Une nouvelle stratégie pour les maths 

Annoncée le 4 décembre par N Vallaud-Belkacem, la nouvelle « Stratégie mathématiques » est déjà en œuvre dans les classes.  A coté d’événements, comme la « semaine des maths » que le ministère lancera en mars, c’est une nouvelle façon d’enseigner les maths que le ministère veut promouvoir. Nous l’avons rencontré en classe, au collège.

 

 La France n’est pas que le pays des médailles Fields, le prix Nobel des maths. Derrière la vitrine et le prestige de certaines formations d’excellence, il y a une toute autre réalité. Selon Pisa, le niveau de maths des jeunes Français est en chute sensible depuis 2003. Cette chute moyenne s’explique par la hausse du nombre des élèves très faibles. Ils sont passés de 17 à 22% depuis 2003. Les écarts s’accroissent au sein du système éducatif et les maths révèlent cette situation. C’est cette situation qui motive une nouvelle approche de l’enseignement des maths.

 

C’est quoi la nouvelle approche des maths ?

 

« Je suis professeur de maths mais je ne forme pas des mathématiciens ». Las d’entendre que les maths sont la bête noire des élèves, Charles Philippe a notablement changé sa façon d’enseigner. Le 3 décembre, avec des élèves de 3ème du collège Debussy (Paris), c’est la journée de la craie. Au tableau les élèves corrigent des exercices de façon traditionnelle. Mais C Philippe est aussi l’animateur du club du collège qui construit une cabane dans un jardin partagé face au collège. Les élèves ont appris à utiliser un logiciel d’architecte pour dresser les plans (géométriques) de la cabane. Ils ont imaginé avec la professeure de SVT, les expériences qu’ils y feront. La principale, Sylvie Bance, a su trouver les moyens de la réalisation et les travaux sont en cours.

 

Travailler avec d’autres disciplines, lier les maths à des problèmes concrets, c’est justement ce que C Philippe réussit à introduire aussi dans ses cours. « On essaie de travailler sur des taches complexes », nous a-t-il expliqué. « Ce sont des situations qui font problème où l’élève doit trouver une stratégie. Il est évalué sur sa démarche et non sur le résultat final. Par exemple j’ai demandé aux élèves de calculer la longueur du périphérique parisien. Ils ont du imaginer des protocoles valables (et il y en a plusieurs !) et faire des calculs. Il faut à la fois dépasser le blocage devant un problème, réfléchir et faire travailler ses capacités de calcul. Il y a toujours une dimension de technicité ». Autre exemple, C Philippe leur a demandé aussi d’indiquer le nombre de battements de cœur dans une vie. En ce moment, il mène avec une classe de 6ème un projet de tour du monde. En préparation d’un voyage en Bretagne où les élèves feront de la voile, les collégiens suivent un tour du monde à la voile et le comparent au voyage autour du monde de J Verne. Ca les entraine dans de nombreux calculs et conversions.

 

Les nouvelles mesures ministérielles

 

Cette nouvelle approche des maths, le ministère veut la décliner en une dizaine de mesures.  Il y a d’abord tout ce qui concerne l’enseignement des maths en classe. « La dimension ludique des mathématiques et l’utilisation du numérique seront développées afin de motiver davantage les élèves et d’encourager leur autonomie. La place du jeu dans l’enseignement des mathématiques, notamment à l’école élémentaire, sera renforcée », annonce le ministère. Il veut également renforcer l’action des associations qui gravitent autour des maths.

 

« Le rôle du calcul compris comme outil d’appropriation des nombres et des opérations doit être clairement mis en avant pour renforcer la familiarité des élèves avec les nombres », explqiue la brochure ministérielle. « L’objectif est d’améliorer les compétences des élèves en calcul, mais aussi de consolider les concepts qui leur seront indispensables pour agir en citoyen dans un monde saturé d'informations chiffrées » Curieusement le ministère compte s’appuyer sur l’introduction de l’algorithmique. « L’algorithmique servira, aux côtés de la géométrie, de support à la pratique du raisonnement déductif », annonce le ministère. Il donne en exemple un exercice des tortues logo qui existaient dans les années 1980 et qui n’ont pas disparu par hasard… Comme exemple « d’enseignement des maths renouvelé grâce à l’apport de l’informatique », le ministère aurait pu trouver mieux que faire revivre un mode d’apprentissage mis en échec il y a 30 ans !

 

Le ministère annonce une « semaine des maths » du 14 au 22 mars qui devrait « sensibiliser tous les élèves et le grand public à l’aspect culturel des maths ».

 

Les problèmes de recrutement demeurent

 

Reste que l’enseignement des maths est aussi malade du manque de candidats. En 2013, 1210 postes de professeur certifié de mathématiques ont été proposés au capes externe. Seulement 816 candidats ont été admis soit 67% des postes proposés. En 2014, 1243 postes ont été mis au concours et on n’a compté que 838 admis soit un pourcentage identique à celui de 2013. La ministre promet d’améliorer ces résultats en ouvrant une option informatique au capes de maths. « Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) seront incitées, en lien avec les universités, à profiter de la nouvelle spécialisation progressive en licence pour proposer des parcours dès la L2 et la L3 afin de favoriser la polyvalence des futurs professeurs des écoles », annonce aussi le minsitère.

 

Curieusement le dossier ministériel n’évoque pas la place des maths dans le système éducatif. Parce que ce qui tue les maths c’est d’abord que c’est la discipline qui sélectionne pour entrer dans la filière dominante.  C’est bien parce que la filière S est celle qui ouvre toutes les portes qu’au final une bonne partie des bacheliers S ne se retrouvent pas dans les filières scientifiques. Cela appauvrit le vivier dans lequel l’éducation nationale pourrait recruter de futurs professeurs de maths. C’est aussi le poids écrasant des maths qui explique ces nouvelles stratégies pédagogiques. Rien ne dit que le ministère veuille s’attaquer à cet équilibre là.

 

François Jarraud

 

 

 

 

Depp : Baisse des résultats en maths dans Pisa

La crise du recrutement en maths

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 04 décembre 2014.

Commentaires

  • Guillaume35, le 04/12/2014 à 21:38
    Avant de vouloir faire du ludique, etc... regardons ce qui marche à l'étranger.
    Prenons l'exemple de l'Etat de Singapour : associer les chercheurs et enseignants pour créer une méthode de mathématiques efficace ! Cela marche : les élèves de Singapour sont en tête depuis plusieurs années aux évaluations PIRLS grâce à la méthode de Singapour, désormais traduite en France et dans d'autres pays étrangers.


  • maria1958, le 04/12/2014 à 14:08
    Pour que les maths puissent être enseignés, encore faudrait-il avoir.... des profs de maths. 

    Face à la crise de recrutement, particulièrement aigue comme le rappelle le Café, la Commission Française pour l'Enseignement des Mathématiques (qui rassemble des composantes variées de la communauté mathématique, y compris l'Académie des Sciences), a demandé entre autres mesures la mise en place de prérecrutements. Un tel dispositif consiste à financer les études des futurs profs de maths, rémunérés comme élèves-fonctionnaires en échange de l'engagement à suivre une formation renforcée, réussir le concours de recrutement et exercer ensuite plusieurs années au service de l'Etat. C'est une méthode qui marche, comme l'expérience l'a déjà maintes fois montré avec les IPES etc. 

    Il faut croire que la pénurie de profs titulaires en maths n'est pas jugée assez grave par le ministère pour qu'une réponse positive soit enfin apportée à cette demande de la CFEM - qui n'est pas la seule à la formuler, c'est aussi, par ailleurs et surtout pour les concours, territoires et disciplines déficitaires, une demande syndicale (FSU). 

    Quant à restaurer l'attractivité du métier d'enseignant en revalorisant les salaires et les conditions de travail, pour attirer à nouveau vers l'enseignement les diplômés de maths, la ministre s'y refuse aussi - réduisons la dépense publique, c'est le plus important !

    Partout où des classes sont sans prof de maths (et hélas, des classes sans prof de maths, il y en a de plus en plus...), parents et élèves ont au moins une "consolation": ils savent qu'il existe des solutions pour sortir de cette pénurie. Ils savent aussi que jusqu'à présent du moins, la pression exercée sur les décideurs n'est pas encore suffisante pour les contraindre à agir. 
  • cdivoux1, le 04/12/2014 à 17:00
    Ce matin j'écoute le journal sur France Inter et là je lis la même chose sur le Café (les mêmes exemples).

    Que faut-il en conclure ?
    (cocher la bonne réponse)

    1. Il n'y a qu'UN seul enseignant sur toute la France qui fait "autrement".
    2. Il n'y a plus qu'une seule source d'information.
    3. Les journalistes sont paresseux.
    4. C'est la faute des profs si les journalistes sont incompétents.

    Je penche pour la première option. J'hésite pour la 4e. ;-)

    "lier les maths à des problèmes concrets .... le nombre de battements de cœur dans une vie."

    Quoi de plus concret en effet !

    Pour que la tâche soit complexe, j'espère la catégorie socioprofessionnelle a été prise en compte.

    ;-)


    Claude
  • Viviane Micaud, le 07/12/2014 à 10:11

    Il y a une phrase fausse qui renforce les représentations inexactes stigmatisantes pour une partie de la population « Parce que ce qui tue les maths c’est d’abord que c’est la discipline qui sélectionne pour entrer dans la filière dominante. » Il y a une illusion d’optique que je vais expliquer dans la suite du texte.

    La filière S sélectionne sur DEUX « groupes de compétences structurantes » :

    -       La maîtrise des codes de communication artificiels (où il faut questionner la question) nécessaires à faire des études supérieures littéraires en France. (25% de la plus sélectives des formations supérieures littéraires post bac, l’hypokhâgne, viennent de S. Ce qui prouve que les exigences de capacité d’expression littéraires sont les mêmes qu’en L).

    -       Les maths (capacité d’utiliser des outils mathématiques complexes).

    Les élèves qui n’ont pas la première compétence sont relégués en filière technologique, quel que soit leur goût pour les défis mathématiques.  Il y a clairement un tri sur la compétence littéraire dans l’accès au lycée (un niveau bac pro, un niveau bac technologique, un niveau bac général).

    Le lycée général a un tri à deux détentes : premier tri sur le Français, deuxième tri sur les maths. La sensation de tri par les maths est une illusion d’optique : ceux qui s’exprimaient en parfait français mais qui ne savaient pas questionner la question à la manière des littéraires ont été ELIMINES. Le tri se fait sur ceux qui n’ont pas été éliminés. Il n’y a strictement aucune raison de refuser les maths de S à ceux qui ne veulent pas faire d’études littéraires et qui souhaitent le programme de français des classes technologiques. Il s’agit d’une DISCRIMINATION inadmissible de le refuser. D’autant plus qu’avant 1995, c’était possible grâce à la filière E.

    C’est une conséquence d’un petit jeu de pouvoir de ceux que j’appelle les paléolomodernistes consensuels. Il a conduit à transformer peu à peu la filière S en une filière générale destinée à donner un bagage scientifique à ceux qui veut faire HEC puis l’ENA, non pas à préparer aux études scientifiques.

    Les journalistes qui suivent l’éducation nationale ont tous des parcours littéraires. Pour eux, écrire suivant les codes de présentation nécessaires aux études littéraires franchouillardes est naturel. Ils ne voient, ni que c’est une approche artificielle (les anglo-saxons partent du résultat et démontrent) et fonctionnellement inutile, ni que c’est une compétence dure à acquérir : 60% des élèves n’y arrivent pas. Il s’agit bien d’une discrimination inadmissible de l’imposer aux jeunes qui ont  déjà décidé de ne pas aller vers les études littéraires.

    Le goût de se construire une culture générale à l’âge adulte, par fréquentation des musées, lectures et visionnages de documentaires n’est nullement liées à la capacité de questionner la question à la méthode des études littéraires franchouillardes.

    Il y a donc, inscrit dans la langue de bois obligatoire, un refus de voir l’existence de deux tris en S : un légitime par les maths (nous formons des scientifiques qui ont besoin d’un outillage mathématique) et un tri illégitime par l’expression littéraire (une filière scientifique n’est pas sensée préparer l’entrée en hypokhâgne).

    Il existe un courant d’irresponsables, adeptes de la discrimination gratuite de ceux qui ont un cerveau différent que le sien, qui souhaitent supprimer le droit aux lycéens de faire des maths de niveau approfondi. Outre qu’il s’agit, d’un immoral vol de l’avenir de ceux qui aujourd’hui s’appuie sur les maths pour réussir (avec des biais sociaux), il s’agit aussi d’un acte de sabotage du potentiel du pays. Les pays qui ont tenté de le faire dans le passé en sont revenus en particulier la Finlande et l’Italie. Il existe des filières de l’enseignement supérieur qui sont indispensables à la capacité du pays à affronter l'avenir qui sera de plus en plus complexe, où  il faut avoir validé un niveau avancé en mathématiques, supérieur à celui accessible à la grande majorité des élèves d’un lycée général et technologique.  

    La solution existe et elle est simple, elle permet de grande flexibilité. L’élève choisit le niveau qu’il prépare « en expression littéraire », « en mathématiques » et sa « dominante » (laquelle correspond aux filières d’aujourd’hui). Si les élèves qui choisissent ES avaient le droit de faire les maths de S, il  n’y aurait plus de hiérarchie entre la filière « ES » et la filière « S ».

  • Franck059, le 04/12/2014 à 09:06
    Maths ludiques, le jeu en maths, pour faire à la mode, pour donner l'impression que c'est facile alors que pour intégrer les concepts mathématiques, il y a lieu de faire des EFFORTS de réflexion pas des efforts d'amusement...
    Construire une cabane passe encore (quoique cela fait beaucoup genre problème du certificat d'études mais il est vrai que le niveau en ce temps là...), estimer la longueur d'un périphérique, ou le nombre de battements de cœur sur une vie, voilà bien le genre de problème inutiles qui desservent les maths en fait !
    Celles-ci doivent fournir les outils pour comprendre et déchiffrer le monde, pour résoudre les problèmes de demain. Pourquoi croyez-vous que l'on peine à trouver des profs de maths ? Parce que celles-ci de nos jours sont utilisées et nécessaires dans de nombreux domaines, où les étudiants seront mieux payés et considérés !
    Des tâches complexes dont seuls les plus habiles parviennent à bout, mais il est vrai que peu importe le résultat, on amène l'élève à développer SES compétences. Au final, ils sont compétents à ne pas savoir résoudre un problème : merveilleux non ?
    De l'algorithme qui déjà écœure profondément une majorité des lycéens qui au lieu de faire des maths se retrouvent à tenter de programmer un logiciel ou une calculatrice pour souvent pas grand chose, pour illustrer péniblement ce que leur imagination avait parfaitement compris.
    Non, plus sérieusement, la rénovation des maths est ailleurs. 
    Tout d'abord dans l'allègement des programmes qui sont extrêmement élitistes à la fois au collège et au lycée. 3 objectifs par trimestre, c'est largement suffisant. Et cela permet au prof d'aller au rythme des élèves et de prendre le temps de varier les activités : en groupe, sur logiciel, etc.
    Un exemple ? en Terminale S, l'élève n'a même pas le temps d'assimiler l'exponentielle traitée en 2 semaines maxi puis on passe à autre chose. Attention ! pas du fait de l'incompétence du professeur mais du fait de programmes lourds rédigés par des irresponsables.
    Ensuite dans la reconnaissance horaire : 3,5 h de maths par semaine au lieu de 4h en 5ème et 4ème, c'est bien sûr insuffisant.
    Ensuite en utilisant les nombreux logiciels pour leur faire effectuer les calculs pénibles ou tâches fastidieuses. L'esprit de l'élève doit se concentrer sur la résolution des problèmes et les étapes à mettre en place pour y parvenir. Pour l'instant, l'élève passe beaucoup de temps par exemple à calculer une dérivée (avec erreur humaine fort probable) alors qu'un logiciel fait cela très bien !
    Enfin, et pour la n-ième fois, en laissant tout prérogative à l'enseignant, et non par injonctions verticales venant d'en haut.
    • Viviane Micaud, le 04/12/2014 à 09:53
      D'accord sur cela. Par contre, il faut aussi
      - équilibrer les heures de maths entre la première S et la Terminale S pour permettre la progressivité des apprentissages,
      - donner la possibilité de faire le programme de maths de S aux autres filières du bac général.
      - et mettre un horaire décent à ceux qui font le choix d'approfondir les maths.
      • nathmaths, le 04/12/2014 à 18:19

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