Après Charlie : Quand les ministres font de l'éducation civique 

Etre ministre ça aide à enseigner les valeurs de la République ? Vendredi 23 janvier, Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem, Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, ont donné leur premier cours d'éducation civique. Et comme dans une vraie classe, ils ont du faire face aux questions inattendues des élèves du lycée agricole de Bougainville à Brie Comte Robert (77) et du collège Jean Moulin à Pontault Combault (77). Et comme de vrais professeurs, ils s'en sortis comme ils ont pu...

 

Souvent les déplacements officiels sont organisés et tirés au cordeau. Et si l'entourage ministériel n'a pas voulu bloquer toute spontanéité, les petits chefs locaux veillent au grain et écrasent toute parole libre, comme nous l'avions vu avec B. Hamon à Lieusaint (77). Le 23 janvier au lycée agricole de Bougainville de Brie Comte Robert comme au collège Jean Moulin de Pontault-Combault, la parole des élèves est libre. Les questions ne sont visiblement pas préparées et les ministres, Manuel Valls,  Najat Vallaud-Belkacem et Stéphane Le Foll doivent répondre à toutes sortes de questions, même les plus inattendues.  Certaines n'avaient pas été prévues par les équipes de communication et les ministres ont du faire face avec les moyens du bord. Exactement comme le professeur dans la classe. Ils s'en sont sortis moyennement.

 

Comment faire quand le prof  n'est pas Charlie ?

 

"On envoie un signal clair. On n'accepte plus les incivilités et les atteintes aux valeurs républicaines", annonce N Vallaud Belkacem aux lycéens du lycée agricole de Bougainville. "L'école n'arrive plus à enseigner quand il y a des perturbations et des incivilités". Des remarques que les lycéens de Bougainville accueillent gentiment. Le lycée compte près de 450 lycéens scolarisés en bac pro, série S, série technologique agricole ou en BTS agricole. S'y ajoutent aussi des apprentis. Ce sont des internes et "l'internat donne de la cohésion" explique S Le Foll. Interrogé par le Café pédagogique, Jean Louis Clément, professeur d'agro équipement, nous dit que "les élèves sont très bien et ont marqué beaucoup de respect pour ce qui s'est passé. Quand on leur explique et qu'ils comprennent que c'est juste il n'y a pas de problème".

 

Les jeunes ne rechignent pas à se lever devant les ministres. Et ils chanteront avec émotion la Marseillaise. Mais ça ne les empêche pas de poser les questions qu'ils ont sur le coeur. Ainsi une jeune fille demande combien de temps encore va durer Vigipirate. Manuel Valls fait une réponse peut-être imprévue et  surement glaçante. "Votre génération doit s'habituer à vivre avec le danger terroriste. Vos enseignants doivent en tenir compte. Mais nous ne devons pas avoir peur". Arrivent les questions surprenantes. Un jeune demande comment on peut gérer un professeur qui trouve qui met en doute les attentats. Pris de court, les ministres gèrent la question en oubliant qu'il s'agit d'un professeur. "Les jeunes sont tentés par la contestation des informations", explique N Vallaud Belkacem. "Il y a un fort scepticisme pour tout ce qui est institutionnel. La réponse c'est l'éducation aux médias". Tout de suite après un autre jeune demande aux ministres s'ils regrettent à égalité la mort des terroristes et de leurs victimes. Là les ministres s'en sortent beaucoup mieux.

 

Pourquoi Dieudonné est en prison ?

 

Quelques kilomètres plus loin, M Valls et N Vallaud-Belkacem rencontrent les élèves du Conseil de la vie collégienne du collège Jean Moulin de Pontault-Combault. Le conseil comporte des élèves de la 6ème à la 3ème. Ils est remarquablement animé par une professeure. Et là aussi les débats sont libres. Manuel Valls demande aux élèves s'ils ont changé depuis les attentats. Une collégienne de 4ème explique que le soir dans son lit elle repense à ce qui s'est passé. "Ce qu'on a vu, l'assassinat du policier par exemple, ce n'est pas un film. Les gens sont vraiment morts". "J'étais contente qu'ils parlent de ces morts", confie l'enseignante. "Je craignais qu'avec les jeux vidéo ils ne fassent pas la différence avec la réalité". N. Vallaud-Belkacem prend à partie la presse télévision. "Les médias doivent penser à la vulnérabilité des enfants qui regardent", dit-elle. Mais bien vite arrive la question qui fâche. Une collégienne de 3ème demande pourquoi Dieudonné est en prison pour avoir seulement exprimé une opinion. C'est Manuel Valls qui se charge de répondre. Dieudonné n'est pas en prison, dit-il.  Il explique la différence entre une opinion et des propos racistes, qui sont interdits par la loi et l'apologie du terrorisme lui aussi sanctionné. "Dieudonné ne parle que des juifs", souligne un élève. "Il est antisémite".

 

Pour les ministres le CDI d'enseignant est terminé. Le moment d'une matinée ils ont pu vivre ce qui se passe en classe. Le débat avec les jeunes c'est plus compliqué qu'au Parlement...

 

François Jarraud

 

Hamon à Lieusaint

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 26 janvier 2015.

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