jeu-et[...]



 

 

4. Quelques résultats de la recherche


Les résultats préliminaires de la recherche qui a été conduite montrent l’intérêt du jeu pour concevoir des situations d’apprentissage complexes. Par situation complexe nous entendons une situation qui échappe au déterminisme simple et qui implique la mise en œuvre de tâches complexes (Lasnier, 2000). Il n’y a pas une solution unique pour la mise en place d’énergies renouvelables à Sète mais plutôt différentes possibilités pour lesquelles il faut sélectionner la ou les meilleures informations parmi celles qui sont disponibles au moment de la prise de décision. La connaissance est alors comprise comme une construction résultant de d’un processus de recherche et d’investigation (King & Kitchener, 1994). La situation conduit les élèves à engager une réflexion sur la diversité des facteurs à prendre en compte. Elle leur permet de prendre conscience des connaissances qu’ils mobilisent mais aussi des zones d’ombre et d’incertitude. Elle leur permet d’identifier des manques par rapport à des éléments susceptibles d’éclairer le processus de décision. La situation est donc fondamentalement pluridisciplinaire. Elle permet l’analyse réflexive. Elle permet ainsi une approche de la complexité dans le cadre d’une éducation à la citoyenneté.


Cette expérimentation a également montré, dans la suite des travaux initiés dans l’équipe (Sanchez & Jouneau-Sion, 2009), l’intérêt de la géomatique pour élaborer de telles situation d’apprentissage et en particulier pour prendre en compte la complexité du problème à résoudre. Par ailleurs, l‘utilisation de la réalité augmentée apporte une plus value intéressante pour concevoir la situation. L’enseignant peut bénéficier de la richesse du terrain pour concevoir le jeu tout en gardant un certain contrôle sur les informations dont les élèves disposent (Sanchez, Delorme, Jouneau-Sion, & Prat, à paraître). Ces outils permettent de modifier le rapport des élèves au savoir en les impliquant dans le processus de traitement de l’information.


Nous avons également relevé l’engagement des élèves qui semble lié à la prise en compte de différents facteurs dans l’élaboration de la situation. Il s’agit de la compétition, mais également des aspects collaboratifs, du travail sur une situation concrète  dans un environnement connu et sur un sujet d’actualité. Cet engagement est également probablement lié au fait que les élèves endossent un rôle. Un rôle qui d’une part leur permet d’éprouver un certain plaisir et, d’autre part, de dédramatiser d’éventuels échecs.


L’autonomie des élèves s’observe au travers des stratégies qu’ils mettent en œuvre. Ces stratégies sont très différentes selon les groupes : des élèves intéressés par la dimension communication de la situation commencent d’emblée par concevoir leur poster, certains privilégient la géolocalisation immédiate. Ils bricolent tout de suite un projet visualisable. D’autres s’attaquent au fond du dossier. Ils rédigent un avant-projet. Cette autonomie est rendue possible par la conception de la situation elle-même car elle privilégie les interactions entre élèves au cours du jeu (présentation du pré-projet) et rend possible une modification de stratégie.


Le travail qui a été conduit nous a permis d’identifier un certain nombre d’éléments  à prendre en compte pour l’élaboration d’une situation ludique (Sanchez, 2010) dans un contexte d’apprentissage. Ces éléments constituent un guide, à destination des enseignants, qui sera mis en ligne sur le site de l’équipe dans les tout prochains  mois.


Ludovic DELORME

ludovic.delorme at ac-montpellier.fr     



Note

(1) http://education.mit.edu/drupal/ar


Références


Daniel, S., & Badard, T. (2008, 28-29 August 2008). Mobile geospatial augmented reality, games and education: the Geoeduc3D project. Paper presented at the Second International Workshop on Mobile Géospatial Augmented Reality, Québec, Canada.

King, P. M., & Kitchener, K. S. (1994). Developping Reflective Judgement: understanding and Promoting Intellectual growth and Critical Thinking in Adolescents and Adults. San Francisco, CA: Jossey-Bass Publishers.

Lasnier, F. (2000). Réussir la formation par compétences. Montréal: Guérin.

Sanchez, E. (2010, 18 février 2010). Jeux et apprentissage, une question renouvelée. Séminaires thématiques de l'INRP, Lyon.

http://www.inrp.fr/manifestations/2009-2010/seminaires-thematiques-de-linrp

Sanchez, E., Delorme, L., Jouneau-Sion, C., & Prat, A. (à paraître). Designing a pretend game with geotechnologies: toward active citizenship. In T. Jekel, A. Koller & K. Donert (Eds.), Learning with geoinformation V. Heidelberg: Wichman.

Sanchez, E., & Jouneau-Sion, C. (2009). Playing in the Classroom with a Virtual Globe  for Geography Learning. In T. Jekel, A. Koller & K. Donert (Eds.), Learning with Geoinformation IV (pp. 78-86). Heidelberg, Germany: Wichmann.



Le jeu « Energies renouvelables à Sète » a été conçu dans le cadre du projet EducTice/INRP Jeux & apprentissage. Ce projet vise à identifier les éléments à prendre en compte pour élaborer des situations ludo-éducatives dans l'enseignement secondaire. L’équipe est pilotée par  Eric Sanchez (MCF, INRP – univ. Sherbrooke QC). Les membres de l’équipe sont  Ludovic Delorme (SVT, ac. Montpellier), Alain Prat (Hist. Géo, ac. Montpellier) et Caroline Jouneau-Sion (Hist. Géo, ac. Lille)

Les travaux de l’équipe peuvent être consultés sur :

http://eductice.inrp.fr/EducTice/projets/geomatique/jeu[...]



Sur le site du Café :

Enseigner avec le jeu : Retrouvez ce dossier avec le point de vue du cognitiviste Idriss Aberkane qui montre comment le jeu interagit avec le cerveau, du sociologue L. Tremel et des pistes pédagogiques pour le jeu dans chaque discipline.

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/laclasse/Pages/93[...]



Préparer le bac avec Twitter


Encore une fois c'est dans l'enseignement professionnel que le Café va trouver un usage innovant. Laurence Juin enseigne les lettres et l'histoire-géographie au lycée professionnel Pierre Doriole de La Rochelle. C'est un établissement formant aux métiers de service à l'entreprise et à la personne. Ses élèves préparent un bac professionnel commerce en deux ans. Et leur préparation passe par Twitter…


Twitter est un système qui permet d'entretenir des liens avec une ou plusieurs personnes à travers de courts messages (moins de 140 caractères). C'est un système qui a beaucoup de succès chez les jeunes. Vos élèves l'utilisaient-ils avant ces usages scolaires ? Est-ce cela qui vous a donné l'idée ?

 

Mes élèves n'utilisaient pas du tout Twitter et peu en connaissaient même l'existence. C'est ce « terrain vierge » du réseau social qui m'a incité à l'utiliser avec eux. Ils sont présents avant tout sur Facebook. Nous avons commencé en fin d'année scolaire dernière à échanger via Facebook mais j'en ai rapidement vu les limites: Facebook touche à leur sphère privée. Twitter évite cela et ne sert qu'à des échanges proprement pédagogiques.



Sur votre blog on voit bien comment twitter peut être utilisé pour gérer la classe . Par exemple en cette veille d'examen vous en servez vous pour les révisions ?


Nous terminons les vacances de Pâques pour entamer la dernière ligne droite vers le bac. Les élèves ont un bac blanc dès la rentrée et durant ces vacances, certains ont déjà commencé à utiliser Twitter pour nous poser des questions sur les révisions, les points précis à revoir etc.


Avec mes collègues-tweeteurs, nous leur donnons des informations et, nous répondons à leurs attentes. Twitter est à la fois un « dépôt » d'informations et un lieu d'échanges si l'élève le demande. Nous allons utiliser de façon accrue cet outil pour les révisions du bac surtout en juin quand ils n'auront plus cours. Twitter est un point d'ancrage pour l'élève. Je l'ai remarqué lors de leurs périodes de stage ou  pendant les vacances qui les coupent du lycée. Pour l'élève de L.P. encore plus, peut-être, que pour un autre, cet accompagnement pédagogique semble un atout supplémentaire pour le rassurer et le motiver.



N'y a t-il pas un risque de sortir du cadre habituel prof élève ? Twitter reproduit-il la classe ou bouscule-t-il les relations ?


J'ai fixé avec mes élèves dans l'utilisation de Twitter le même cadre relationnel que celui que nous respectons en classe. Les échanges portent sur le contenu des cours et sur des sujets de culture générale comme la musique, le cinéma. En cela Twitter reproduit exactement les mêmes relations que celles entretenues en classe. Les échanges personnels entre tweeteurs sont proscrits : ils peuvent utiliser le service « direct message » mis à disposition par Twitter.



Peut on utiliser Twitter pour des usages disciplinaires ?


Twitter peut être utilisé de façon très variée pour des usages disciplinaires : favoriser l'écrit en français par exemple. Bien que limité à 140 caractères, Twitter est un support écrit d'autant plus attractif pour l'élève puisqu'inédit et original. Nous utilisons Twitter en classe pour une prise de notes lorsqu'ils font des recherches documentaires au CDI, lorsqu'ils suivent un documentaire vidéo...etc. : l'élève n'est plus consommateur du cours, il devient acteur. Il intervient, commente, augmente le cours de ses savoirs, de ses questions. L'inter-activité est dès lors forte. 


Mes collègues de langue (espagnol et anglais) l'utilisent en classe et hors classe pour favoriser la pratique de la langue sur un exercice précis ou lors d'échanges informels. Twitter est aussi une très bonne application pour la pratique d'éducation aux médias et en particulier aux médias du net dans le cadre de l'éducation civique.


Nos élèves sont  de grands consommateurs d'internet: ils ont reçu une éducation à l'usage informatique mais pas une éducation civique à l'internet et de fait aux réseaux sociaux du net. Nous constatons chaque jour des dérives, des abus, souvent par méconnaissance de leurs droits et surtout leurs devoirs. Pratiquer Twitter avec mes élèves me permet au jour le jour de leur apporter cette éducation.



Dans ce cas qu'apporte il par rapport au mel par exemple ?


Twitter permet une mutualisation des savoirs et des compétences, ce que ne permet pas le mail. A chaque fois qu'un élève pose une question via Twitter et que j'y réponds, ce sont tous les élèves de la classe qui profitent de cet échange. Twitter permet un réseau qui rompt les individualismes et donne de la force à l'écrit de l'élève. L'immédiateté de l'information ou de l'échange est aussi un atout.



N'y a t il pas un risque de diminuer la qualité à la fois de l'expression écrite et de la qualité de la pensée ? Tout peut il être dit en 140 caractères ?


Un tweet n'a pas vocation à « tout dire ». C'est soit un concentré d'information qui se suffit à lui-même , soit une première piste qui renvoie à un lien. Le lecteur accède alors à une information plus complète. L'usage de Twitter, tel que je l'ai imposé, n'altère en rien la qualité de l'expression écrite. Le langage sms est proscrit. L'élève doit respecter les règles de la communication courante: niveau de langue, orthographe, syntaxe. Les 140 caractères permettent aux élèves de s'exercer à la prise de notes, une pratique difficile pour eux mais pourtant nécessaire. Comme chaque nouvel usager de Twitter, respecter les 140 caractères leur a paru ardu mais finalement ils s'y sont mis facilement.



Faut-il des usages informatiques pour ramener du relationnel à l'Ecole ?


Utiliser Twitter est un atout supplémentaire dans le relationnel entre l'équipe pédagogique et la classe tweeteuse. Je suis venue sur un de leurs terrains de prédilection pour communiquer: le réseau social du net. C'est leur montrer qu'on peut être adulte, enseignant et ne pas diaboliser leurs pratiques. C'est un stimulus à ma pédagogie, à la cohésion du groupe classe autour de leurs apprentissages et leur motivation.


L'usage des TICE à l'école n'est finalement que le révélateur de l'implication de l'enseignant: je ne pense pas que ça soit spécifique aux TICE mais bien à tous les projets innovants que l'enseignant souhaite développer: son enthousiasme, sa motivation, son implication sont autant de facteurs de réussite et de motivation pour l'élève.


Laurence Juin


Liens :

Le blog relatant l'expérience

http://frompennylane.blogspace.fr/

On y trouvera notamment une charte d'utilisation de twitter et des articles qui font le point de la réflexion de L Juin au fil de son expérience.


Le Twitter de classe : @laderniereannee





Sur le site du Café

Par fjarraud , le jeudi 15 avril 2010.

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