Bien-être scolaire : Le testament éducatif de G. Pau Langevin 

9h30 le 31 mars. A l'occasion du colloque de l'AFPSSU, George Pau-Langevin, ministre déléguée à la réussite éducative, fait un discours qui s'avère un véritable testament éducatif. C'est le premier signal du remaniement. S'agit-il du testament de la refondation ou d'un simple passage de relais ?

 

Venue présenter le "Guide du bien-être à l'école", elle précise qu'il a pour objectif d'aider les professeurs "à mieux connaître et repérer les signes de malêtre des élèves, à agir en concertation et à être pleinement associées, sous la coordination des chefs d’établissement, à une politique éducative globale visant à établir un climat scolaire serein. Réalisé avec des experts et des personnels de terrain, ce document se veut pragmatique et adapté à la réalité quotidienne des établissements."

 

Mais la ministre saisit l'occasion pour adresser ce qui ressemble fort à un résumé des valeurs qu'elle a défendu au ministère depuis 2012.  " Développer l’estime de soi, la confiance, l’initiative, la coopération, ce n’est pas seulement une condition de l’épanouissement personnel. C’est aussi un élément indispensable à l’acquisition des connaissances et à la réussite scolaire comme professionnelle... Il nous faut continuer à réfléchir ensemble pour faire évoluer les pratiques pédagogiques, notamment concernant la notation ou le redoublement".

 

Sur l'évaluation, la ministre précise ses vues. "L’évaluation doit être formatrice et permettre un progrès. L’évaluation ne doit pas être une sanction et marquer un arrêt. Elle doit être un encouragement et non un découragement. Elle doit constituer un outil d’émulation et non de jalousie. A l’école, les élèves doivent apprendre que la notation n’est pas destinée à entretenir une rivalité agressive, mais peut au contraire prendre la forme d’une saine émulation... Il nous faut veiller à ce que l’évaluation... juge le travail et non la personne. Il s’agit dans la notation, comme dans la réforme des rythmes scolaires, de donner du temps aux apprentissages, de donner aux enfants le temps de se tromper, de se corriger, de s’améliorer. Notre mission est de donner à chaque enfant la force d’aller chercher en luimême les ressources pour se perfectionner et se dépasser".

 

Elle aborde aussi la question de l'orientation. "L’expérimentation du choix par les parents de la voie d’orientation en fin de troisième instaure un dialogue approfondi avec les parents et les équipes éducatives et accompagne les familles pour leur permettre d’effectuer leur choix en toute connaissance de cause. Depuis la rentrée dernière, treize académies et cent dix collèges se sont portés candidats à cette expérimentation. Laisser le dernier mot aux parents et à l’élève doit permettre d’améliorer l’orientation. De faire en sorte que celleci soit choisie et non subie afin de renforcer les relations écoleparents, de prévenir le décrochage scolaire et de revaloriser l’orientation professionnelle qui devient un choix assumé et non une relégation liée à un niveau scolaire jugé insuffisant".

 

Le guide du bien-être à l'école donne des conseils simples sur le repérage des situations de mal être. Il évoque la question de la responsabilité judiciaire de l'enseignant qui détecte une situation difficile pour l'élève. Il indique que faire dans ce cas. Il a aussi l'avantage d'être court. Le guide sort alors que la ministre s'en va. Sa diffusion va en souffrir. On peut dès maintenant le télécharger sur le site ministériel.

 

George Pau-Langevin avait la tâche pas facile de trouver une place aux cotés du bouillonnant Vincent Peillon, dans un secteur éducatif qu'elle ne connaissait pas. Elle a réussi à définir son territoire et à faire passer des idées qui tiennent aussi de son parcours. On le voit dans ce discours sur le plan pédagogique. Il est un autre terrain où G. Pau-Langevin a marqué le ministère c'est celui de la lutte contre les discriminations. Ainsi en février 2013, alors que coté PS ça tangue sur l'accueil à faire aux Roms, la ministre n'hésite pas à aller en voyage officiel à Triel (78). Dans cette commune de droite, elle démontre que des élus UMP peuvent faire vivre l'inclusion sans problème des Roms et de leurs enfants. Un sujet sur lequel elle revient encore en septembre 2013 à l'Assemblée devant la Mission sur l'évacuation des campements illicites. Ses convictions ont pu paraitre s'attaquer aux orientations de l'ancien ministre de l'intérieur et il y a peu de chances que cette grande dame, malgré son bilan, trouve une place au nouveau gouvernement.

 

Le guide

Pau Langevin en militante d el'inclusion

 

Par fjarraud , le mardi 01 avril 2014.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 01/04/2014 à 11:21
    Merci George Pau-Langevin,
    A l'époque où j'étais à la tête d'une association nationale reconnue (dans les sujets qu'elle traite), j'avais été reçue une fois par une de ses conseillères dont j'avais été impressionnée par la pertinence de l'analyse et par la qualité d'écoute. Il s'agissait de quelqu'un qui connaissait réellement les établissements scolaires et qui était convaincue du rôle des représentations de la société dans l'autocensure des jeunes et des familles pour l'orientation.

    Je suis tout à fait d'accord avec ce qui est écrit sur le bien-être scolaire, beaucoup moins avec le positionnement sur l'orientation. En effet, il y a quatre mécanismes qui conduisent à la discrimination sur les origines sociales. Quand on va dans le détail de ces mécanismes, on arrive à la conclusion que le "dernier mot aux parents" n'apporte rien et sera même contreproductif.
    Voici ces mécanismes, pour plus de détails aller voir mon blog.

    - Le premier concerne la surreprésentation des catégories sociales défavorisées parmi les jeunes en grandes difficultés.
    - Le deuxième porte sur la méconnaissance du système et donc des règles de la réussite par les familles. C’est ce qu’on appelle le délit d’initiés.
    - Le troisième porte sur l’autocensure dans les souhaits d’orientation. A niveau égal, un jeune issu d’un milieu modeste demandera moins facilement le lycée général.
    - Le dernier point concerne la plus grande difficulté à réussir en cas de faiblesse pour les enfants qui n’ont pas le soutien de leur famille.


    Par ailleurs, le dernier mot aux parents porte sur l'orientation non pas sur l'affectation en filière professionnelle. Cette dernière se fait via un logiciel aveugle qui ne prend pas en compte la motivation de l'élève et sa connaissance de la filière dans laquelle il postule. Or c'est là que ce situe le dysfonctionnement le plus important de l'orientation. Un élève qui veut aller faire un bac pro électronique peut très bien se retrouver en bac pro de comptabilité. Et il ne le sait que trois mois après avoir inscrit ses choix. 
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