La classe plaisir : Mon déclic à moi 

Les moments Champagne vous connaissez ? Ce sont ces moments qui libèrent l'enseignant dans sa pratique. Cette année encore, nous suivons l'équipe de La classe plaisir. Vous retrouverez tous les mercredis, jour de L'Hebdo primaire, ses petits moments sur l'école qui donnent sens au métier...

 

Ce « moment-champagne », qui s’est passé il y a sept-huit ans en classe de cycle 3, est ce qui a libéré mes pratiques, notamment sur la place que pouvaient prendre les enfants dans la vie de la classe.

 

Un jour, en remontant après le temps de midi, il y a un groupe de filles de la classe qui arrive et qui me dit : « Voilà, on a un projet, et ton travail à toi c’est simplement de nous libérer du temps pour le faire. » Je leur demande : « Quel projet ? » Et elles me répondent : « On s’est vus ce midi, tous ensemble de la classe, et on a un projet de théâtre : on a l’histoire, on sait ce que tu peux faire, toi, surtout la musique, on s’est partagé le travail, et voilà la liste des répartitions : un tel pour les costumes, un tel pour les décors, un tel pour relire l’histoire, etc. » Et elles finissent par : « Il nous faut dix jours. »

 

Tout le monde était concerné dans la classe. Ils avaient commencé à en discuter en classe pendant les temps d’atelier ou de récréation et les cinq-six filles qui étaient à l’initiative du projet ont fait le tour de tous les enfants, pour leur proposer des choses à faire et les écouter. Elles avaient estimé le temps à dix jours. Le travail que je devais faire, c’était de leur composer une musique et j’étais aussi censé négocier l’utilisation des salles dans l’école pour le projet.

 

La pièce tournait autour de l’injustice dans le monde. C’est vrai qu’on avait lu pas mal de choses sur ce thème-là auparavant. On correspondait à cette époque avec le Mali et le Burkina.

 

Quelques années avant, j’aurais certainement pris le temps de réfléchir, j’aurais sans doute plus mis la main dessus. Mais là, je sentais qu’il fallait que je donne la réponse immédiatement, vu l’ampleur du projet et son avancée. Elles m’avaient donné les grandes lignes du projet, et cinq-six feuilles avec la répartition des tâches. C’était un groupe qui avait l’habitude de fonctionner un petit peu comme ça, il faut dire. Mais jusque-là, c’était sur des petits moments de projets.

 

On l’a fait, ça a duré un peu plus que dix jours, plutôt deux semaines et demie. On n’a fait que ça pendant cette période, même si à travers le projet, on faisait aussi des maths et du français. Et ça a été un moment intense bien sûr pour toute la classe, mais surtout intense pour moi, car ça m’a confirmé que parfois, j’étais trop présent dans la classe. Ce projet a été mené jusqu’au bout, on a fait une quinzaine de représentations, auprès de tout le personnel de l’école, auprès des classes, auprès des parents. Et surtout, ça a modifié les rapports que les gamins pouvaient avoir entre eux dans la classe, et surtout, ce que moi, j’étais capable de laisser comme place.

 

Du coup, c’est devenu chez moi un des axes de travail et de réflexion autour de cette question récurrente : Dans quelle mesure la présence de l’enseignant peut parfois empêcher que des choses se passent, et au contraire, comment elle peut parfois favoriser les choses ? Ça a été sans doute un des axes fondateurs de ce que je fais aujourd’hui dans la classe. Depuis ce moment, dans mon emploi du temps, il y a vraiment des plages larges pour permettre cela, et ceci pour toutes les disciplines.

 

Je me rends compte, en repensant à tout ça, qu’il y a eu souvent des moments où j’ai été un frein, où des propositions qui m’ont été faites n’ont pas été suffisamment entendues par moi, ou ont été détournées.

 

En fait, ces gamines, elles se sont dit : La classe, c’est nous.

 

Un peu comme une révolution.

 

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Par fjarraud , le mercredi 10 décembre 2014.

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