L'Expresso du 4 Juillet 2008 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

Le rapport Guesnerie sur l'enseignement des SES

ÉDITORIAL

SES : Une discipline révisée

LE SYSTEME

La Saint-Barthélémy des pédagogues l Formation des maîtres : Pour Jean-Louis Auduc, on tourne le dos aux besoins l Colloque L'école 2.0 en direct du Café… l Inspection : Deux nouveaux doyens l Le budget de l'éducation augmenté de 8 %.

L’ÉLÈVE

Les résultats du bac  l Les écoles anglaises au centre de l'action pour l'enfance l Selon H Montagner il faut revoir le temps scolaire

LA CLASSE

Le multimédia fait son entrée dans les nouveaux manuels scolaires l Les professeurs sont de plus en plus âgés l Des lectures d'été pour la classe

LA RECHERCHE

N. Mons : "Il faut réformer"

CITOYENNETE

L'Unicef au secours des mineurs isolés étrangers l Les Sikhs et la laïcité en Europe

LES DISCIPLINES

L'avenir du CDI vu par O. Le Deuff l Enseignez la philosophie aux enfants l Pas d'éducation sans EPS au lycée !

LES TICE

Failles dans Firefox et Thunderbird

 

 

Le fait du jour

 

Le rapport Guesnerie sur l'enseignement des SES

La commission Guesnerie a remis son rapport sur l'enseignement des sciences économiques et sociales  à Xavier Darcos le 3 juillet. Créée pour répondre aux accusations portées par des groupes conservateurs, la commission est allée très loin dans les préconisations, jusqu'à redéfinir les contenus à enseigner.

 

Pourtant le rapport dresse un tableau positif de la filière ES : les effectifs augmentent et les bacheliers ES réussissent en université; ils ont même un taux de succès en licence supérieur aux bacheliers S. Ce qui pousse la commission à préconiser la généralisation des SES en seconde, là où cette discipline n'est qu'une option actuellement.

 

Mais c'est pour mieux revoir les contenus. Ainsi l'enseignement est jugé trop critique envers les entreprises…Il est aussi trop vaste. La commission demande le recentrage des SES sur les "fondamentaux".  

 

Le rapport préconise aussi une synergie renforcée avec les enseignements d'histoire et de maths et de faire appel aux jeux "expérimentaux" pour apprendre l'économie.

 

Enfin, la commission n'hésite pas à critiquer les manuels accusés de véhiculer des caicatures.

Lire sur le Café la présnetation complète du rapport

Le rapport Guesnerie

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SES : Une discipline révisée

C'est un fait sans précédent. C'est à une véritable révision de l'enseignement des SES que  s'est livrée la commission Guesnerie, préconisant une modification profonde des thèmes enseignés, des méthodes et des manuels. Si des abus ont pu exister dans cet enseignement, si l'entreprise n'y a peut-être pas eu la place qu'elle mérite, il n'en reste pas moins que ce rapport est particulièrement inquiétant car il amène le balancier beaucoup trop loin.

 

Il appelle à une réorientation idéologique des SES. "Les programmes de SES au lycée" écrit la commission, donnent l’impression qu’un enseignement de "problèmes politiques, économiques et sociaux contemporains" est dispensé aux élèves, plutôt qu’un enseignement de sciences sociales visant à leur faire acquérir les fondamentaux de l’économie et de la sociologie". Ce qui est insupportable pour la commission c'est que l'enseignement des SES puise aboutir à une critique sociale. "Les chapitres sociologiques du programme prêtent le flanc à deux tentations regrettables. La première est de donner à croire que l’objectif majeur ou unique de l’analyse est d’ordre critique et démystificateur… La seconde tentation est de se centrer beaucoup trop sur les problèmes sociaux contemporains (nouvelles pauvretés, renouveau et aggravation des inégalités scolaires, etc.)".

 

La commission invite à imposer dans les manuels une sociologie "positive". "A propos de la famille, sont évoquées principalement des ruptures et les inégalités homme-femme ; à propos de l’emploi, on tend à parler surtout chômage et précarité ; à propos de l’entreprise, à mettre l’accent sur les conflits, les mauvaises conditions de travail et les bas salaires ; à propos des revenus et de la redistribution, à évoquer surtout les inégalités – en donnant peu d’informations sur ce qui les explique et éventuellement les justifie" écrit la commission Guesnerie.

 

Quelle est cette "sociologie du bonheur" revendiquée par la commission ? Rien  ne peut justifier de rayer la culture sociologique au prétexte qu'elle entretient "la sinistrose" ! Si l'on veut que les jeunes comprennent la société dans laquelle ils vivent il faut évidemment qu'ils puissent prendre la mesure de ses inégalités.

 

Le dernier apport du rapport Guesnerie c'est de nous faire comprendre le rôle social de l'appel aux fondamentaux. "L’accent doit être mis sur l’apprentissage des fondamentaux de chaque discipline… et sur la compréhension de certains mécanismes simples" écrit la commission. "Les théories peuvent être appréhendées dans un premier temps comme des "boîtes à outils" plutôt que des visions constituées… Ce n’est que dans un second temps que peuvent être abordées les éventuelles controverses entre différentes théories". L'accent mis sur les fondamentaux, permet de découpler l'enseignement des SES de l'étude des théories et des problématiques de la société. C'est une façon de remplacer le débat par l'empilement de connaissances brutes et dégagées de tout concept.  On distingue mieux ce que signifie l'obsession des fondamentaux. Il y a là une leçon à retenir.

 

 

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La Saint-Barthélémy des pédagogues

" On ne peut prétendre lutter contre l'échec scolaire et saboter la formation des professeurs. On ne peut vouloir rétablir les conditions du "vivre ensemble" et "enseigner à tous les fondamentaux de la citoyenneté" en réduisant au minimum la formation pédagogique des maîtres. On ne peut préparer l'avenir en ignrant l'héritage du passé et les acteurs du présent ! Le risque est grand de payer nos errances d'aujourd'hui par des convulsions et des explosions scolaires incontrôlables". Jean-Louis Auduc, Rémi Brissiaud, Sylvain Grandserre, Philippe Meirieu et André Ouzoulias, bien connus de nos lecteurs, signent dans Le Monde une tribune au titre effrayant.

 

C4est qu'il y a de quoi se faire du souci : pour eux la réforme de la formation des enseignants, en supprimant la formation professionnelle, va envoyer au casse-pipe de jeune sprofs.. et leurs élèves. "Comment peut-on imaginer envoyer ainsi des professeurs débutants, sans préparation sérieuse, dans des collèges où les élèves, chauffés à blanc par la frénésie consommatrice, ont de plus en plus de mal à fixer leur attention... ou même dans des lycées qui exigent, aujourd'hui, une vraie formation pour faire face à des adolescents et de jeunes adultes qui n'entrent pas de plein gré dans les contraintes scolaires ? Et comment formera-t-on les étudiants qui se destinent à l'enseignement primaire ? S'agira-t-il d'un approfondissement dans la discipline de la licence, de compléments de formation dans les autres disciplines ou d'un cursus centré sur la pédagogie ? Imagine-t-on laisser différentes formations coexister ? Si c'est le cas, nous nous retrouverons devant un corps enseignant émietté et une école sans unité".

 

Pour eux, "le recrutement par concours cinq années après le baccalauréat interdit la mise en place d'une véritable formation en alternance. Au moment où cette dernière est plébiscitée dans de nombreux domaines, l'éducation nationale, toujours à la pointe du progrès, la supprime. Quelques modules de pré-professionnalisation au cours des études suffiront : réfléchir sur ses pratiques, alterner modèles théoriques et réflexion sur la prise de décision, inscrire l'entrée en fonction dans une dynamique professionnelle : voilà qui est bon pour les mécaniciens, les ingénieurs, les médecins... mais pas pour les professeurs !" Ils dénoncent dans la suppression des IUFM " l'affirmation implicite que le métier d'enseignant n'a nul besoin d'être nourri par la recherche".

Article du Monde

Sur le Café, le dossier formation

 

Formation des maîtres : Pour Jean-Louis Auduc, on tourne le dos aux besoins

"La communication au conseil des ministres du 2 juillet 2008 concernant le recrutement et la formation des enseignants est surtout révélatrice par ses silences des logiques choisies dans ce domaine" nous confie Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l'IUFM de Créteil, en réaction à l'annonce faite au conseil des ministres le 2 juillet.

 

"Les IUFM ne sont pas cités, ce qui semble signifier que toute une série de compétences professionnelles portées par les formateurs de ces écoles professionnelles sont totalement niées pour la construction des conditions de formation des futurs enseignants.

 

Les stages en établissement ne sont pas présentés comme obligatoires et évalués, ce qui pose clairement la possibilité que des enseignants puissent être recrutés sans jamais s’être confrontés aux réalités de l’exercice de ce métier.

 

La présentation des épreuves du concours ne comporte pas l’annonce d’épreuves orales professionnelles. Cela semble clairement indiquer que, globalement, les concours de recrutement continueront d’être tournés vers l’amont, c’est-à-dire vers la vérification de savoirs déjà validés à l’Université, et non vers l’aval , c’est-à-dire vers le métier qu’on veut exercer.

 

Ce projet de recrutement et de formation des enseignants est contraire à tous les modèles européens de formation des enseignants basés sur une véritable alternance entre l’exercice sur le terrain, les apports disciplinaires et des moments d’analyse des pratiques professionnelles.

 

En refusant de se poser la question de la préparation des enseignants à la diversité des situations d’exercice et des publics scolaires, ce projet tourne le dos aux besoins de notre système éducatif qui doit se fixer comme horizon la réussite de tous les élèves".

Sur le Café, JL Auduc sur la formation

Sur le Café, L'Expresso du 3 juillet

 

Colloque L'école 2.0 en direct du Café…