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Ghislaine Hudson, Passion proviseur 

Proviseur constructeur du futur Lycée International de l’Est Parisien ; Médiatrice de l’Académie de Paris ; Ghislaine Hudson a été proviseur dans établissements en ZEP et en zones sensibles mais aussi  dans les Lycées Français de San Francisco et de New York. Elle a  fait partie de la commission Stasi sur la laïcité (2003/2004) et du groupe de travail Immigration/Intégration au sein du Commissariat au Plan (2005/2006).


Vous êtes proviseur constructeur ?  S’agit-il de faire  naître un nouveau lycée ?


À mon retour des USA, en 2001,  le recteur  de  l’Académie de Créteil l’époque (Bernard Saint Girons) m’a proposé de devenir proviseur constructeur du futur lycée de l’Est Parisien. Les recteurs (et rectrice)  successifs à ce jour ont confirmé ma mission.  Comment refuser un projet qui répond à des préoccupations sociales importantes ?  Rééquilibrer les territoires entre l’Est et l’Ouest parisien, proposer aux élèves de l’Est parisien une structure d’excellence, attirer des entreprises internationales dans des régions touchées par le chômage et la pauvreté.  L’idée était belle, les parrains majoritairement  enthousiastes mais de nombreux obstacles se dressèrent sur notre route et il fallut la pugnacité de plusieurs recteurs et acteurs pour faire aboutir ce projet financé par le département du 93 pour le collège et la Région Ile de France pour le lycée.


La future structure internationale ouvrira ses portes sur le territoire des communes de Bry sur Marne (94) et Nogent sur Marne (93) en septembre 94 pour le collège et septembre 95 pour le lycée.  Ce lycée ne se veut pas élitiste. Il offrira des sections d’enseignement général et technologique. Un BTS Commerce International permettra aux linguistes de poursuivre des études Post Bac approfondies. Il a pour ambition de valoriser les langues d’origine des habitants de l’Ile de France (Chinois, Portugais (Brésil), Arabe, Anglais, Espagnol, Allemand.) et de permettre l’influence mutuelle des systèmes éducatifs. Souhaitons-lui une longue et belle vie !


Vous assumez  également une mission de médiation à l’académie de Paris. Pouvez-vous expliquer  en quoi consiste votre travail ?


J’ai eu le plaisir d’être nommée en juin 2013 médiatrice à l’Académie de Paris. C’est un honneur et une responsabilité passionnante, qui permettent de réinvestir l’expérience acquise au service de personnels ou usagers. Nous (les 3 médiateurs de Paris) recevons un nombre impressionnant de courriels ou lettres .Plus de 700 questions ou plaintes par an pour la seule Académie de Paris.  Nous traitons de sujets aussi divers que les bourses scolaires, l’attribution de logements, l’affectation des élèves et étudiants, les stages, les formations et… les tensions entre personnels, élèves et familles. Une belle diversité de situations qui demande des expertises variées, une bonne écoute, de la neutralité, de la conviction et de la persévérance ! Nous débrouillons l’imbroglio des textes et mesures réglementaires, nous répondons à des interlocuteurs angoissés, exténués, déçus ou très en colère. 


L’institution pourrait-elle se passer de médiateurs ?


Toute institution se doit de mettre en place les moyens de régler les conflits qu’elle produit nécessairement. C’est le rôle des médiateurs. Nous sommes convaincus d’offrir un peu de sérénité. Alors on continue ! Nous n’avons pas de baguette magique, juste un peu de temps, d’expertise et le désir de favoriser l’écoute, la compréhension et la recherche de solutions.


Vous avez été proviseur du  lycée français de San-Francisco, puis celui de New-York. Dirige-t-on de telles institutions comme on le ferait d’un établissement en France ?


La direction des établissements scolaires à l’étranger est un défi. Elle requiert une bonne compréhension du pays d’accueil, de sa culture notamment scolaire, une grande adaptabilité et sérénité.   Le Chef d’Etablissement à l’étranger a une double tutelle : la France et le Conseil d’Administration (Board of trustees). À New York  j’étais responsable (avec mes adjoints)   de l’organisation pédagogique, de la qualité des enseignements, de l’évaluation et formation des personnels,  du budget, des levées de fonds, des projets immobiliers etc.. Mais je n’étais pas seule responsable puisque sous la tutelle des membres du Board. Je me suis donc retrouvée dans une posture de Chef d’Entreprise au bénéfice d’un milieu social particulièrement favorisé !


À travers ce bref descriptif apparaissent des fonctions peu familières aux proviseurs français : le recrutement et l’évaluation pédagogique, les levées de fonds, la vente ou achat de biens immobiliers, mais surtout le fait de rendre, au quotidien, des comptes à des non spécialistes, les véritables «  boss »  du lycée, les membres du Board.


De retour en France avez-vous américanisé votre gouvernance ?


Mon retour en France fut agréable même si j’ai du réapprendre mon métier. Je retrouvais ma culture professionnelle, mon autonomie de chef d’établissement, un lycée polyvalent foisonnant, un public enseignant et élève divers et souvent attachant. J’y trouvais surtout l’occasion d’appliquer une gouvernance influencée par mon long séjour aux USA : efficacité, anticipation, planification, rapidité des prises de décision et d’exécution, importance donnée à la communication interne et externe,  au respect  des procédures. La vie professionnelle est aux USA un bal très rapide  et je suis restée dans le rythme !


J’ai surtout  essayé d’impulser quelques particularités de l’école américaine : le respect de la parole et du rythme propre à chaque élève,  leur attachement à leur école,  le partenariat bienveillant enseignants/parents qui soude ces derniers à leur communauté scolaire. J’ai maintes fois tenté de créer ce school spirit  qui permet aux générations d’élèves de revenir dans leur lycée, de s’entraider dans et hors l’école (recherche de stages, d’emploi, participation à des bourses d’études) J’avoue avoir parfois échoué et obtenu de nos adolescents français un jugement sans appel le lycée est moche, les profs sont nuls ! Mêlé bien sûr d’une admiration sans borne pour leurs maîtres et d’une nostalgie  intense et inavouée.


Vous avez siégé dans la commission Stasi sur la laïcité, d’aucuns l’ont surnommée « la commission sur le voile islamique »… Que pensez-vous de ce raccourci ?


La commission Stasi avait un intitulé et une feuille de route précis : définir   les conditions de la mise en œuvre apaisée du principe de laïcité dans notre société. Nous avons travaillé pendant plusieurs mois et  auditionné plus de 200 personnes, dont des politiques, des syndicalistes, des personnalités religieuses, des chefs d’entreprise, directeurs d’hôpitaux et d’écoles, des élèves français et étrangers. Les thèmes sur lesquels nous avons travaillé étaient variés : le respect du principe de laïcité dans  l’entreprise, l’hôpital, l’université, l’école, les cimetières, les prisons,  les habitudes alimentaires, les programmes scolaires, le calendrier national, les aumôneries, les tenues vestimentaires, les difficultés d’intégration des personnes issues de l’immigration, le racisme, l’intolérance, l’antisémitisme.  Nous avons dans ces domaines cruciaux du Vivre Ensemble fait plus de 30 recommandations qui se voulaient inclusives, respectueuses des religions, du fait de croire ou de ne pas croire, de changer d’opinion, de la diversité des cultures et populations.


Une  des trente recommandations a eu un écho retentissant : l’interdiction des signes religieux à l’école…


Nous n’étions pas dupes et nous savions que ce vaste et complexe débat, serait dans le contexte politique et social de l’époque (et encore de nos jours !) focalisé sur une seule mesure : l’interdiction des signes religieux ostensibles au sein des établissements scolaires.  Ce fut frustrant car extrêmement réducteur. Nos efforts pour proposer dans de nombreux domaines des accommodements raisonnables, des mesures sociales et financières, des signes de reconnaissance ont disparu sous les tensions liées à cette interdiction, perçue alors par la population concernée comme restrictive et ciblée. C’est dommage mais avec le recul ce rapport ne fut pas inutile. Il reste une référence et plusieurs mesures alors passées sous silence sont ré étudiées avec intérêt et bienveillance.  Soulignons combien les élèves des diverses confessions ont dès la rentrée 2004 très majoritairement joué le jeu du respect de nos lois et institutions.  


Propos recueillis par Gilbert Longhi


 

Nos élèves sont-ils des « petits transis*» ?

Ghislaine Hudson


Souvent taraudée par la question de l’autonomie des établissements et des acteurs de l’éducation j’ai été frappée, à mon retour des USA  par la passivité de nos élèves et notre difficulté à concevoir des modèles éducatifs  qui ne nous sont pas familiers.


Dès le CP nos élèves apprennent surtout à se taire, à reproduire la parole du maitre. Rares sont les séances, exercices ou modes d’évaluation qui font appel à leur production orale ou écrite, à leur réflexion personnelle, à leur créativité, leur capacité de travailler en équipe, leur vitalité.


Deux grands maux affaiblissent notre système : le silence pesant de la classe lorsque l’enseignant la sollicite, troublé par les incessants bavardages souvent motivés par l’ennui. A cet égard il est triste de constater qu’une seule épreuve au BAC fait appel au travail d’équipe, à la pratique de l’oral, à la production des élèves : l’épreuve de TPE dont le temps de préparation annuel a été réduit de moitié.


Ce type d’activité et d’évaluation introduit dès le plus jeune âge, valorisé au même titre que les autres apprentissages, favoriserait l’esprit critique et d’initiative. Le privé l’a bien compris qui exige dans certains établissements les projets personnels et d’équipe, stages et expression en public.


Alors rêvons que nos élèves ne soient pas des « petits transis » et que sous l’influence de nos enseignants experts ils sauront se montrer curieux et  trouver leur place dans un monde riche de sa diversité.




*La notion de petits transis est empruntée à Michel Serres…

Cf. http://pratclif.com/michel-serres/petite-poussette.htm

En version PDF.

http://epicurienhedoniste.blogspot.fr/2013/02/petite-poucette-le-dernier-essai-de.html

Oreilles et museau plongés dans le porte-voix, le chien, assis, fasciné par l'écoute, ne bouge. Sages comme des images depuis l'âge tendre, nous commencions, enfants, une carrière longue de corps sur leur séant, immobiles, en silence et en rangs. Notre nom de jadis, le voici: Petits Transis. Les poches vides, nous obéissions, non seulement soumis aux maîtres, mais surtout au savoir, auquel les maîtres eux-mêmes, humblement, se soumettaient. Eux et nous le considérions comme souverain et magistral. Nul n'aurait osé rédiger un traité de l'obéissance volontaire au savoir. Certains se trouvaient même terrorisés par lui, empêchés ainsi d'apprendre. Pas sots, mais épouvantés. II faut tenter de saisir ce paradoxe: pour ne pas comprendre le savoir et le refuser, alors qu'il se voulait reçu et compris, il fallait bien qu'il terrifiât.





Sur le site du Café

Par fjarraud , le lundi 16 décembre 2013.

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