Des élèves plus actifs et plus autonomes avec la classe inversée en maths 

La classe inversée ça marche aussi en REP ? A Drancy (93), Nicolas Lemoine pratique la classe inversée au collège Liberté, un établissement REP. L'équipe de maths est en train de basculer son enseignement en classe inversée. Il nous fait partager cette expérience.

 

Comment êtes-vous arrivé à inverser la classe ?

 

 Je suis arrivé à la classe inversée grâce à un de mes collègues, Loïc Asius, qui a fait le choix de la pratiquer il y a deux ans avec une classe de 5ème. J'ai très vite été attentif à son projet et je l'ai suivi de très près tout au long de l'année. J'ai été convaincu de l'intérêt d'une telle pédagogie : les élèves font beaucoup plus de maths en classe et le professeur est bien plus capable de cibler les difficultés rencontrées par ses élèves et donc peut mieux y remédier. Je me suis donc lancé dans l'aventure dès la rentrée 2014 avec une classe de 6ème. Ainsi, au collège il y a une classe inversée en maths en 6ème, une en 5ème et une en 4ème. L'année prochaine il y aura de la pédagogie inversée dans tous les niveaux en mathématiques au collège.

 

 

Qu’apporte la classe inversée pour les élèves ? Y a-t-il une réelle « plus-value » ?

 

Le fait d'inverser les temps de travail et de travailler par "îlots" est, je trouve, très bénéfique pour les élèves. Le fait de voir le cours "à la maison" permet à chaque élève d'aller à son rythme, de prendre le temps dont il a besoin et non pas de suivre un tempo imposé. Il peut regarder autant de fois qu'il veut la vidéo, y faire des pauses, des retour arrière etc. En classe, ils sont plus autonomes. La travail en groupe me permet de pouvoir passer davantage de temps avec ceux qui sont plus en difficulté... et de permettre à ceux qui sont plus avancés d'approfondir encore davantage les notions. Une véritable différentiation peut se mettre en place. Je peux dire à la fin de l'heure de façon assez précise quel élève est en difficulté et à partir de quel moment il l'a été, du coup je peux être plus efficace dans la remédiation et lui proposer des pistes de travail plus adaptées.

 

Le fait que les élèves doivent répondre à un questionnaire une fois la vidéo regardée me permet de savoir avant même de rentrer en classe quels sont les points qui ont posé problème. Ainsi, lorsque je fais le "bilan de la capsule" lors des 10 premières minutes de cours, je peux "orienter" la discussion vers les points qui ont posé le plus de problème à la majorité des élèves. Cela permet de ne pas laisser de fausses représentations s'installer. Pour les points qui n'ont posé problème qu'à un ou deux élèves, je profite alors du moment de travail en groupe pour aller les voir individuellement.

 

Les élèves font 80% du temps de cours des maths... et ça, ça change tout! C'est parfois jusqu'au double de ce que l'on fait en classe "banale"...

 

 

Est-ce que les capsules sont réellement visionnées à la maison par les élèves ?

 

Les capsules sont vues par la quasi totalité des élèves chez eux. En fin d'année dernière, un questionnaire sur l'équipement numérique a été passé aux CM2, 6ème et 5ème. Ces questionnaires n'ont pas servi à constituer les classes mais ont permis à M. Asius et moi même de déterminer celles qui avaient le plus d'élèves équipés... et on pouvait en fait choisir n'importe quelle classe. En effet, il suffit que l'élève ait accès à une tablette, un smartphone ou un PC connecté... pour ceux qui ont des soucis d'internet, une clef USB permet de leur transmettre les contenu (le questionnaire est alors papier et je ne l'ai que le matin du cours... mais cela ne représente jamais plus de 2 élèves !)

 

 

Quels sont les retours des élèves et de leurs parents ?

 

Nous avons fait passé un questionnaire aux familles vers décembre pour faire un premier bilan. Près de 90% des familles souhaitent que leur enfant bénéficie encore de cette pédagogie inversée l'année prochaine, 100% des familles disent que leur enfant n'a pas été "pénalisé" par ce système.

 

Par ailleurs, nous avons choisi de faire vivre la classe en dehors du collège au travers des réseaux sociaux (Facebook et Twitter). Cela a permis une plus forte implication des familles dans le travail de leur enfant, et des échanges assez nombreux. Une réelle relation de confiance s'établie au fur et à mesure de l'année. Evidemment nous avons établi une sorte de protocole d'usage de ces réseaux : nous ne répondons pas passée une certaine heure, nous n'avons pas obligation de répondre à toutes les questions, et il ne faut pas que l'élève qui n'est pas sur les réseaux soit "pénalisé" (c'est juste un "plus" et en aucune façon obligatoire).

 

 

Vous êtes plusieurs collègues à pratiquer la classe inversée. Est-ce qu'il vous paraît indispensable que ce soit une démarche d'équipe ?

 

Ce n'est pas exactement une démarche d'équipe. Comme je l'ai dit plus haut, c'est un de mes collègues qui a lancé l'idée... et nous n'avons pas réussi à intégrer d'autres collègues pour le moment. Par contre, je pense que c'est bien d'être à plusieurs (2 au moins !) dans un tel projet... on a des interrogations communes, parfois des doutes sur telle ou telle capsule... on échange beaucoup.

 

Par ailleurs, l'institution nous soutient pas mal. Notre direction nous aide dans le projet en nous donnant par exemple 0,5 HSA par classe concernée. La CARDIE suit aussi le projet (Loïc Asius fait partie du groupe de travail sur la classe inversée). Nos IPR sont très attentifs à notre travail, le groupe de réflexion académique sur collège en mathématique dont nous faisons tous les deux partie aborde très souvent le sujet. Par ailleurs, nous en parlons aussi dans les stages PAF que nous animons.

 

 

Il faut créer les capsules, ça semble représenter une grosse charge de travail !

 

Créer des capsules est en effet assez chronophage. Pour ma part je m'applique comme règle de n'utiliser que des logiciel gratuits (car nous n’avons pas d'aide pour nous équiper personnellement... et si on veut pouvoir motiver d'autres collègues il faut que cela ne leur coûte que du temps !) En gros, il y a 1h de travail par minute de vidéo (un peu plus pour les premières capsules). Mais les logiciels sont de mieux en mieux faits (on voit une réelle évolution même depuis septembre !) Idéalement, il faudrait que l'on arrive à mutualiser une partie des ressources... même si nous pensons qu'il est important que la voix soit celle du prof que les élèves ont en classe pour assurer une réelle continuité. Mais pourquoi pas mutualiser le montage vidéo... encore faut-il se mettre d'accord sur une charte graphique afin d'assurer une certaine homogénéité !

 

 

Et s'il fallait trouver un point négatif ?

 

Un point pose question : quelle est la place de l'activité mathématique en classe inversée ? En effet, dans la logique d'un cours de maths, l'activité précède juste le cours... or avec le cours à la maison il faut soit que l'activité dure toute l'heure (ce qui n'est pas le cas pour toutes !!) soit que le timing soit parfait pour qu'elle se termine pile à la fin d'une heure de cours... Et faire des activités de découverte à la maison n'est pas simple...

 

Une autre question est de savoir si c'est réellement le côté inversée qui apporte tout le bénéfice que l'on y trouve, où le fait d'être dans une pédagogie "active" où les élèves sont en activité bien plus de temps qu'en cours "banal".

 

Propos recueillis par Laure Etevez

 

 

Par fjarraud , le mardi 05 mai 2015.

Commentaires

  • jackd, le 05/05/2015 à 10:30
    "Une autre question est de savoir si c'est réellement le côté inversée qui apporte tout le bénéfice que l'on y trouve, où le fait d'être dans une pédagogie "active" où les élèves sont en activité bien plus de temps qu'en cours "banal"."

    Poser cette question, c'est y répondre.
    Laisser une part du travail à la maison, ce n'est pas agir pour l'accès de tous aux compétences et au savoir, pour corriger le défaut avéré de notre système éducatif qui renforce les inégalités.
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