Formation des enseignants : « La professionnalisation, c’est ambigu » 

Par François Jarraud


Peut-on dégager des évolutions universelles dans la formation des enseignants ? Quelle place doit y prendre la formation professionnalisante ? Comment préparer les professeurs à l’enseignement en zone prioritaire ? Ces questions, et quelques autres, étaient posées le 19 janvier, à l’occasion de la publication, par le CIEP, du numéro 55 de la Revue internationale d’éducation de Sèvres. Il revenait à Alain Boissinot, coordonnateur du numéro, d’y répondre.


De ce numéro 55 de la Revue internationale d’éducation de Sèvres, où il pense, à juste titre, avoir « pris de la hauteur » avec les débats strictement français, Alain Boissinot pense pouvoir dégager quelques traits communs universels à la formation des enseignants. « Partout on assiste à l’allongement de la formation », un glissement vers le haut qui, en France, s’est traduit par la masterisation. « Partout, la formation des enseignants devient un enjeu universitaire », même dans les pays, comme en France, où on avait une tradition de formation spécifique. Partout aussi, on assiste à un débat sur la professionnalisation. Nulle part la question n'est arrivée à une stabilité. Les questions l’emportent sur les réponses. « Ce qui se passe en France, s’inscrit de façon cohérente dans des problématiques qu’on retrouve ailleurs et dont l’évolution n’est pas arrêtée ».


« La notion de professionnalisation est ambiguë », ajoute Alain Boissinot. Partout on se rend compte qu’il faut compléter la formation disciplinaire d’une formation professionnelle. Mais, pour A Boissinot, dans les pays qui ont défini des compétences à acquérir par les futurs enseignants, on en connaît les dangers. « Il y a un risque que les compétences soient intégrées non plus comme un moyen mais comme un contenu de formation, qu’elle se fasse aux dépens de la formation disciplinaire ». Evidemment on en est loin en France… Mais pour A Boissinot, la notion de professionnalisation est compliquée. « Il s’agit par exemple d’amener le professeur à réfléchir à ce que c’est que d’enseigner les sciences à un enfant de 6ème. Faut-il enseigner une discipline ou inscrire la discipline dans un champ plus large ? ». On sait que c’est ce que recommande l’académie des sciences avec l’enseignement intégré des sciences et de la technologie au collège.


« Comment le ministère peut-il sortir des difficultés qu’a mis en évidence le dernier rapport interne sur la formation des enseignants ? » « On sait tous que cette année est une année de transition entre deux systèmes », explique A Boissinot. « Dans le futur ce sera différent. Quand ils arriveront en classe, les nouveaux enseignants auront acquis une formation professionnelle ». Pour A Boissinot, la solution c’est de négocier avec les universités la construction de vrais parcours de formation conjuguant professionnalisation et enseignement universitaire. « Dans mon académie j’ai installé des groupes de travail avec les universités », explique A Boissinot. « On va proposer de vrais parcours de formation en alternance ». A Boissinot a rappelé qu’à la fin du XIXème siécle les universitaires (Vidal, Lavisse etc.) étaient beaucoup plus impliqués dans la formation des enseignants et les programmes. Autre évolution à venir : « il va falloir clarifier le calendrier de la formation entre concours et master. Il faudra relativiser le poids du concours ».


L’éducation prioritaire est-elle, comme l’affirment des chercheurs canadiens, en train de se séparer du système éducatif ? Ils mettent en évidence l’augmentation des personnels peu formés dans ces établissements, leur sortie du cadre commun. « Ce serait dramatique », pense A Boissinot, « car l’Ecole est un outil de lien social ». Il y a un risque que l’allongement de la formation creuse l’écart avec les besoins des élèves des quartiers défavorisés. Mais, pour A Boissinot, il doit plutôt servir à réfléchir à ce qui doit être enseigné, ce qui fait le cœur des disciplines. Là aussi il attend un effort des universités. Comment l’impulser sachant que chaque université est autonome ?


A l’autre bout du paysage éducatif, quelle place donner à l’avenir à l’agrégation ? Avec la masterisation, A Boissinot reconnaît que la question se pose. Il la lie avec la tendance à la reconstruction qui émerge dans notre système éducatif. Le triptyque école – collège – lycée, pourrait céder la place à un diptyque école du socle (associant école et collège) et lycée – premier cycle du supérieur. Dans cette optique, l’agrégation pourrait être une formation ouvrant la possibilité à enseigner dans ce cycle lycée – supérieur. « Aujourd’hui ça se fait mais ça ne se dit pas ». Mais là on avait quitté l’horizon universel qui fait la richesse de ce numéro de la  Revue internationale d’éducation de Sèvres, pour retourner aux débats franco-français.



Former des enseignants, Revue internationale d'éducation de Sèvres, n°55, décembre 2010.

Le sommaire de ce numéro

http://www.ciep.fr/ries/ries55.php

Sur ce numéro voir la lecture du Café :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/01/1701[...]

Etude canadienne sur l’éducation prioritaire

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/11/1211Mau[...]



Par fjarraud , le jeudi 20 janvier 2011.

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