L'Egypte : les faits et les causes 

Par François Ireton


Socio-économiste, ingénieur d'étude au CNRS, François Ireton a travaillé une quinzaine d'années en Egypte et au Soudan, en particulier sur les évolutions de l’agriculture et des paysanneries, les inégalités socio-économiques et les conditions de vie dans les campagnes, ainsi que sur l'économie informelle. Il a publié une soixantaine d’articles sur ces sujets et codirigé quatre ouvrages collectifs, dont Les dynamiques de la pauvreté en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (Karthala, 2005) et L'Égypte au présent, inventaire d'une société avant révolution (à paraître en mai 2011 aux éditions Sindbad-Actes Sud).



Égypte : un résumé des événements


La « Révolution égyptienne de 2011 » (en écho à celles de 1919, dirigée contre l’occupant anglais et de 1952, en fait un coup d’État contre une monarchie décadente) débuta le mardi 25 janvier, date de la « fête de la police » (il faudrait dire « des polices », tant elle comporte de corps spécialisés, tous honnis de la population pour leur brutalité et leur corruption). Un réseau militant informel constitué depuis quelques années avait appelé, depuis quelques semaines et via facebook, à manifester ce jour-là sur la place Tahrir (place la Libération), avec pour mots d’ordre le départ du président Moubarak du pouvoir, la lutte contre la corruption et l’instauration au plus vite d’un régime politique démocratique. À la grande surprise des manifestants eux-mêmes, ceux-ci se retrouvèrent 15 000 sur la dite place, entourés par un dispositif impressionnant de policiers anti-émeute qui ne tardèrent pas à charger, à lancer des grenades lacrymogènes et à mettre en action leurs canons à eau.


Un tel effectif peut paraître fort modeste, au regard de la population de cette mégapole qu’est la ville du « Grand Caire », regroupant 14 ou 15 millions d’habitants, soit un gros sixième de la population du pays. Néanmoins, les manifestations (toutes interdites, l’Égypte étant, depuis l’assassinat du président Sadate par des militaires islamistes en octobre 1981, sous la loi d’urgence) qui s’étaient déroulées au centre-ville du Caire depuis cinq ou six ans ne regroupaient en général que quelques centaines de manifestants et deux ou trois mille au grand maximum. Bien que non relayée par les médias officiels, cette manifestation le fut largement par les chaînes de langue arabe très regardées que sont Al-Jazeera et Al-Arabiyya. Les Égyptiens, le soir même du 25 janvier, surent que les manifestants étaient 15 000 sur la place Tahrir, qu’ils avaient résisté aux forces de police et qu’il était donc possible, en Égypte, d’exprimer massivement son mécontentement et ses revendications, comme l’avaient fait – et continuaient de le faire – leurs « frères » tunisiens. L’effet de démonstration de cette première manifestation, les médias arabes non gouvernementaux, les réseaux facebook, les téléphones portables, le bouche à oreille, tout cela concourut à ce que des manifestants de plus en plus nombreux convergent vers la place Tahrir durant les jours suivants, immédiatement imités par de nombreux habitants d’Alexandrie – la seconde ville du pays – et d’autres villes de province.


On connaît la suite : répression policière très brutale durant les premiers jours ; mise à sac des commissariats de police par les manifestants ; les réseaux internet bloqués ; retrait complet – sur ordre « supérieur » – des forces de police après quelques jours (leur usage de la violence ne faisant qu’accroître le nombre et la détermination des manifestants, mais aussi celui des morts et des blessés) ; déclarations, dès le jeudi 27 janvier, de hauts responsables de l’armée selon lesquelles cette dernière reconnaît la légitimité des revendications de la population et, amenée à intervenir pour remplacer la police, ne tirera pas sur les manifestants ; arrivée triomphale de l’armée – très populaire en Égypte – dans les rues du Caire et place Tahrir ; gigantesques manifestations (où l’on vint « en famille ») du vendredi 28 janvier, sentiment croissant que « le pouvoir est dans la rue » et que « tout est possible » (« le mur de la peur est tombé ») ; interventions successives du président Moubarak indiquant qu’il resterait au pouvoir jusqu’aux élections présidentielles prévues pour septembre 2011, mais ne se représenterait pas ; nomination par Moubarak d’un vice-président (Omar Sulayman, ancien chef de la sécurité devenu son homme de confiance) et d’un nouveau Premier ministre, un militaire (Ahmed Chafik) ; apparition d’un « Conseil suprême des forces armées » formé de 18 généraux, avec à leur tête le maréchal Tantawi, proche de Moubarak et ancien ministre de la Défense ; contre-manifestations très violentes de soi-disant « pro-Moubarak » (en fait des commandos d’hommes de main stipendiés et des policier en civil et indicateurs).


L’armée faisant preuve d’une grande modération, les manifestations restent quotidiennes et impressionnantes au Caire et en province, avec pour slogan principal « Moubarak dégage ! » ; les manifestants affirmant que rien ne sera possible en matière de négociations avant que le président ne quitte le pouvoir, le Conseil suprême des forces armées prend contact avec des membres de l’opposition officielle (squelettique) et des représentants des Frères musulmans et des groupes d’action et d’opinion récemment formés (dont la Coalition des jeunes de la révolution) et envisage à l’évidence la nécessité d’un départ « honorable » du président. Le jeudi 10 février, le bruit court que Moubarak annoncera le soir même son départ, le porte-parole du haut comité militaire annonçant que : « le peuple aura satisfaction ». Dans un discours assez surréaliste, Moubarak dit « se tenir au côté de la valeureuse jeunesse d’Égypte qui lutte pour la liberté », émeut bien des auditeurs en déclarant qu’il « est né et mourra sur la terre d’Égypte, qu’il a servie toute sa vie », mais n’évoque en rien son départ proche, ce qui déclenche une énorme colère populaire. Une grande marche vers le palais présidentiel, à 15 km du centre-ville du Caire, est décidée pour le lendemain, vendredi, marche que l’armée ne peut laisser se dérouler. Des tractations ont lieu toute la nuit entre de hauts représentants de l’armée et la présidence et, le vendredi 11 février à 16 heures, le départ du président du pouvoir est annoncé ; il se retire dans sa résidence de Charm al-Shaykh dans le Sinaï.


Entre-temps, de très nombreux mouvements sociaux se sont déclenchés partout en Égypte, bloquant en partie l’économie du pays ; le Conseil suprême des forces armées appelle à la reprise du travail ; des réunions de concertation ont lieu entre lui et les composantes de ces mouvements ; un comité de révision de la Constitution est nommé, présidé par Tarek Al-Bishri, juriste respecté et islamiste modéré, qui rend ses propositions, dont celle de la limitation de l’exercice du pouvoir présidentiel à deux mandats de quatre ans, cette nouvelle Constitution devant être soumise à référendum le 19 mars ; des élections législatives (enfin démocratiques, est-il espéré) auront lieu en juin, suivies six semaines après des élections présidentielles. S’y sont déjà déclarés candidats : d’une part, Amr Moussa, 74 ans, ancien ministre des Affaires étrangères (de 1991 à 2001) écarté par Moubarak pour sa popularité (il faisait de l’ombre à l’« héritier » déjà pressenti, Gamal Moubarak, fils du président), actuellement Secrétaire général de la Ligue arabe et favori dans les sondages, et d’autre part Mohammed Al-Baradei, ancien Secrétaire général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique et prix Nobel de la paix, qui s’est déclaré « pour le changement » dès son retour au Caire début 2010, mais qui fut victime d’une vaste campagne de dénigrement dans les médias officiels.


Sous la pression maintenue de l’opinion et des militants de la « Révolution du Nil », le Conseil suprême des forces armées remplace, le 3 mars, le Premier ministre militaire, Ahmed Chafik, par un civil, Essam Charaf, professeur de l’enseignement supérieur, ancien ministre des Transports réputé pour sa droiture, qui avait démissionné du gouvernement pour protester contre les blocages politiques de l’« ancien régime » et participé aux manifestations de février et qui s’adresse le vendredi 4 mars à la foule massée place Tahrir : « Il faudra de la patience et de la volonté. Je veux accomplir cette mission difficile qui correspond à vos vœux ; si je ne le peux, je viendrai place Tahrir pour me joindre à vous ». Le lendemain, des manifestants s’en prennent, à travers tout le pays, aux bâtiments de la Sécurité d’État, qui employait 100 000 personnes, pratiquait couramment la torture et avait rassemblé des dossiers sur plusieurs centaines de milliers de citoyens. Les ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Justice du gouvernement précédent ont été changés et l’ancien ministre de l’Intérieur de Moubarak, Habib El-Adly, responsable de la répression contre les premières manifestations, évincé fin janvier et arrêté le 17 février « sous la pression de la rue », est mis en accusation, entre autres griefs pour corruption.



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Par fjarraud , le mercredi 23 mars 2011.
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