À la Une : Le projet de programme de la classe de Terminale S 

Par Eric Castanet



Comment sont fabriqués ces projets de programmes ? Qui les a rédigés ? Retrouvez quelques réactions.


Les "nouveaux programmes" sont là ! La consultation nationale sur les projets de programme de terminale a commencé, elle se déroule du 7 mars au 22 avril.


La genèse de ce projet de programme.


Le point de départ. Notre ministre est toujours à l’origine de la rédaction d’un nouveau programme. Une lettre de cadrage signé par le directeur de l’enseignement scolaire fixe "les grandes orientations et les principaux axes du nouveau programme".


Le groupe d’experts. Le président du groupe d’experts physique chimie, actuellement M.Daniel Secretan, IGEN, nommé par le ministre choisit les membres du groupe en fonction de leurs compétences professionnelles (universitaires, formateurs en IUFM, enseignants de terrain et inspecteurs). Ses choix doivent être validés par la direction générale de l’enseignement scolaire.


Le pilotage. Le bureau des programmes d’enseignement de la direction générale de l’enseignement scolaire pilote les travaux du groupe. Elle lui sert aussi de relais avec les différents acteurs du système éducatif (représentants des enseignants, des parents d’élèves, des associations professionnelles et des maisons d’éditions).


Les consultations. Tout d’abord, la consultation des enseignants qui se déroule en ce moment. Elle est supervisée dans chaque académie par les IA-IPR sous la responsabilité du recteur. Elle sert à recueillir l’avis des enseignants et à évaluer leur besoin en termes de documents ou d’actions d’accompagnements. Puis, vient la consultation institutionnelle, le conseil supérieur de l’éducation donne son avis. Le ministre peut aussi consulter le haut conseil de l’éducation.


Visa du ministre. Le ministre valide le texte et l’arrêté est publié au journal officiel de la République française et au bulletin officiel  de l’éducation nationale.


Quelques réactions. Elles sont mitigées, elles expriment souvent à la fois de l’intérêt et de la déception.


Réaction de l’ Union Des Professeurs de Physique et de Chimie.

Le bureau de l’UdPPC a pris connaissance du projet de programme de physique-chimie de terminale S.

L’UdPPC note un déséquilibre entre un préambule contradictoire et sans fil conducteur (13 pages sur 23) et le programme proprement dit.

Bien que ces programmes abordent des thèmes nouveaux et à priori intéressants en chimie et physique contemporaines, l’UdPPC constate que l’accent est mis presque exclusivement sur des aspects qualitatifs au détriment de contenus structurants et indispensables à la poursuite d’études supérieures scientifiques. L’UdPPC regrette vivement que les compétences exigibles se limitent le plus souvent à « l’extraction et l’exploitation des informations ». Ces programmes esquivent pratiquement toutes les formalisations indispensables des lois physiques, ce qui est en totale contradiction avec l’objectif affiché de renforcer le caractère scientifique de la terminale S et de préparer les élèves à des études supérieures scientifiques. De ce fait, un échec massif est à craindre dans les premières années post-bac.

L’UdPPC déplore aussi que le flou de la rédaction de ces programmes transfère la responsabilité de la définition des contenus aux professeurs. Ceci, associé à l’autonomie accrue des établissements, engendrera de très grands écarts de formation entre les élèves et accentuera les inégalités sociales.

Face à ce constat, l’UdPPC demande à Monsieur le ministre de l’Education nationale une réécriture du préambule et un cadrage beaucoup plus précis des compétences exigibles dans lequel les connaissances structurantes seraient mieux explicitées. Ceci est d’autant plus indispensable que le programme de terminale S constitue le socle du baccalauréat.

L’UdPPC demande par ailleurs à Madame la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le démarrage immédiat d’une réflexion approfondie sur les contenus des enseignements post-bac scientifiques (licence, CPGE, STS, IUT…) à laquelle l’UdPPC souhaite être associée.


Réaction du SNES groupe contenu Physique Chimie

Le SNES, syndicat majoritaire des enseignants du second degré a lancé sa propre consultation sur l’ensemble des projets de programme.

En ce qui concerne la physique chimie en terminale scientifique, les réactions sont très vives. Les concepteurs de ce programme disent avoir eu comme objectif premier que l’élève acquière « les compétences de base de la démarche scientifique », reléguant au second plan la question de « ce que les bacheliers S doivent savoir ».

Ce programme ambitieux réjouit l’enseignant amoureux de sa discipline. Mais celui-ci constate bien vite que la mise en œuvre sera impossible : nombreux sont les collègues qui expriment la frustration qui naît à la lecture de ce projet.

Comment développer des démarches d’investigation quand le nombre de notions à aborder amène des collègues à évoquer un vrai « feu d’artifice » dont les fusées partent « dans tous les sens » ? La science du XXème siècle est très présente : relativité, RMN, fondements de la chimie organique… mais comment, dans les conditions d’enseignement annoncées, faire autre chose qu’œuvre de vulgarisation ?

Suppression du dédoublement obligatoire pour les travaux pratiques, diminution de 30% des d’horaires de physique-chimie en 1ère S : les moyens proposés en terminale sont dérisoires pour qu’à travers des « activités expérimentales » « quantitatives » et la « mise en perspective historique » la démarche scientifique prime sur les savoirs.

Ce programme répond aux exigences de la réforme qui impose une répartition locale des moyens d’enseignements. Cette disposition est une des raisons pour lesquelles le SNES combat cette réforme.

On peut donc craindre une très grande disparité entre les établissements.

Dans certains, les moyens alloués permettront de mettre en place l’expérimentation en demi-groupe et de prendre le temps de l’investigation.

Dans d’autres, seule une lecture minimaliste du programme sera possible : celle qui consiste à mettre des documents à la disposition des élèves pour en « extraire et exploiter des informations », compétence la plus fréquemment listée dans ce programme.

Enfin, rédiger une synthèse de documents portant « sur les métiers ou les formations scientifiques », ou « sur les interactions entre la science et la société » ne saurait développer les mêmes capacités que des travaux personnels basés sur l’expérience et permettant d’aller bien au-delà de l’étude de document.

Quel sera dans ces conditions, le résultat de la mise en application de ce programme ? Sans doute l’inverse de l’objectif annoncé.

 

A.Bichard. Enseignant.

Relativité restreinte, interférence, RMN, chiralité, diastéréoisomèrie, substitution, élimination... La richesse de celui-ci est plaisante (pour le professeur) mais j'ai peur que le décalage entre la classe de seconde/première S (puisque la première S est dégradée à un niveau de seconde) et ce projet de terminale S soit énorme ! Espérons que nous ne devrons pas nous contenter d'un catalogue superficiel et que nous aurons les moyens approfondir un peu ces belles notions.


Y.Lozier. Enseignant.

Ma première réaction est une grande joie : voilà un siècle maintenant que les théories d'Einstein sont en place (grosso modo) et nous ne les enseignons pas. En somme un élève qui a suivi un long cycle de formation jusqu'en terminale S ... ne sait rien de rien de la physique moderne. Voici enfin l'occasion de développer les connaissances des générations futures et de leur faire comprendre toujours mieux dans quel monde on vit. Donc Laser, Relativité Restreinte, Mécanique Quantique, Interférence ... je dis tout simplement : oui!

Ma deuxième réaction est une appréhension : Voilà de vastes sujets que ces nouveaux points de programme pour la classe de terminale S et encore, je ne parle que de physique, mais il y a aussi toute la chimie organique du point de vue nucléophile et électrophile et toutes les réactions qui vont avec. Or, le programme de seconde a été allégé, tout comme notre horaire, en septembre le programme de première S est violemment allégé tout comme notre horaire ... Du coup avec deux années qui ne vont pas très loin, on va faire passer nos élèves en terminale avec des connaissances et des compétences à obtenir qui vont être ardues! Je pense que nos élèves ne seront pas bien préparés et qu'ils ne vont vraiment pas comprendre ce qui leur arrive en terminale. Déjà, nous tous en tant qu'étudiant, nous avons éprouvé certaines difficultés devant ces savoirs, alors je me mets à la place des élèves ...

Ma troisième et dernière réaction est un questionnement : Les élèves ont-ils à 17 ans en moyenne, les structures mentales nécessaires pour comprendre véritablement de quoi nous leur parlerons ? Ou bien, allons nous nous retrouver seuls à faire de la physique chimie ? Les élèves ne comprenant rien aux notions de niveau d'énergie, de dilatation du temps, de contraction des longueurs, d'attaque nucléophile, d'interférence constructives et autres termes très plaisants pour nous, mais qui, je le crains, sont trop compliqués pour être appréhendés à 17 ans, tout juste, avec une formation en physique chimie qui ne pousse pas loin de la 5ème à la première S incluse ... La question est ouverte :).


À consulter.

La position de l’Union Des Professeurs de Physique et de Chimie.

http://www.sciencemonamour.fr/texte_udppc_programme.pdf

Les projets de programme de Terminale sur Eduscol.

http://www.eduscol.education.fr/cid55136/consultation-sur-[...]

Les programmes actuels de Terminale

http://www.eduscol.education.fr/cid46522/programmes-du-cycle-[...]



Sur le site du Café

Par ecastanet , le lundi 21 mars 2011.

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