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Redoublement : Une décision utile ? 

 Par François Jarraud
 
Alors que les conseils de classe du second trimestre rendent leurs verdicts, la question du redoublement se pose aux professeurs et arrive dans les familles. Cette mesure est-elle efficace ? Peut-on  s'en passer ? 

La France championne du monde du redoublement. Avec 38% d'élèves qui ont redoublé au moins une fois, la France se clase en tête des pays développés par l'importance de ses redoublants. Ceux-ci se concentrent à certains niveaux. C'est le cas, par exemple, de la seconde où un élève sur sept redouble. C'est aussi la classe où ils sont le plus contestés : le conseil de classe "autorise à redoubler" trois fois plus d'élèves que ce que sollicitent les familles. Les familles auraient-elles des doutes sur l'efficacité du redoublement ?

Une pratique souvent néfaste. Une étude publiée le 4 avril montre qu'une large majorité des enseignants ne croit plus dans l'efficacité du redoublement. 84% des profs de collège, 62% des profs des écoles ne croient pas que le redoublement soit une solution à la grande difficulté scolaire. Mais les études ne manquent pas sur les effets du redoublement. Et toutes convergent vers un impact généralement négatif.

Ainsi l'étude de T. Troncin établit que " à niveau initial égal, les élèves faibles qui passent en CE1 progressent mieux que les élèves faibles qui sont maintenus au CP.. Les redoublants de CP vont progresser la deuxième année, certes, mais restent fragiles dans les domaines où ils étaient fragiles, et ne rattrapent pas la moyenne de la classe". Pour D. Meuret, "en règle générale, à l'école et au collège, le redoublement s'avère peu équitable et inefficace du point de vue des progrès individuels des élèves. Il affecte négativement la motivation, le sentiment de performance et les comportements d'apprentissage de ceux-ci et les stigmatise : à niveau égal en fin de troisième, les élèves « en retard » obtiennent de moins bonnes notes que les élèves « à l'heure », sont moins ambitieux que ceux-ci et sont plus souvent orientés en filière professionnelle. En outre, les comparaisons internationales montrent que le redoublement est inefficace du point de vue des résultats d'ensemble des systèmes éducatifs".Pour lui le redoublement ne peut se justifier qu'en classe d'examen ou dans le cas d'élève momentanément perturbé. En tous cas, les pays qui n'utilisent pas le redoublement ont souvent de meilleurs résultats scolaires.

Et pourtant le redoublement perdure.  Le redoublement est très coûteux. Et pourtant ceux –là même qui proclament la chasse aux économies, ne font rien pour en réduire le poids. Alors même que son efficacité est contestée, le redoublement semble ne pas en être affecté. Comment expliquer ce paradoxe ? Hugues Drealants (Girsef) a avancé plusieurs hypothèses. Pour lui le redoublement serait défendu par les enseignants car il permettrait de "réguler l'ordre dans la classe".  Le redoublement serait un des derniers pouvoirs d'une profession qui revendique une certaine autonomie par rapport au monde extérieur. Il permettrait également d'exercer un tri social, parfois très tôt.

Peut-on s'en passer ? Il faut croire que oui si l'on en juge par le fait que la plupart des pays développés l'ont abandonné. Pour Philippe Perrenoud, " le redoublement n’est qu’un indicateur - incertain - des inégalités d’apprentissage. Or, jeter le thermomètre n’a jamais fait tomber la fièvre. La suppression du redoublement est une mesure nécessaire, mais pas suffisante.... La démocratisation des études se joue… sur les moyens que se donnent les systèmes éducatifs de développer, en lieu et place du redoublement, une véritable individualisation des parcours de formation". Or l'étude publiée le 4 avril surla grande difficulté scolaire montre que les enseignants sont peu préparés à celle-ci. Le redoublement pose aussi la question de la motivation des élèves. C'est aussi en veillant à susciter l'intérêt des élèves pour leurs études, en travaillant avec eux leurs représentations, qu'on peut aussi lutter contre les redoublements. Etude de T. TroncinEvaluation et statistiquesMeuretP PerrenoudOlivier Cosnefroy et Thierry Rocher


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