Un rapport officiel appelle un "projet politique fort" pour l'innovation pédagogique 

Le rapport de l'Inspection générale sur "les recours à l'expérimentation par les établissements autorisé par l'article L 401-1 du Code de l'éducation" couvre en fait le champ entier de l'innovation pédagogique. Il met en évidence les dysfonctionnements de la machine administrative mais préconise son renforcement et "un projet politique fort". Il veut aussi orienter l'innovation vers les priorités ministérielles.

 

Il faut croire que tout a merveilleusement changé en 2 ans dans l'Education nationale puisque l'écart est immense entre le rapport Reuter sur l'innovation pédagogique, réalisé fin 2011, et le nouveau rapport de l'inspection générale (C. Becchetti-Bizot, Jean-Louis Durpaire, Alain Taupin). Y Reuter montrait comment l'administration de l'innovation  pédagogique l'avait perverti. Loin de se limiter aux expérimentations article 34, le rapport 2013 couvre tout le champ de l'innovation pédagogique. Il s'attache à justifier l'administration de l'innovation même s'il en décèle les graves insuffisances.

 

Ainsi l'innovation pédagogique est totalement dépendante des aléas administratifs. Sa cartographie dépend des responsables locaux (les cardie). Ainsi deux académies n'ont officiellement aucune innovation (même si certaines se sont vues au Forum des enseignants innovants ou dans le Tour de France du numérique). D'autres sont sous-représentées (l'Ile-de-France) ou sur représentées (Bordeaux) (p.12). Bien qu'il y ait une administration académique, le rapport signale qu'il y a peu d'expérimentations lancées par els académies (p. 14). Il y a peu aussi de programmes nationaux si ce n'est les projets impulsés par le précédent directeur de l'enseignement scolaire (cours le matin sport l'après midi, EIST, PARLER). Mais finalement ces projets là non plus ne semblent pas aboutir à une généralisation ou un transfert important. Enfin le premier degré est pratiquement absent de l'innovation pédagogique officielle, alors que c'est évidemment un foyer particulièrement riche. L'administration de l'innovation est une administration et elle semble avoir beaucoup à faire pour exister à coté des Dasen, des recteurs, des IPR etc.

 

Assez logiquement suivent plusieurs pages sur la nécessaire liberté des professeurs innovants. "Une politique en matière d’innovation - expérimentation doit trouver les moyens d’encourager les équipes sans trop peser sur les processus et sans tuer dans l’oeuf les dynamiques qui se mettent en place", écrivent les auteurs. " Une approche bienveillante des cadres en général est essentielle pour permettre le passage de l’initiative personnelle à une forme plus professionnelle de l’expérimentation : prise de recul et analyse des réussites et des échecs, définition des conditions de généralisation, etc." (p49) Mais le rapport se clôt sur des préconisations qui renforcent l'administration tout en lui demandant de se dépasser.

 

Mais les préconisations concernent l'administration de l'innovation jamais les professeurs innovants. "L’innovation ne se décrète pas, elle fleurit d’abord sur le terrain, comme le répètent tous les partisans de la liberté pédagogique ; mais il faut pouvoir miser sur un projet politique fort et un discours volontariste si l’on veut créer les conditions de son éclosion de façon à ce qu’elle devienne une véritable « culture » qui irrigue l’ensemble du système éducatif", affirment les auteurs. Le rapport veut renforcer le pilotage. (pp 50 - 51)" L’équipe de pilotage académique doit indiquer les axes de la politique d’innovation/expérimentation pour la durée du projet académique, en veillant à la continuité des moyens attribués, à l’accompagnement et à l’animation des équipes d’établissements, à la cohérence des actions". (p 56). " Les priorités de la politique ministérielle (réussite éducative, consolidation des apprentissages fondamentaux, construction des nouvelles compétences liées à la société numérique, élévation du niveau de qualification, lutte contre le décrochage, lutte contre les inégalités, développement de l’éducation artistique et culturelle, valorisation de l’enseignement professionnel, etc.) doivent servir de matrice à la mise en oeuvre d’une stratégie en matière de numérique orientée vers l’innovation pour une plus grande efficacité du système éducatif et une meilleure réussite des élèves", conclue le rapport.

 

Caroline, professeure des écoles, pose sur son blog une bonne question : "comment prôner l'innovation et maintenir un système autoritaire ?" Pour de nombreuses raisons qui tiennent à l'éducation nationale mais aussi au contexte général, il y a une injonction très forte à l'innovation dans l'Ecole comme dans la société en général. La commande politique est là. Or peut-on innover sans développer une administration de l'innovation ? Sans aucun doute. C'est d'ailleurs ce que font couramment de nombreux enseignants qui innovent "en douce". Certes, puisque la commande politique est présente il est logique qu'elle se traduise en concrétions politiques que sont les administrations. Il est pourtant intéressant de constater que, dans le rappel historique de l'innovation pédagogique qui ouvre le rapport, celui-ci ne mentionne pas la seule expérience de soutien à l'innovation qui ait réellement atteint un certain niveau : celle des Mafpen. Créées par A Savary et supprimées par Allègre, deux ministres socialistes, placées hors hiérarchie, ces missions ont été un extraordinaire laboratoire d'idées justement parce qu'elles étaient légères et hors champ. Bref , une administration innovante...

 

François Jarraud

 

Le rapport d el'inspection

Le rapport Reuter

Comment prôner l'innovation et maintenir un système autoritaire ?

 

Par fjarraud , le lundi 28 octobre 2013.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 28/10/2013 à 11:49

    L'innovation quand elle est destinée à mettre en valeur les cadres de l'éducation nationale qui auraient su donner les bonnes directrices, a toujours été catastrophique. Aujourd'hui, à l’intérieur de l’éducation nationale, le comportement considéré comme le plus dans l'intérêt de groupe  (comportement inscrit dans les valeurs collectives) consiste à communiquer vers sa hiérarchie, la "langue de bois faisant consensus chez les bureaucrates des services centraux" plutôt que la réalité de ce qui se passe sur le terrain. Par ailleurs, les procédures d'évaluation conseillées sont d'une lourdeur et d'une absence d'opérationnalité déconcertantes. 
    L’enjeu le plus difficile est que la finalité de l’institution ne soit plus, comme aujourd’hui,  de faire des choses qui n’ont jamais été faites ailleurs accompagnées d’un baratin pour la communication; mais que la finalité soit de partager les bonnes pratiques innovantes qui améliorent réellement la qualité de l’enseignement.

    La régulation et le partage de l'innovation demande des compétences complexes. Il faut comprendre les mécanismes de la motivation humaine, mettre en place des lieux de vrais échanges (dont sites internet), agir pour réguler la bureaucratie. Ces compétences sont en opposition avec celles reconnues par les services centraux de l'éducation nationale.

    Je vois dans ce rapport, la synthèse de l'avis de hauts fonctionnaires qui ont, depuis 20 ans, appris à considérer le système éducation nationale comme un terrain pour mettre en avant leur indispensabilité et apprécient le pouvoir qui en découle. Malheureusement pour eux, la société civile a pris conscience du lien de cause à effet entre leurs habitudes de pilotage et le désastre de l'enseignement français.

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