Les Tice : l'enjeu du développement 

 

 

 

 Par Monique Royer

 

 

Du 20 au 22 juin, à Dakar, quatre vingt enseignants sénégalais burkinabés, malgaches et gabonais se sont rencontrés autour de l’innovation pédagogique et de l’usage des Tice. Le forum, organisé par Microsoft dans le cadre de son programme « partners in learning » a éclairé, à travers témoignages d’experts et réalisations d’enseignants, la vitalité des acteurs du système éducatif de l’Afrique de l’Ouest ; un système où les moyens sont comptés et les enjeux sont forts.

                                                   

  

Les enjeux du développement des Tice sont en premier lieu stratégiques, avec l’ambition de participer à la révolution numérique mondiale. Le Président de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) qui accueillait les rencontres, souhaite ainsi que son Université « prenne part à l'intégration du Sénégal et l'Afrique de l'Ouest dans la société de l'innovation ». Avec ses 55 700 étudiants, l'Ucad est une place forte de la formation des futurs cadres africains. L'objectif est de mettre en oeuvre un environnement identique à celui des universités des pays du Nord. Mais, pour se doter des moyens techniques et humains à la hauteur de ces ambitions, les recours aux financements publiques s’avèrent insuffisants et les accords avec les entreprises privées se multiplient. Ainsi, le forum des enseignants novateurs s'est ouvert par la signature d'un accord de partenariat entre Microsoft et l'Ucad sur deux volets : une aide à la formation en informatique et un volet technique avec l'amélioration de l'intranet. Pour « participer au défi de l’intelligence collective» et proposer une voie africaine francophone, l'entrée du secteur privé sur le campus s'affiche comme un recours. L’exercice peut s’avérer acrobatique dans la perspective d’une conciliation entre les impératifs du retour sur investissement et le pari éducatif à plus long terme.

                                               

 

L’innovation pédagogique dans l’enseignement primaire et secondaire est également percutée par le manque de moyens. Elle nécessite une véritable coopération entre les pays africains francophones en particulier pour créer des contenus correspondant au contexte culturel et éducatif et éviter d'utiliser des supports marqués par le modèle européen. L'idée émergente d'Etats Unis d'Afrique trouve un écho dans ce débat des moyens et des politiques pour mutualiser ressources humaines et techniques face au défi numérique. Elle n’a pas encore eu de traduction concrète.

L’appel à des bailleurs ou à des partenariats privés est fréquent pour suppléer au déficit d’investissement public. Des initiatives pédagogiques comme celle menée après le naufrage du Joola , en lien avec des élèves américains, trouve un relais auprès de ces partenariats.

La solidarité nationale est aussi appelée à la rescousse. Des étudiants contribuent à la formation des enfants et les populations des zones rurales avec les camps de vacances citoyens où parmi les thèmes sur le reboisement, l'alphabétisation ou la santé, l'informatique a désormais toute sa place. Mais, là aussi les moyens sont limités puisqu'une fois le camp terminé, les étudiants repartent avec les machines, laissant les habitants du village certes formés mais démunis de tout ordinateur.

 

Le Sénégal comme les autres pays invités rencontre un certain nombre de difficultés éducatives. Le recours à des vacataires est généralisé. Souvent peu formés, ils ne peuvent assurer partout sur le territoire une égalité qualitative d'accès à l'éducation. Les effectifs sont souvent pléthoriques dans les classes (entre cinquante et cent élèves). Le développement des tice ouvre des perspectives au système éducatif, par un accès facilité au contenu pour les élèves (des expériences dans ce sens ont été présentés lors du forum) et par l'organisation de formations ouvertes et à distance pour les vacataires. Pour Cheikh Tidane Sall, modérateur de la conférence, « les Tic questionnent l'acte d'apprendre et d'enseigner, donnent l'occasion de changer », ouvrant ainsi la porte au renouveau éducatif pour le système sénégalais.

 En saisissant la perche des nouvelles technologies, l'Afrique de l'Ouest Francophone s'offrirait une chance de participer activement au concert économique des nations et, du même coup, rénoverait de la maternelle à l'université son éducation. Cette vision optimiste se heurte encore aux réalités du quotidien. Des anecdotes circulent sur des équipements offerts dan le cadre de programme de coopération et implantés dans des villages dépourvus d'électricité. Les programmes scolaires ne favorisent pas l'intégration des Tice. On relève, ici et là, des initiatives qui ne vivent que par l'énergie et parfois les moyens financiers des enseignants. Du côté positif de la balance, on note une créativité, une recherche de solutions qui soit s’exonère des subtilités technologiques pour miser sur l’efficacité pédagogique, soit se dirige vers des supports accessibles partout et par tous, comme le téléphone portable.  Dans ce dernier cas, les Tic deviennent un véritable palliatif au manque de moyens et la réussite de tels dispositifs fait passer les enseignants africains d’un rôle passif de « bénéficiaires de partenariat » à un rôle actif de contributeurs au renouveau pédagogique.

 

                                           

 

Pour les enseignants exposant au forum leur innovation, l'enjeu est fort. Au delà de la reconnaissance de leur travail, il s'agit de trouver des financements et une assise institutionnelle à leur projet. Les rencontres marquent aussi une étape dans la construction de réseaux d'enseignants permettant de rompre la solitude des « pionniers » et de mutualiser les initiatives. Le corps des inspecteurs sénégalais, créé il y a seulement trois ans, pourrait stimuler et animer ces réseaux. En effet, comme l'a souligné Monsieur Sall, il s'agit « de partager l'idée que le développement des Tic doit changer la forme d'apprentissage et d'enseignement » et « d'élargir le cercle des enseignants novateurs ».  L'association Projetice, et le Café Pédagogique étaient présents à Dakar pour raconter leur expérience de la mutualisation et pourquoi pas, construire des ponts virtuels à travers la francophonie.

Au final, ces trois jours, riches de rencontres, auront posé sur les initiatives individuelles un éclairage universel autour de la nécessité d’innover, d’intégrer les Tice pour mieux répondre aux défis de demain, à la question de l’innovation aussi. La mondialisation pédagogique en somme, avec côté africain l’impérieuse obligation de ne pas rater le train du numérique.

 

Le site du forum :

http://ticeforum.africacomputing.org/index.php?lng=fr

Par moniqueroyer , le mardi 03 juillet 2007.
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