Bien-être scolaire : Un seul lit pour deux rêves 

Les élèves ont-ils leur mot à dire sur le bien être à l'Ecole ? Médecin scolaire, Marianne Lenoir publie une thèse originale sur le bien être scolaire. Originale déjà par le sujet : la bibliographie montre que peu d'auteurs ont travaillé sur ce sujet depuis la fin du 20ème siècle. Originale aussi par la méthode. Tous les travaux antérieurs ne se sont intéressés qu'aux déclarations des adultes. L'idée de départ de Marianne Lenoir c'est d'interroger les élèves et de confronter leurs représentations à celles des adultes.

 

Le bien-être à l'école est un sujet très peu traité. Dans votre thèse on trouve par exemple l'étude de D Meuret qui remonte à 1997. Pourquoi ce manque d'intérêt pour ce sujet ?

 

Beaucoup d'enseignants trouvent que le bien-être ne fait pas partie des objectifs du collège.  Par exemple la puberté, qui éclate durant les années collège, n'est pas prise en compte. On délègue volontiers à l'infirmière l'éducation à la sexualité alors que cela concerne tout le monde.

 

Vous même pourquoi avoir choisi ce sujet de thèse ?

 

Pour devenir médecin scolaire, j'ai commencé à l'école de santé publique une étude sur l'incontinence urinaire chez les élèves. J'ai interrogé des élèves. Et ce sont eux qui m'ont parlé du mal être au collège et m'ont proposé des préconisations pour rendre le collège plus vivable. C'est là que je me suis rendu compte , en lisant la bibliographie, qu'on n'avait jamais interrogé les élèves sur le bien-être. J'ai trouvé intéressant de le faire et de comparer les représentations des enseignants et des élèves.

 

Le bien-être au collège est-il perçu comme quelque chose d'important par les enseignants et les élèves ?

 

Pour les enseignants, cela dépend beaucoup s'ils ont des enfants au collège. C'est souvent par leurs enfants qu'ils découvrent la question. Certains ne se la posent jamais. Certains ont une  formation en éducation à la santé et se la posent. Quand j'ai interrogé les enseignants, certains ont refusé de répondre. Globalement seulement 20% ont répondu à mon questionnaire. Les personnels de direction ne prennent pas forcément le relais. Sans généraliser, beaucoup ne considèrent pas le sujet comme primordial.

 

C'est curieux que les enseignants découvrent par leurs enfants alors qu'ils passent de longues journées au collège...

 

Les enseignants sont formés pour transmettre des contenus académiques. Certains sont attentifs aux élèves. C'est par exemple souvent le cas en zep. Mais même eux sont obnubilés par le programme. Ils pensent que s'ils ménagent trop les élèves ils ne pourront pas finir le programme. Ils voient le mal être mais ne s'y arrêtent pas. La structure du collège joue aussi. Par exemple le sentiment d'être démuni quand on se retrouve à plus de 30 élèves dans une petite salle.

 

Mais c'est quoi exactement le bien-être au collège pour les enseignants ?

 

D'après mon enquête, ce qui est venu d'abord c'est le bien être matériel, l'hygiène de vie. Ensuite le relationnel finit pas s'imposer. Le bien être est lié à l'ambiance de classe. La place des parents, l'attention qu'ils portent à l'école, est aussi perçue comme très importante pour le bien être. Mais il y a une limite : les parents ne doivent pas intervenir dans les affaires du collège.

 

Et pour les élèves ?

 

Pour eux c'est el relationnel qui prime. Le bien être c'est d'abord le partage avec les copains. Ensuite seulement viennent les relations avec les enseignants. Les élèves sont aussi les seuls qui parlent spontanément du bien être des handicapés à l'école.

 

Votre étude montre que le règlement intérieur est perçu de façon opposée par les enseignants et les élèves. Pour les premiers il contribue au bien être. Pour les seconds non.  Comment expliquer cette opposition ?

 

Cela tient au fait que pour les élèves, il n'est pas appliqué de la même façon par tous les enseignants. C'est lié au sentiment d'injustice. Les sanctions, mêmes justes, sont perçues comme du mal être par les collégiens. Il est frappant de voir les oppositions sur ce point. Par exemple, les adultes ont tendance à penser que quand ils donnent des travaux d'intérêt général dans les services administratifs du collège à des élèves cela permet de mieux les connaître et de se rapprocher d'eux. Les élèves les perçoivent pourtant très négativement.

 

Votre étude montre que le sentiment de bien être diminue de la sixième à la troisième. Comment expliquer cela ?

 

C'est vrai que c'est très intéressant à observer. Les élèves de 6ème entrent enthousiastes au collège et dès la 5ème leur état d'esprit change. Je ne sais pas l'expliquer. C'est un point qui reste à expliquer.

 

Quelles préconisations feriez vous pour améliorer le bien être des élèves ?

 

L'essentiel c'est de mettre vraiment l'élève au centre du collège. Qu'il puisse agir sur sa vie au collège, y compris sur la pédagogie. Dans beaucoup de pays on demande leur avis aux élèves sur la qualité de l'enseignement. Ne rien faire ici ne me parait pas une bonne idée.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

Un résumé de la thèse

La thèse complète

 

Par fjarraud , le mardi 01 avril 2014.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 01/04/2014 à 10:01

    Marianne Lenoir a raison sur un point : il y a eu longtemps un tabou sur l'ambiance de classe et le ressenti des élèves quand ils sont dans l'établissement.

    Cependant cela ne provient pas de la mauvaise volonté des enseignants, mais d'un tabou voulu par les syndicats d'enseignants et le corps d'inspection générale de l'éducation national portant l'ambiance de classe. 
    Toute personne qui abordait ce sujet était accusée de vouloir "stigmatiser une partie de la population". 
    Aussi, l'habitude a été faite de ne pas parler du problème, puis de le nier.

    Le personnel est mis en situation "d'injonction paradoxale" et donc perd une partie de leur capacité d'analyser la situation et donc de critiquer. Le but des syndicats est de conserver un mécontentement et donc une audience. Le but de la direction du système éducation nationale est de pouvoir se mettre en valeur en empêchant les enseignants de critiquer leurs géniales innovations pédagogiques. Il y a un consensus tacite entre ces deux partenaires de « valorisation mutuelle de fonds de commerce respectif ».

    Cependant, Marianne Lenoir n'a pas vu un élément important. La parole des enfants est parfois la réalité, parfois une langue de bois imposée par le groupe dont le but est de mettre en difficulté les adultes du collège. Il faut les écouter mais avoir une distanciation critique avec ce qu'ils disent.

    Tout ce qui est de l'ordre "des méchants professeurs qui les martyrisent" est à prendre avec les pincettes. En particulier, l'injustice des sanctions n'est pas réellement un vécu mais un élément de langue de bois qui permet de provoquer l'enseignant.

     Ce type d'études devrait être complété par le regard d'enseignants dont la capacité de recul et la pertinence de compréhension de l'humain sont reconnus dans l'établissement. 

Vous devez être authentifié pour publier un commentaire.

Partenaires

Nos annonces