Enseignants : La crise du recrutement est toujours là 

Les derniers résultats de l'admission au capes sont publiés. Ils confirment à la fois la montée des admissions cette année, leur insuffisance dans les disciplines fondamentales et surtout l'insuffisance des candidats. Quand l'éducation nationale relève son plafond de recrutement, elle obtient des résultats mais ils restent insuffisants par rapport à ses objectifs.

 

 Avec 6 134 professeurs admis au concours du capes externe dans le public, le ministère enregistre une nette augmentation des résultats des concours du second degré. En 2014, seulement 5 177 nouveaux professeurs avaient été admis au concours ordinaire. Pourtant ces résultats sont insuffisants pour réduire la crise dans les disciplines majeures. Cette hausse cache aussi la stabilité du nombre des candidats.

 

Huit disciplines en déficit

 

En effet dans pas moins de 8 disciplines, les objectifs visés par le ministère ne sont pas atteints. C'est le cas en lettres où les résultats publiés le 6 juillet montrent la persistance de la crise du recrutement. En lettre modernes; le ministère offrait 1310 postes seulement 1113 sont pourvus. C'est plus de professeurs qu'en 2014 où seulement 886 candidats avaient été admis pour 1070 postes. Mais l'écart est toujours là avec le nombre de postes offerts. Le débat sur la réforme du collège y est peut-être pour quelque chose : le nombre de postes offerts au capes de lettres classiques a beau augmenter et passer de 200 à 230, celui des admis tombe à 89 , soit 10 de moins qu'en 2014.

 

Le déficit est aussi présents en maths (1097 admis pour 1440 postes) , en éducation musicale (132 pour 160), en allemand (264 pour 340) et en anglais (966 pour 1225). Dans ces disciplines fondamentales c'est une nouvelle année déficitaire qui s'ajoute aux précédentes.

 

Un vivier stable

 

Le ministère vante la hausse du nombre des recrutements. Il explique qu'il faut du temps après la chute du nombre de postes pour que le signal du redressement soit entendu et que celui ci s'opère. Mais ce qu'on observe c'est que le vivier de recrutement stagne. En 2015 34 072 candidats se sont inscrits au capes externe. En 2014 ils étaient 34 620. Les jurys 2015 ont semble t -il été un peu plus généreux qu'en 2014 ou les candidats meilleurs.

 

Comment le ministère accentue la crise

 

Les raisons de cette désaffection sont connues. Le niveau d'exigence s'est accru avec la masterisation alors que la rémunération réelle a baissé du fait du gel du point fonction publique. Les perspectives de carrière sont très faibles. Les conditions d'exercice se sont dégradées avec un encadrement de plus en plus pesant. Enfin, l'atmosphère générale dans le métier enseignant n'est pas bonne. La récente enquête Unsa montre un  mécontentement très majoritaire chez les enseignants. Le sentiment de ne pas être respecté sur le plan professionnel domine largement. Les enseignants eux mêmes ne recommandent pas leur profession. Un tiers d'entre eux souhaite quitter le métier.

 

Cerise sur le gâteau. Le ministère vient de lui même de supprimer la seule filière de pré recrutement qui lui permettait de pousser vers le métier enseignant des candidats qui auraient eu bien du mal à financer leur master en mettant en extinction les Emplois Avenir Professeurs. Malgré les déclarations ministérielles, cela sonne comme la reconnaissance d'un adieu aux 54 000 postes annoncés en 2012.

 

François Jarraud

 

Baromètre Unsa

Les hussards noirs n'ont plus la côte

 

 

Par fjarraud , le mardi 07 juillet 2015.

Commentaires

  • amelia2, le 04/11/2015 à 16:40
    la crise de recrutement des enseignants diminuera notamment lorsque l’on prendra en compte réellement les risques professionnels du métier : voir  » prévention des risques professionnels des enseignants  » :  http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=349
  • maria1958, le 07/07/2015 à 10:36
    Pour être exact: la création des EAP était déjà, malgré le flot de communication qui l'a accompagné, une étape dans le désengagement de l'Etat à l'égard des étudiants, qui ne fait que se confirmer aujourd'hui. 

    Le dispositif EAP a été créé en supprimant les bourses spécifiques Enseignement qui existaient jusqu'alors, et qui étaient ouvertes à 100% des étudiants (leur montant étant plus élevé pour les boursiers). 
    Au lieu d'offrir une aide financière accessible à 100% des étudiants candidats aux concours, boursiers ou non, le gouvernement a décidé de ne plus s'intéresser qu'aux boursiers sociaux, à la louche 25% des étudiants, en renvoyant à la débrouille et aux petits boulots les autres 75%. 
    Réduire des 3/4 le public-cible des aides de l'Etat, au moment où les postes mis aux concours doublaient…. cherchez l'erreur !

    EAP étant non pas une bourse sans contrepartie travail, qui facilite l'assiduité en fac, mais un contrat de travail (hyperprécaire) qui oblige à travailler aux heures d'ouverture de la fac, l'"aide" apportée aux boursiers est toute relative. En terme de réussite aux examens et au concours, être EAP s'est avéré plutôt un handicap qu'un "plus" - d'où le taux phénoménal de démissions en cours de route. 

    Pour réussir en étant EAP, il faut soit faire des semaines démentielles  (heures en établissement + préparations  + transports + horaire fac + travail perso + parfois un job complémentaire pour boucler son budget), soit avoir beaucoup de chance dans un dispositif extrêmement aléatoire (ici ou là, des EAP ont réussi à obtenir de leur employeur un temps de travail plus favorable, mais c'est une petite minorité).

    Le nombre d'EAP n'a jamais dépassé 6 114 - soit une réduction drastique par rapport au nombre de bénéficiaires des défuntes Aides (source: rapport CNOUS 2014). De 29,4 millions budgétés en 2013, l'effort de l'Etat est tombé à 24 millions en 2015,  soit -18,6% en 3 ans - avant même le décret fatal du 10 juin (sources: projets de loi de finances).

    Sur les 16 000 lauréats du CRPE 2014, 200 seulement l'ont réussi en étant EAP (source: note DEPP bilan concours), constat similaire pour les concours du secondaire.

    La réalité c'est que le gouvernement ne s'est jamais donné les moyens de la politique de recrutement qu'il affichait pourtant. Même en annonçant 54 000 créations de postes il a choisi de faire des économies sur le dos des étudiants, et des économies sur le dos des profs stagiaires (baisse du salaire de début à 1,1 SMIC, ou l'art d'être attractif !!!!).

    Les étudiants, lâchés comme des vieilles chaussettes, sont les premières victimes de cette politique minable, mais ils ne sont pas les seuls: les élèves paieront la note en se retrouvant sans prof, ou en voyant défiler des contractuels, balancés de Pôle Emploi dans les classes sans formation. 

    Obtenir ENFIN un financement EFFICACE des étudiants qui visent l'enseignement (et aussi des autres profils de candidats: diplômés chômeurs, AED, contractuels…. qui ne sont aucunement aidés actuellement), c'est une urgence absolue POUR LES ELEVES.
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