Lycée : Les programmes de seconde et le nouveau lycée 

Par François Jarraud



 

Les nouveaux programmes de seconde sont publiés au J.O. Sont-ils susceptibles d’accompagner la réforme du lycée ? 


Le Journal officiel du 25 avril publie 17 arrêtés concernant les nouveaux programmes de seconde générale et technologique. Il s’agit des programmes d’EPS, langues vivantes, physique chimie, S.E.S., S.V.T., littérature et société, méthodes scientifiques, PFEG, santé et social, sciences laboratoires, sciences de l’ingénieur, arts, arts du cirque, biotechnologies, création et innovation technologiques, création et activités artistiques, création et design. Tous les programmes de seconde entrent en application à la rentrée 2010. Les textes devraient être regroupés dans le Bulletin officiel du 29 avril. Le programme d’EPS couvre les trois classes du lycée, de seconde à terminale.


Ces programmes avaient été diversement accueillis. Les médias avaient surtout retenu la bronca contre les programmes de SES où,de façon un peu caricaturale, on avait réduit la sociologie à une dose homéopathique. La violence du procédé et une protestation puissante venue aussi bien des enseignants de l’Apses que d’universitaires a fait prendre conscience au ministère de l’impossibilité de faire appliquer des programmes rencontrant une telle opposition. Ils ont été revus et la nouvelle mouture, qui accorde plus de place à la sociologie et qui offre des thèmes plus en rapport avec le vécu des élèves, semble acceptée.


Des programmes « à la française ». S'il est une caractéristique du système éducatif français c'est l'existence de programmes nationaux, leur définition contraignante et la volonté encyclopédique qui les anime. Fruits d'une éducation nationale, les programmes scolaires s'imposent à tous les établissements du nord au sud du pays en termes officiellement identiques. En l'absence de toute grille solide de compétences, ils sont le guide de ce qui sera réellement délivré dans la classe. Officiellement ils laissent à l'enseignant la liberté de les traiter. Mais, de fait, leur masse influe sur la démarche pédagogique et cet effet est accentué par des indications horaires. Du nord au sud du pays, chaque enseignant a un nombre d'heures défini pour aborder un thème précis qui n'est toujours légitime que par rapport à l'histoire d'une discipline scolaire.


Quelle pédagogie pour quel programme ?  Or la réforme du lycée n'a pas rompu avec l'empilement des connaissances. Plutôt qu'aborder un nombre défini de situations problèmes qui seraient étudiées de façon approfondie, certains programmes additionnent des savoirs de façon à couvrir la totalité des champs d'une discipline scolaire et satisfaire ce faisant toutes les catégories de spécialistes. Bien loin de rompre avec cet esprit, certains des nouveaux  programmes de lycée renforcent cette tendance. Ainsi les anciens programmes d'histoire de seconde étaient conçus par rapport à une problématique, la citoyenneté européenne en construction, et consistaient en une série d'éclairages précis sans continuité chronologique. Les nouveaux programmes ressuscitent la continuité chronologique et ressemblent fâcheusement à un résumé des années collège. On passe d'Athènes à Rome, de la chrétienté médiévale à l'époque moderne, de celle-ci à la Révolution et au début du XIXème. On a ainsi "refait" le programme du collège, dela 6ème à la 4ème. Comme si les élèves n'y avaient pas appris grand-chose et qu'apprendre soit répéter. Comme ce voyage de près de 2500 ans est à faire en 49 heures (devoirs inclus), on risque fort de survoler des thèmes encyclopédiques. On voit mal aussi comment échapper au cours magistral, une forme d’enseignement dont on connait les limites. Cette situation a été dénoncée, par exemple, par le Sgen qui, dans une lettre ouverte adressée au ministre le 12 février 2010, évoquait des programmes « bien trop lourds comme en français, en histoire-géographie ou en SVT, et (qui) ne tiennent pas compte des diminutions d’horaires. Tels quels, ils risquent donc de rendre impossible la mise en place de nouvelles approches pédagogiques et demeurent déconnectés des réalités du terrain ». Il ne semble pas que ces critiques aient été entendues et les programmes modifiés en conséquence. 


Quelle cohérence ? Or à coté de ces programmes plus lourds du tronc commun, les nouveaux enseignements d'exploration s'inscrivent exactement à l'opposé. Ainsi pour "littérature et société" il est question de co-disciplinarité. Le cours magistral est précisément écarté. Les élèves doivent être "mis en activité" et le programme décrit des compétences à développer. On parle de "domaine d'exploration" et de "situation de travail". L'élève va donc se trouver dans un lycée qui pratique une pédagogie singulièrement incohérente.


Antoine Prost a l’habitude de dire qu’une réforme est avant tout « un art d’exécution ». Dans le cas présent, la hâte avec laquelle on a rédigé ces nouveaux programmes, leur conception encyclopédique donnent à penser qu’on a bien exécuté la réforme…

Journal officiel du 25 avril 2010

http://www.legifrance.gouv.fr/affichJO.do?idJO=JORFCONT000022134036

Les texte smis en consultation

http://www.eduscol.education.fr/cid49936/consultation-sur[...]

Une réforme qui n’épargne pas les déceptions

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/20[...]


Les programmes de seconde au B.O.

Le Café vous l’avait annoncé le 26 avril, les programmes de seconde du lycée général et technologique sont publiés dans un B.O. spécial du 29avril. Il s’agit des programmes d’EPS, langues vivantes, physique chimie, S.E.S., S.V.T., littérature et société, méthodes scientifiques, PFEG, santé et social, sciences laboratoires, sciences de l’ingénieur, arts, arts du cirque, biotechnologies, création et innovation technologiques, création et activités artistiques, création et design. Tous les programmes de seconde entrent en application à la rentrée 2010. Les textes devraient être regroupés dans le Bulletin officiel du 29 avril. Le programme d’EPS couvre les trois classes du lycée, de seconde à terminale.

Le B.O. spécial

http://www.education.gouv.fr/pid23972/special-n-4-[...]


Seconde : L'Apceg demande un autre programme

Un autre programme, un autre horaire, un autre nom : l'Apceg, association des professeurs d'éco-gestion, a fait interpeller le ministre de l'éducation nationale à l'Assemblée pour demander un autre intitulé, d'autres contenus et un autre horaire pour l'enseignement d'exploration PFEG.  C'est aussi le retour à la pédagogie traditionnelle qu'ils dénoncent. "Il conviendrait de privilégier la découverte, la recherche et les applications factuelles plutôt que de favoriser un enseignement purement conceptuel trop complexe pour des élèves de seconde n’ayant jamais eu en premier cycle de formation économique et de gestion".

Communiqué

http://apceg.info/communique-de-presse---reforme-des-lycees.htm



Les programmes de première mis en consultation


Du 3 au 28 mai les programmes de première sont publiés sur le site Eduscol et soumis à l'avis des enseignants.


Il n'aura fallu que quelques semaines aux comités d'experts pour rédiger les nouveaux programmes du lycée. A peine l'encre des programmes de seconde séchée qu'une nouvelle vague de textes arrive. Il s'agit du programme de seconde d'ECJS, des programmes de seconde et première de français; des programmes de première générale en histoire-géo, maths (ES, L et S), physique chimie, SVT;  des langues vivantes du cycle terminal , des sciences de l'ingénieur.


Les SES constituent cette fois encore un cas particulier. La forte mobilisation qui avait abouti à une réécriture du programme de seconde pèse encore sur la rue de Grenelle. Le programme de première n'est pas prêt. Il sera mis en consultation "ultérieurement".


Les programmes de seconde avaient été critiqués. Ainsi dans une lettre ouverte adressée au ministre le 12 février 2010, le Sgen Cfdt, partisan de la réforme, évoquait des programmes « bien trop lourds comme en français, en histoire-géographie ou en SVT, et (qui) ne tiennent pas compte des diminutions d’horaires. Tels quels, ils risquent donc de rendre impossible la mise en place de nouvelles approches pédagogiques et demeurent déconnectés des réalités du terrain ». Ces critiques n'ont pas été entendus et le caractère encyclopédique des programmes a été aggravé.


Les programmes de première manifestent dans certaines disciplines les mêmes défauts. Ainsi en histoire –géographie, à nouveau l'histoire ploie sous les contenus. . En géographie le programme reste raisonnable (la France et l'Europe) et accorde de la place aux études de cas. Mais en histoire, cet enseignement n'étant plus dans le tronc commun en terminale, les experts ont estimé que la meilleure solution était de couvrir les anciens programmes de première et terminale en une seule année. Ainsi il  traite l'histoire économique et politique de 1848 à aujourd'hui en une soixantaine d'heures. Cet empilement de connaissances ne peut mener qu'au cours magistral.


Le retour de l'instruction civique ? Le nouvel enseignement d'ECJS connaît lui aussi une nette évolution. Le débat argumenté, qui était au cœur de cet enseignement, reste possible mais au milieu d'autres pratiques : "dossier de presse, réalisation d’enquêtes ou d’entretiens, préparation d’un argumentaire, prise de parole ordonnée". Le programme ressemble à celui du collège. "En classe de seconde « Vivre dans une société démocratique : le Droit, la Loi et la Justice ». .. En classe de première: " Les institutions, la vie politique et sociale, la nation et sa défense ". Les nouveaux thèmes renvoient à une vision très classique de l'éducation civique.


Rédigés de façon hâtive par des comités d'experts d'une grande discrétion, ces programmes annoncent que le nouveau lycée ressemblera à l'ancien. Il en aura gardé les défauts.

Les programmes mis en consultation

http://eduscol.education.fr/cid51198/consultation-sur-les-p[...]

Sur les programmes de seconde

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/04/26042[...]



Le Snes demande un moratoire pour les programmes de première

" Des programmes qui feraient sens pour les élèves et leurs professeurs, ce seraient des textes qui prendraient le temps de mûrir, qui se répondraient entre disciplines et entre niveaux", écrit le Snes. Or le syndicat dénonce la précipitation avec laquelle des " petits groupes d'experts travaillant au secret" ont rédigé les programmes. Pour le Snes, ces programme rédigés hativement forment "un ensemble disparate" entre disciplines et niveaux.


Le syndicat en tire une conclusion : " la consultation ne peut pas se terminer le 26 mai, les textes ne peuvent pas être travaillés sans ceux de Terminale qui sont leur achèvement, il n'est pas raisonnable de demander aux enseignants de procéder en parallèle aux préparatifs de fin d'année et de rentrée, et à l'examen de textes lourds".


Ces remarques s'ajoutent à celles d'autres organisations. Le Sgen Cfdt avait critiqué le poids de certains nouveaux programmes.

Communiqué

http://www.snes.edu/Projets-de-programme-du-lycee-le.html

Sur le snouveaux programmes

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/04/260420[...]

Communiqué

http://www.snes.edu/20-mai-ensemble-pour-la-formation.html?tit[...]



Sur le site du Café
Par fjarraud , le vendredi 21 mai 2010.
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