« La chaussure entrera dans la boîte ». Pour Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, le premier syndicat des personnels de direction, la rentrée devrait se dérouler normalement dans le secondaire. Mais son organisation attend de la concertation et du ministre des changements…
« Ca fait des années qu’on réussit à organiser des rentrées correctes dans des contextes catastrophiques avec beaucoup d’ingéniosité », nous a déclaré Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN. Pour cette rentrée, « le contexte n’est pas nettement différent en terme de moyens ». Le syndicat craignait que la rentrée préparée de longue date sous Chatel soit bouleversée par le nouveau ministre. Il n’en est rien. « La décharge de 3 heures qui sera attribuée aux nouveaux enseignants dans le secondaire est digérable par les établissements. Et c’est un geste significatif dans la situation financière actuelle ». Par contre, « l’ambiance est différente. « On voit bien qu’on n’est plus face à un pouvoir dont la seule obsession est de supprimer des postes sans tenir compte d’aucune autre dimension ».
« Il faut sortir de la logique de 1983 »
De nombreux thèmes évoqués lors de la concertation pour la refondation de l’Ecole concernent les chefs d’établissement. C’est le cas par exemple de l’autonomie des établissements, de la place des collectivités locales, des rythmes scolaires et du socle commun. Philippe Tournier répond à nos questions avec précision sur ces points.
« Le système où on ne sait plus qui dirige qui n’est pas viable », nous dit-il à propos du rééquilibrage des relations avec les collectivités territoriales. « Aujourd’hui dans un quart des cas les relations entre région et Etat sont détestables, dans la majorité c’est la guerre froide. Un tel système n’est pas durable. Il faut sortir du système de 1983 où on transfère des compétences mais avec des pouvoirs en concurrence. Il faut arrêter cette logique qui disloque le système éducatif. Transférer les gestionnaires par exemple aux régions, ce serait installer ce conflit jusque dans les classes ». Pour le Snpden, il faut « réfléchir à une forme d’autorité académique d’un type différent, proche de celui qui a court dans la santé, qui soit de la compétence de l’Etat mais où les collectivités territoriales sont intégrées ». Au niveau local, « il serait normal que les collectivités territoriales soient davantage représentées aux C.A. On pourrait imaginer deux sièges ce qui permettrait à l’élu d’être accompagné d’un technicien par exemple ».
Pas d’autonomie mais des responsabilités définies
« Tout le monde est pour l’autonomie des établissements, mais chacun met dans le mot des réalités différentes », nous dit P. Tournier. « Il y a des questions qui ne peuvent pas se régler au niveau de l’établissement, par exemple celle de la mixité sociale. Chaque niveau doit assumer ses responsabilités ».
Rythmes scolaires : attention aux collégiens !
Prudence sur une réforme des rythmes scolaires, recommande P. Tournier. « Au lycée, on ne peut à la fois continuer à multiplier les options, vouloir des classes hétérogènes et avoir de bons rythmes scolaires. Il faut savoir ce que l’on veut. En revanche à l’école et au collège tout le monde connaît le diagnostic. Mai il y a un partenaire imprévu qu’il faut prendre en compte : les collégiens. Il y a eu des mouvements dans un quart des collèges du 94 dès la remise du rapport sur les rythmes scolaires. On risque d’être confronté à des mouvements de collégiens contre une réduction des congés d’été. C’est un risque majeur ».
LPC : innommable et incompréhensible
« Le LPC (livret personnel de compétences) actuel est innommable et incompréhensible. Il faut en simplifier les items et les rendre compréhensibles ». P. Tournier défend l’idée d’une validation qui ne se résume pas à un choix binaire mais qui reconnaisse des niveaux différents d’acquisition des compétences. « On pourrait y ajouter des compétences propres l’élève mais extra scolaires comme le fait d’être délégué ou de jouer d’un instrument de musique ».
François Jarraud