Aide personnalisée : Une "activité professionnelle empêchée" ?  

Rappelez vous , c'était "la révolution de la personnalisation". En 2008, X Darcos lançait l'aide personnalisée, un dispositif qui avait l'avantage de promettre une aide aux élèves en difficultés faite par le professeur mais en dehors du cours et de récupérer pour ce motif des emplois de Rased. Cinq ans plus tard, V Peillon mettait fin à l'expérience mais en gardait le principe   en mettant en place l'APC.Azzedine Si Moussa, dans un article publié dans un ouvrage collectif consacré à "l'action publique  en réponse à la crise de l'école", revient sur cet événement pour en monter les points faible amis aussi pour interroger des aspects positifs.

 

 De 2008 à 2013, 60 heures annuelles d'enseignement devaient être consacrées par chaque professeur des écoles à l'aide personnalisée. En même temps , la semaine de classe passait de 2è à 24 heures hebdomadaires réparties sur 4 jours. L'aide ciblait les élèves en difficulté, une formule assez large. Elle était souvent installée sur le temps du déjeuner, parfois en fin de journée dans la semaine déjà bien chargée des enfants sous forme d'une séance de 30 ou 45 minutes consacrée à une difficulté ciblée pour un groupe restreint d'élèves (maximum 8).

 

En se basant sur une enquête auprès de 200 enseignants,  Azzedine Si Moussa, professeur à l'Espe de La Réunion et membre du groupe ICARE, estime que l'aide personnalisée a été "une activité professionnelle empêchée" et en même temps une formule intéressante. Il s'en explique.

 

Que voulez vous dire par " activité professionnelle empêchée" ?

 

Une activité qui n'est pas complètement aboutie, même si l'aide personnalise se poursuit d'une certaine façon dans l'APC.  C'était une nouvelle façon de travailler pour les enseignants. Sans doute a-t-elle été insuffisamment préparée. Les enseignants ont besoin d'être aidés ou d'avoir davantage d'éléments concrets. On a un peu les mêmes questions aujourd'hui avec les maitres surnuméraires.

 

Le grand avantage que vous lui trouvez c'est d'éviter d'externaliser l'aide ?

 

Les élèves ont intérêt à être aidés par des enseignants ou leur propre enseignant, ce qui était la formule de l'aide personnalisée. Externaliser c'est prendre le risque d'une aide de moins bonne qualité. En terme de connaissance de l'élève, de compétence, rien ne vaut l'enseignant. Il y a de nombreux dispositifs de remédiation qui tournent autour de la classe. Je suis inquiet de cette tendance  à externaliser l'aide. Tout ce qui permet à l'enseignant d'être face à un petit groupe d'élèves dans le temps officiel de la classe me semble aller dans le bon sens.

 

Il faut aussi contextualiser le dispositif :on était dans des années de suppressions de poste et c'était "haro sur l'école" en permanence. Dans ce contexte, ce dispositif était positif. Le nouveau gouvernement issu de l'alternance de 2012 a poursuivi l'expérience avec l'APC.

 

Réduire le nombre d'élèves par classe ne serait pas plus efficace ?

 

L'expérience des CP à effectif réduite en 2002 ne l'a pas démontré.

 

On a l'impression que l'Ecole peine à aider les élèves en difficulté. Quel dispositif serait efficace ?

 

C'est la question de l'hétérogénéité qui pose problème aux enseignants. Il n'y a pas de solution miracle.  Il ne semble pas que le dispositif Plus de maitres que de classes produise lui aussi des effets spectaculaires. La solution pourrait aussi provenir d'un allègement des programmes.

 

Propos recueillis par François Jarraud

Valérie Becquet et Alain Vuibeau (dir), L'action publique en réponse à la crise de l'école, Artois Presse Université, 2015. ISBN 978-2-84832-220-9

 

Un rapport sur l'aide personnalisée

Le Snuipp demande la suppression de l'aide personalisée

APC : Que font les écoles ?

 

 

Par fjarraud , le mercredi 08 juillet 2015.

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