Le professeur de philosophie de Poitiers disculpé, mais muté  

Fallait-il muter Jean-François Chazerans ?  Ce professeur de philosophie, mis en cause pour des propos inadéquats après les attentats contre Charlie Hebdo, en janvier, avait été suspendu de ses fonctions par le rectorat de Poitiers. L'enquête de Justice a établi l'absence de fondement des accusations d’apologie d'actes de terrorisme, venue d'un courrier de parent d'élève. L'affaire aurait pu en rester là, mais le rectorat de Poitiers a opté pour une mutation disciplinaire du professeur incriminé. Un collectif de professeurs de philosophie poitevins et l'APPEP expriment leur inquiétude devant cette sanction. L'enseignant incriminé revient sur les faits et s'explique sur son blog.

 

 «  Est-ce que dorénavant tout professeur doit s'attendre à pouvoir être aussi gravement mis en cause sur la base d'éléments aussi légers ? » demande le collectif de Poitiers-ils, rappelant que l'accusation est partie d'un simple courrier de parent. Ce courrier  se fondait sur le témoignage d'une élève qui n'avait pas compris les propos du professeur, a établi l'enquête, et qui en avait demandé le sens à sa voisine, rapporte JF Chazerans. « N'est-ce pas l'autonomie de l'enseignant, c'est-à-dire sa capacité à respecter de lui-même des règles communes, que vous remettez en cause en le soumettant hors de tout dialogue à des décisions graves concernant le contenu d'un cours ? » poursuit le collectif La procédure administrative se prévaut d'éléments « finalement abandonnés » par l’enquête judiciaire, qui, elle-même, a pu « s’immiscer sur le terrain des choix et des compétences pédagogiques » du collègue incriminé, protestent les professeurs. Rappelant un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme du 7 décembre 1976, les signataires évoquent une liberté d'expression valable aussi  pour les idées qui « heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population ». 

 

La lettre poursuit : « Ferons-nous l’objet d’une accusation à chaque fois que la susceptibilité d’un élève aura été heurtée par l’expression d’une idée ? À chaque fois qu’elle s’opposera à ses croyances et qu’il se jugera offensé ? Ou quand il aura confondu la formulation d’une hypothèse avec la conviction intime du professeur ? » L'intéressé, qui a subi 8h de garde à vue et 5h d'interrogatoire, souligne l'absurdité de se voir reprocher l'absence de « travail préalable de la préparation de la réflexion » dans un contexte d'actualité où l'on demandait justement de gérer sur le vif la réaction des élèves.

 

De son côté, l'APPEP (Association des Professeurs de Philosophie de l'Enseignement Public) explique que cette « erreur d’appréciation a exacerbé les tensions au lieu de les apaiser. » Rappelant la « complexité de la tâche » qui incombe aux enseignants du primaire et du secondaire, qui doivent à la fois « transmettre les valeurs de la République, engager des débats avec les élèves et observer une position de neutralité », l'APPEP souligne l'importance du soutien de l'institution à ses représentants, dans leur travail au quotidien.

 

Jeanne-Claire Fumet

 

La mise au point de Jean-François Chaezerans sur son blog

La lettre des professeurs de philosophie de Poitiers sur le site du SNES

Le communiqué de l'Appep sur le site de l'association  

Voir aussi dans le Café

Dans le Café en 2009

 

 

Par fjarraud , le mardi 07 avril 2015.

Commentaires

  • eplantier, le 07/04/2015 à 08:17
    Il y a un réel et évident problème de gestion des ressources humaines dans l'Éducation nationale.

    Ici, c'est un professeur qui est inquiété, jeté en pâture aux médias, muté alors que la justice ne donne pas suite.

    Ailleurs (Savoie, Bourg-Saint-Maurice), c'est un chef d'établissement qui est conduit à démissionner, son adjoint et le précédent adjoint inquiétés disciplinairement dans l'affaire d'un adolescent qui s'est suicidé, alors que, là encore, la justice ne les a pas poursuivis.

    Rappelons que, si des actions disciplinaires sont possibles et souhaitables à l'encontre de personnels ayant commis des fautes, l'administration doit le soutien à ceux qui sont mis en cause. La mutation serait-elle une nouvelle façon de le faire ?

    (Contribution aux termes pesés, soigneusement relue).
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