Claude Lelièvre : Des républicains bien étranges... 

Les nouveaux "Républicains" n'ont pas lu Jules Ferry. C'est ce que démontre Claude Lelièvre en opposant leurs discours sur l'Ecole avec ceux de Jules Ferry. " Leurs mises en cause reposent sur un gigantesque contre-sens (''pédagogique'' et ''éducatif'') et une ignorance patente des fondements mêmes de la fondation de l'Ecole républicaine".

 

« L'ennui », c'est que décidément les « nouveaux républicains » sont bien étranges...   D'abord, pour rappel, la position du principal fondateur de l'Ecole républicaine, Jules Ferry, au congrès pédagogique des instituteurs du 2 avril 1880. « Nous voulons des éducateurs ! Eh quoi, est-ce trop ambitieux ? Non ! Et je n’en veux pour preuve que la direction actuelle de la pédagogie, que les méthodes nouvelles qui consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver ; qui se proposent avant tout d’exciter la spontanéité de l’enfant, pour en diriger le développement normal au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien , au lieu  de l'enfermer dans des formules dont il ne retire que de l'ennui ».

 

Et encore Jules Ferry, lors de la remise des prix du concours général le 4 août 1880. « C'est le propre des études nouvelles que nous inaugurons d'associer, d'une manière plus étroite et plus touchante, l'élève et le maître dans un labeur commun [...] où le maître suscite, redresse, assiste incessamment l'esprit en travail du jeune latiniste. Dans cet effort plus spontané, plus personnel , l'homme tout entier se dépense ; et quand le maître fait apparaître l'homme, ce n'est plus la classe froide et banale, c'est l'éducation qui commence. Le professeur s'élève au rang d'éducateur ».

 

Ou encore Jules Ferry toujours, dans une lettre publiée par la « Revue de l'enseignement secondaire et supérieur » en novembre 1887. « Les programmes ne valent que par la méthode : c'est la réforme même […]. Ces prescriptions marquent très nettement la différence entre l'esprit ancien et l'esprit nouveau ; et il ne leur manque, pour transformer la face des études et désarmer l'opposition par l'évidence des résultats, qu'un  personnel  animé des mêmes convictions et élevé dans cette discipline […]. Les nouvelles méthodes mettent en jeu, dans une mesure inconnue jusqu'alors, l'action personnelle du maître : elles éclairent et réchauffent la classe, elles la fortifient de tout ce qu'elles enlèvent aux routines, aux analyses à outrance, à tous les exercices mécaniques et surannés. A des méthodes nouvelles ;,il faut des maîtres nouveaux. Pourquoi ne pas le dire ? C'est la résistance du corps enseignant qui a compromis un temps la réforme ».

 

Alors que dire, en 2015, de cet extrait du site du « collectif Racine » (''bleu marine'', pour ne pas dire Front national,, s'efforçant frauduleusement de porter les couleurs des ''hussards noirs de la République'') ? « La réforme portée par NVB, et inspirée par les mêmes pédagogistes ringards qui depuis 30 ans, sous les gouvernements UMPS successifs n’ont eu de cesse de déconstruire « scientifiquement » l’acte d’instruire, est un total contre-sens […]. Les exercices répétitifs et l’apprentissage des leçons par cœur, (grâce auxquels les Hussards noirs du dernier siècle amenèrent des petits Bretons ou Marseillais à une maîtrise de la langue dont on n’oserait plus rêver aujourd’hui) sont à éviter dit-elle Toujours cette vieille idée que les règles sont une souffrance insupportable et que c’est à l’ « enfant-roi » d’inventer les siennes. Cela a pour conséquence la disparition de l’apprentissage de la langue comme processus de transmission »

 

Ou que dire, toujours en 2005, des ''arguments'' avancés par certains « nouveau républicains » (UMP), par exemple ceux de Bruno Lemaire dans « Le Figaro » du 27 avril. « La ministre a fait de de la démolition tout sourire du mérite, de la discipline et des exigences du savoir son cheval de travail […]. Nous assistons au retour en force du pédagogisme triomphant […]. En réponse, la ministre avance un argument massue : les enfants s'ennuient au collège ».

 

 Eh bien « l'ennui » pour ces ''nouveaux républicain'', c'est que leurs mises en cause reposent sur un gigantesque contre-sens (''pédagogique'' et ''éducatif'') et une ignorance patente des fondements mêmes de la fondation de l'Ecole républicaine. Allons, soyons un peu ''sadique'', et reprenons à leur encontre le mot de Sade : « encore un effort pour être républicains ! » 

 

Claude Lelievre

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 18 mai 2015.

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