L'Expresso du 21 février 2008 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

Les nouveaux programmes du primaire

ÉDITORIAL

Education et instruction civique : deux sociétés différentes

LE SYSTEME

Des réactions critiques aux nouveaux programmes du primaire l Salaire : La FSU ne signera pas l DHG : ça bouge à Créteil l Comment se fabrique une rentrée l Note2Be veut aller plus loin l La Floride adopte la théorie de l'évolution.

L’ÉLÈVE

Les cours privés accentuent les inégalités l STG : Calculez votre moyenne du bac

LA CLASSE

1er Forum des enseignants innovants : plus que 48 heures !

LA RECHERCHE

Le coordonnateur de ZEP / REP

CITOYENNETE

Pas d'avenir, pas d'école l

LES DISCIPLINES

Primaire : Jeunes enfants et handicap l Langues : Enseignement dès le CP en 2010 l Langues : Progrès des SELO

 

Le fait du jour

 

Les nouveaux programmes du primaire

Xavier Darcos a présenté à la presse les nouveaux programmes du primaire, couvrant la maternelle et l'école élémentaire. Ils prennent en compte la réduction d'horaire du fait de la disparition du samedi matin.

 

Pour Xavier Darcos, il s'agit "d'une véritable révolution culturelle, qui consiste à recentrer l'école sur les enseignements essentiels", c'est-à-dire le français, les maths et l'EPS. Cependant, le français est  crédité de 10 heures au CP et CE1, puis 8 heures, soit sensiblement autant qu'avant. Les maths occuperont 5 heures, soit un peu moins que dans les anciens programmes. Le sport passe à 4 heures au lieu de 3.

 

Le grand changement serait alors plutôt à chercher dans la pédagogie. "L'enseignement de la grammaire, du vocabulaire et de l'orthographe est désormais abordé de manière explicite" précise le ministre. Ainsi en maths, "les programmes prévoient le renforcement des techniques opératoires. Là où l'on se contentait par exemple d'aborder véritablement la multiplication à partir du CE2, et pas totalement la division, par exemple pour des nombres décimaux, les élèves devront maîtriser parfaitement les quatre opérations avant d'entrer au collège et savoir pratiquer une règle de trois. La pratique quotidienne du calcul mental sera encouragée pour permettre aux élèves d'acquérir très tôt les automatismes nécessaires pour ne pas se tromper dans leurs calculs".

 

Cette atmosphère rétro est confirmée par les programmes des autres enseignements. Ainsi la géographie est recentrée sur le territoire français. L'histoire est elle aussi centrée sur l'histoire nationale avec des grands hommes parmi lesquels Clovis. "L'histoire fait désormais l'objet d'un véritable enseignement, introduisant chez l'enfant des repères chronologiques fondés sur la connaissance des grandes dates de l'histoire de France" précise Darcos. Cette histoire est complétée par une initiation à l'histoire des arts qui devrait occuper 20 heures annuelles, probablement aux dépens des pratiques artistiques.

 

Mais le principal changement concerne la disparition de l'éducation civique, remplacée par une instruction civique et morale. "Cet enseignement permet à l'enfant de découvrir progressivement les valeurs, les principes et les règles qui régissent l'organisation des relations sociales" annonce Darcos. Les programmes sont eux plus délicieusement rétros. "Les élèves découvrent les principes de la morale qui peuvent être présentés  sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître (telles que "ne pas faire à autrui…").

 

C'est que le ministre place sa réforme sous les auspices des héros du conservatisme, ceux-là même qui conseillaient Robien : A. Bentolila, Stanislas Dehaene, Marie-Christine Bellosta. On doit par exemple au premier l'introduction de "leçons de mots" en maternelle.

Sur le Café, La présentation des principaux changements

L'analyse du Café

Le dossier de presse ministériel avec les nouveaux programmes

 

 

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Education et instruction civique : deux sociétés différentes

De tous les changements apportés par les nouveaux programmes du primaire, le plus significatif est peut-être l'incroyable retour de "l'instruction civique".

 

Que les formules "éducation" et "instruction" ne soient pas synonymes, toute l'histoire de l'Ecole en témoigne. Abandonnée en juin 1932, l'appellation "instruction publique" a cédé la place à "l'éducation nationale" avec des ministres qui revendiquaient davantage d'égalité et de tronc commun dans l'école et la fin des filières hermétiques. Premier titulaire du titre, A. de Monzie, décidait par exemple la gratuité des lycées de jeunes filles. Peu de temps après Vichy rétablissait l'instruction publique avant que Marianne la balaye, croyait-on, à jamais. Dix ans plus tard, en 1955, l'instruction civique était remplacée par l'éducation civique. C'est ce chemin que les programmes Darcos viennent  de détruire. Et on comprend bien que cela a à voir avec la République.

 

Il suffit d'ouvrir les programmes pour saisir le changement. Ainsi en CP – CE1 : "(les élèves) découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentées sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée (telles que “La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui”, “Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse”, etc.) et prennent conscience des notions de droit et de devoir." Le retour de l'instruction civique c'est celui de la leçon de morale ou d'institutions. C'est revenir au catéchisme républicain,  à l'obéissance passive, aux formes extérieures du respect. Toutes choses qui sont bonnes sans doute. Mais sont-elles suffisantes ?

 

L'instruction civique peut-elle former des citoyens ? Dans "L'école est-elle encore le creuset de la démocratie", P. Perrenoud s'interroge sur la construction de la citoyenneté. "L'école ne saurait former à la démocratie et au pluralisme par des méthodes autoritaires et sectaires… Elle ne saurait avoir prise sur l'apprentissage de la citoyenneté si elle se borne à quelques cours plus ou moins convaincants sur les droits de l'Homme". C'est par l'apprentissage du débat que les élèves peuvent devenir des citoyens capables d'entrer dans la société moderne. Celle –là même que les nouveaux programmes disent vouloir servir.

 

 

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Des réactions critiques aux nouveaux programmes du primaire

"Retour caricatural à « l’instruction civique et morale », promotion de la pédagogie de la répétition systématique, conception réductrice de l’école primaire et singulièrement utilitariste de l’école maternelle : le simplisme est au rendez-vous, sur un modèle nostalgique, celui d’un supposé âge d’or de l’école des années 1950". Le Se-Unsa a la dent dure contre les nouveaux programmes du primaire. Le syndicat estime que "pour les concepteurs du projet, l’éducation relève d’une mécanique basée sur l’imprégnation, l’imitation et l’exécution. Les enfants y sont considérés comme des objets et jamais comme des acteurs de leurs apprentissages".

 

L'instruction civique est également rejetée par le sgen-cfdt qui manifeste son inquiétude "quant à un ordonnancement très disciplinaire des notions à aborder et sans doute trop lourd. La condition première de la réussite, c'est l'envie d'apprendre qu'il faut cultiver. Pour cela, les objectifs quant à la maîtrise des outils (français, mathématiques) doivent être atteints au travers de leur utilisation dans les autres domaines. Sans cet effort de transversalité, on risque d'aboutir non pas à un recentrage sur les fondamentaux mais à un rétrécissement autour des compétences opératoires, générateur d'ennui et donc d'échec".

 

Le Snuipp estime que "les nouveaux programmes mettent beaucoup l'accent sur le "par cœur", l'apprentissage des règles, les automatismes... C'est très important, et les enseignants du primaire ont à coeur de travailler dessus, mais on ne peut pas faire qu'un enseignement ne soit que ça. On prive l'élève de la joie de grandir, de découvrir, on vole leur enfance aux élèves".

 

Notons encore l'analyse de Jean-Louis Auduc, qui signale "un flou horaire concernant au cycle 3 l’enseignement de la langue vivante étrangère, la culture scientifique et technologique, l’histoire et géographie, les pratiques artistiques et l’histoire des arts, l’instruction civique et morale, les T.I.C. qui doivent tenir dans les 7 heures hebdomadaires restantes permet d’en douter… Les programmes proposés risquent d’accentuer la coupure école/collège et de ne laisser que les enfants de milieux défavorisés ayant les moyens d’aides extérieures, être à l’aise avec les matières naissant au collège".   Du côté des parents, la Peep manifeste sa satisfaction.

Communique se-unsa

Communiqué Sgen

Communiqué peep

 

Salaire : La FSU ne signera pas

La FSU " a décidé de ne pas signer le protocole d’accord" salarial proposé par le gouvernement (voir L'Expresso du 20 février). La fédération " considère que la version finale du protocole d’accord sur le pouvoir d’achat proposé par le ministre de la fonction publique ne répond pas aux revendications portées par les personnels lors des derniers mouvements". Le gouvernement propose une augmentation de 0,8% du point fonction publique, soit la moitié de l'inflation.

 

"Avec 0.8% d’augmentation, non seulement l’inflation n’est même pas couverte et le passif reste entier mais il va s’accroître" estime la FSU.

Communiqué

 

DHG : ça bouge à Créteil

Selon l'AFP, une dizaine d'établissements de l'académie de Créteil connaissent des mouvements (grèves, blocus etc.) en réaction à la publication des dotations horaires de la rentrée 2008.

Dépêche AFP

 

Comment se fabrique une rentrée

Comment répartir les créations et (plus souvent)les fermetures de postes ? EduScol publie les données statistiques qui ont servi à élaborer la carte de la rentrée 2007 : évolution des effectifs, composition sociale, taux d'encadrement etc.