Lycée : A Balzac, la première grève de la personnalisation ? 

Par François Jarraud


Comment une réforme présentée comme une meilleure prise en charge des élèves peut-elle se retourner contre eux ? Un exemple en est donné au lycée Balzac à Paris. Aujourd'hui à 11 heures, les parents et enseignants de ce lycée parisien se rappellent à Luc Chatel en manifestant rue de Grenelle. Depuis le 3 novembre le lycée est en grève. Et il semble bien que le vrai motif de la grève soit l'application de la réforme du lycée.

 

Ce dont se plaignent les enseignants de Balzac c'est du désordre installé dans l'établissement. Après bien des erreurs, les élèves disposent maintenant d'emplois du temps stabilisés mais effrayants. Telle classe commence le jeudi au lycée à 8 h, finit à 17h30 pour... 3 heures de cours. Telle autre a 11 heures de trou dans la semaine sans que le lycée puisse offrir des salles de permanence surveillées en nombre suffisant. Des élèves ont moins de 30 minutes pour déjeuner. Et les parents supplient les enseignants de ne pas donner trop de devoirs les jeunes rentrant quotidiennement tard le soir sans avoir pu s'avancer dans leur travail.

 

La personnalisation m'a tuer. Ce qui est  directement en cause à Balzac c'est la "personnalisation" de l'enseignement. Présentée comme la "3ème révolution pédagogique" par Luc Chatel, on a en son nom multiplié les enseignements en groupe. Groupes pour l'accompagnement personnalisé, pour les langues, pour les enseignements d'exploration ou de spécialité par exemple. A Balzac, un chef d'établissement particulièrement zélé a ainsi constitué pas moins de 255 groupes pour 900 élèves ! Dans le même esprit, les classes ont été constituées en regroupant des élèves de filières différentes (L, ES et S mélangés) auxquels s'ajoutent à Balzac les élèves en filière internationale (la moitié) et les autres. Résultat : en dehors du français et des maths, les élèves d'une même classe ne sont jamais ensemble. Les enseignants gèrent des regroupements de hasard et ne peuvent plus suivre en équipe les élèves.

 

A quoi sert la classe ? Pour Liliane Bas, professeur à Balzac, la classe est pourtant nécessaire. "C'est elle qui apprend aux élèves le vivre ensemble. Elle donne de la cohésion au groupe", nous dit-elle. "Pour les enseignants elle est indispensable pour monter un projet. Pour un simple voyage à l'étranger, partir en classe ou avec des élèves individuels ce n'est pas du tout la même chose". Ajoutons qu'en détruisant la classe et la stabilité qu'elle apporte elle a affaibli les capacités de progression des élèves, réduit l'influence bénéfique des adultes sur eux et multiplié les occasions de séchage de cours. "Les élèves ne s'y retrouvent pas, ils ne savent souvent pas où aller", nous confie L. Bas.

 

D'autres pays ont fait le choix de sacraliser la classe. Si la classe existe dans la quasi totalité des systèmes éducatifs, le Danemark a sanctuarisé son existence. Du CP à la fin du collège, les enfants danois font partie de la même classe et sont suivis par les mêmes enseignants (cf Perle Mohl dans "Pédagogues de l'extrême (ESF éditeur 2011). L'enseignement repose sur cette aventure commune d'un groupe qui grandira ensemble (il n'y a ni évaluation notée, ni redoublement) , accompagné par les mêmes adultes. Les résultats scolaires ne sont pas plus mauvais qu'en France, par contre les Danois sont premiers sur l'échelle de la qualité de vie à l'école quand les Français sont derniers.

 

Pourquoi avoir démoli la classe ? Cette démolition est poussée à l'extrême à Balzac. Ailleurs les chefs d'établissement ont généralement été plus raisonnables, ou moins zélés, et ont veillé aux équilibres dans leur établissement. Ce que fait apparaitre Balzac c'est que la personnalisation peut se faire au détriment des jeunes. Le premier moteur de la rupture des classes c'est les économies qu'elle permet. En brassant les élèves par groupe , en mélangeant ainsi toutes les filières, on arrive à avoir en permanence 35 ou 36 élèves devant chaque professeur. On économise donc des postes. Mais la personnalisation a un autre moteur. Elle se méfie du groupe et valorise la responsabilité de l'individu. Dans cet effacement des repères, certains savent tirer leur épingle du jeu et s'adapter. Ce sont les élèves qui ont le moins besoin de l'encadrement scolaire. Ainsi ce système aggrave les inégalités et creuse les écarts. Les petites économies ne profitent pas à tous...



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Par fjarraud , le dimanche 20 novembre 2011.

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