Par François Jarraud
LE FAIT DU JOUR
19 organisations proposent un argumentaire sur les nouveaux programmes
ÉDITORIAL
Peut-on réformer l'évaluation des enseignants ?
LE SYSTEME
Programmes du primaire : Le réquisitoire de Lang et Ferry l Notes au bac : Faut-il casser le thermomètre ? l Dans le mantois, le mouvement ne s'essouffle pas l Primaire : Promotions l Un effort supplémentaire pour l'Ecole en Angleterre
L’ÉLÈVE
Une passerelle entre CPGE et fac l Lycéens et collégiens participent au Mondial ISF de ski l Bac 2008 : L'UNL contre le bac L l Comment trouver un internat ? l Carte scolaire : embrouilles anglaises
LA CLASSE
PPRE Mode d'emploi l 18ème Salon national Freinet
LA RECHERCHE
Paye au mérite : L'effet texan
LES DISCIPLINES
Primaire : La consultation commence l Histoire – Géo : Les nouveaux programmes du collège l Géographie : La frontière dans Géoconfluences l Langues : Blogs dans l'enseignement l Italien : Le prix Grinzane Cavour l Maths : Jeux mathématiques à Villiers sur Marne l EDD : Un concours pour le Jour de la Terre
LES TICE
Correctif dans Office, Outlook et Excel
19 organisations proposent un argumentaire sur les nouveaux programmes
Le document est destiné aux enseignants qui doivent, d'ici la fin du mois, répondre à la consultation ministérielle sur les nouveaux programmes. Les 19 organisations comprennent des mouvements pédagogiques ou éducatifs (Cemea, Crap, Gfen, Icem, Usep, Foeven, Occe, Jpa, Ligue de l'enseignement), des associations de parents (Fcpe), des chercheurs (Airdf), des associations professionnelles (Afef, Ageem),et des syndicats (Se-Unsa, Sgen Cfdt, Si.En Unsa, Snuipp, Snpi), bref pratiquement tout l'univers de l'école primaire. Ensemble ils proposent une lecture attentive des nouveaux programmes du primaire.
A commencer par leur caractère réductif. "On alourdit les programmes", déplorent-ils, "on relève le niveau d’exigences et on diminue le temps d’enseignement, telle semble être la philosophie de ce projet de programmes". Ils relèvent "qu'en français et en maths, les connaissances visées en fin de cycle 3 sont semblables à celle attendues en fin de classe de 5ème". "On garde tout, on compartimente, on morcelle en disciplines et sous-disciplines et on diminue le temps pour faire ce travail" déplorent-ils. Résultat . "entre les dix heures de français, les cinq heures de mathématiques, les quatre heures de sport et l’heure et demie de langue vivante, que restera-t-il à la « culture humaniste » ? Aux sciences ? A l’éducation artistique ? 3h30 en cycle 2 (contre 6 heures auparavant) et 5h30 au cycle 3 (contre 9h30 auparavant)".
Réductifs ils le sont aussi dans leurs objectifs. "La centration sur le français, les maths et l’EPS en élémentaire, le vocabulaire et l’étude des sons en maternelle, réduit les apprentissages à des visées étroitement utilitaires sans permettre l’ouverture culturelle sur d’autres horizons".
Les 19 dénoncent aussi "une conception réductrice de l'enfant / élève". "Le choix d’une terminologie à l’ancienne : l’instruction avec la rédaction, la mémorisation, les règles, la morale… n’est pas anodin. Il enterre les visées d’une émancipation de l’enfant et d’une compréhension du monde que l’éducation porte... La modification significative de la posture d’enfant/ élève entraîne au passage le renoncement au concept d’éducation globale, elle attribue aux enseignants les savoirs « académiques », aux animateurs/éducateurs les savoir-faire et aux parents les savoir-être! C’est penser les lieux d’éducation que sont l’école, les loisirs et la famille, étanches les uns aux autres".
En conclusion de cet argumentaire, les 19 dénoncent l'école de l'obéissance passive. "Des compétences visées plus limitées. De la maternelle au CM2, les programmes mettent l’accent sur la réception passive de la parole, sur la reproduction de routines et non sur les capacités de compréhension et d’expression orales et écrites qu’il faudrait pourtant développer".
Le document (format doc)
|
N’hésitez pas à réagir sur les actualités qui vous interpellent, comme sur la plupart des articles du Café en vous rendant dans le forum correspondant (menu de droite).
Pour pouvoir réagir, il faut préalablement s’être inscrit sur le site et être identifié. À très vite ! |
Peut-on réformer l'évaluation des enseignants ?
Deux faits divers, graves, mettent en évidence les tares d'un système d'évaluation des enseignants qui n'a pas changé d'un iota depuis le 19ème siècle. Au point de générer maintenant le trouble.
Le premier fait est particulièrement dramatique. Il s'agit de ce jeune instituteur de l'Aude qui a tenté de se suicider, dans son école, le jour même de son inspection. Il en dit long sur la perception qu'avait ce jeune homme, évidemment à tort, d'une inspection. Le second c'est cette enseignante de l'Orne suspendue parce que, selon le rectorat de Caen, interrogé par le Café, elle "ne tenait pas sa classe".
A qui fera-t-on croire, alors que de nombreux travaux ont démonté ces mécanismes de chahut classique (ceux d'E. Debarbieux par exemple), que les problèmes de discipline sont uniquement des problèmes de personne ? Or, selon son défenseur syndical, l'enseignante s'est retrouvée isolée dans l'établissement, les élèves chahuteurs n'étant pas sanctionnés. L'envoi durant ses cours d'un surveillant n'a fait que saper davantage son autorité et la désigner aux yeux des élèves comme la source de la difficulté et une personne "chahutable". C'est cette vision traditionaliste du maître isolé que vient confirmer la sanction rectorale. C'est la négation de toute équipe pédagogique alors même qu'on sait que ces équipes sont la vraie réponse aux problèmes de discipline et que c'est la mission des corps d'inspection que de conseiller et soutenir. Disons le, l'évaluation qui a été faite de cette enseignante ne devrait plus exister au 21ème siècle.
De tels drames sont heureusement rares, mais ils démontrent l'inefficacité de l'inspection comme système d'évaluation et d'encadrement. A vrai dire, son inadaptation a été proclamée haut et fort il y a déjà 5 ans dans un rapport réalisé pour le Haut conseil de l'évaluation de l'école par Yves Chassard et Christian Jeanbrau. Ils dénonçaient un système " injuste, incohérent et inefficace". Que dire de plus ? Ils préconisaient une inspection de l'équipe éducative, ce qui se pratique chez les autres pays européens. "Nous sommes parvenus à la conclusion", disaient-ils, " qu'une réforme de l'appréciation des enseignants devrait chercher à satisfaire deux objectifs prioritaires : dépasser le cadre étroit de l'inspection individuelle pour les aider, par un conseil et un soutien pédagogique judicieux, dans l'exercice de leur métier, leur ménager davantage de possibilités de mobilité en cours de carrière". Sur ces deux points, quel échec !
Combien de victimes, combien de rapports enterrés faudra-t-il pour moderniser et "européaniser" notre système d'évaluation ? "Il faut remettre à plat le système… Nous sommes trop obsédés par l'inspection individuelle des professeurs" déclarait en octobre dernier Xavier Darcos. Depuis il a décidé d'augmenter la fréquence des inspections…
Revenir au sommaire
Enseignants : L'enquête de pénibilité est ouverte
"Les programmes scolaires sont – ils faciles à appliquer ? … Votre formation initiale d’enseignant est-elle suffisante pour l’accomplissement de votre travail ? Jugez-vous (votre) temps de travail acceptable ? L'Afsat ouvre une enquête sur les conditions de travail des enseignants qui doit permettre d'évaluer la pénibilité du métier et les catégories d'enseignants à risque. Des questions très précises sont suivies de questions ouvertes ("Comment vivez-vous votre métier et vos conditions de travail ? Comment vous définissez-vous en tant qu’enseignant ? quel rôle dans la société,... Quel sens donnez-vous aujourd’hui au travail enseignant ? ... ).
L'enquête en ligne
Sur le Café la rubrique seconde carrière
Programmes du primaire : Le réquisitoire de Lang et Ferry
"Nous en appelons donc à l'honnêteté de Xavier Darcos et à son sens des responsabilités : il faut cesser de bouleverser sans cesse élèves, parents et professeurs à chaque changement de gouvernement ! Il faut au contraire préserver ce qui a été fait de bon par le passé, quelle qu'ait été la majorité de l'époque. Les professeurs ont plus qu'assez de ces changements aussi incessants qu'inutiles. S'il y a quelques points à modifier, qu'on les modifie en conservant l'essentiel, mais qu'on ne sacrifie pas l'intérêt des enfants et des professeurs à des motifs de pure tactique politicienne". Pères des programmes de l'école primaire publiés en 2002, Jack Lang et Luc Ferry signent une tribune dans le numéro du 13 mars du Nouvel Observateur.
Avec beaucoup de force ils dénoncent dans les nouveaux programmes une entreprise politicienne qui sacrifie l'intérêt des enfants à ceux du gouvernement. "Comment croire" écrivent les deux anciens ministres, "comme le prétend sans rire le dossier de presse présentant les nouveaux textes, qu'une réforme des programmes et des horaires, quelle qu'elle soit, puisse, à elle seule, permettre de «diviser par trois en cinq ans le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés» ? Même s'ils étaient sublimes, infiniment supérieurs à ceux de 2002 - ce qui est tout l'inverse -, une telle affirmation relèverait de l'illusionnisme. Il n'est pas un spécialiste du système scolaire pour y croire une seconde tant il est évident que l'échec scolaire relève de bien d'autres paramètres… En revanche, l'opération politicienne est transparente : elle consiste à faire croire à un public ignorant des textes en vigueur, mais qu'une sourde angoisse associée au sentiment diffus que «tout fout le camp» prédispose à avaler la couleuvre, que les programmes élaborés en 2002 étaient «modernistes», écrits dans un jargon incompréhensible, bref, «soixante-huitards» (ce qui pour l'un d'entre nous au moins est un comble !), et qu'il est temps de restaurer les bonnes vieilles recettes du temps de nos aïeux. Succès garanti dans les chaumières. Si c'était vrai, nous signerions peut-être des deux mains mais c'est en l'occurrence une imposture".
Ils dénoncent également des programmes élaborés dans le plus grand secret. "S'agissant des nouveaux programmes, nul ne parvient à savoir, pas même les anciens ministres de l'Education que nous sommes, comment et par qui ils ont été rédigés ! Et pour cause. Les groupes d'experts, présidés et composés par des personnalités identifiables et reconnues, ont disparu. Le Conseil national des Programmes a été supprimé, et l'Inspection générale elle-même n'a pas été saisie du dossier ! Est-il raisonnable de laisser de simples conseillers du ministère ou de l'Elysée élaborer dans l'opacité la plus totale des textes voués à régir l'école de la nation pour dix ans au moins et qui concernent des millions de familles et de citoyens ? Prenons un exemple tout à fait concret : dans les nouveaux programmes, décision a été prise sans aucune concertation de diminuer environ par trois le temps consacré à l'enseignement de l'histoire et de la géographie afin de faire plus de place au sport et aux mathématiques : ce choix lourd de menaces ne peut-il être discuté publiquement ? Tous les démocrates ne peuvent que rejeter cette méthode aberrante".
Cette forte attaque tombe au pire moment pour Xavier Darcos. Celui-ci a répondu en affirmant le caractère traditionaliste de ses programmes. "Il s'agit d'en finir avec 30 ans de pédagogisme qui a laissé croire qu'on pouvait apprendre en s'amusant... On peut s'obstiner à penser que l'observation réfléchie de la langue vaut mieux que l'apprentissage de la grammaire, mais on a la preuve que ce n'est pas ce qui permet aux élèves d'apprendre à lire, écrire et compter correctement".
Article du Nouvel Observateur
Dépêche AFP
Sur le Café, le dossier sur les programmes du primaire
Notes au bac : Faut-il casser le thermomètre ?
Deux enseignants et un IPR dénoncent violemment dans la presse l'étude de B. Suchaut sur la notation au bac. Selon l'AFP, ils estiment qu'on "ne peut pas tirer de conclusion définitive sur le déroulement et les résultats de l'examen à partir d'une expérience réalisée durant un s