Décrochage : L'Education nationale entre injonction présidentielle et action locale 

Réunissant les correspondants académiques sur le décrochage scolaire le 23 septembre à Paris, N Vallaud-Belkacem les a invité à la fois à travailler les réformes pédagogiques et les relations avec le tissu local.  Des propos généraux, des incitations peu précises que marquent l'absence d'engagements précis du ministère. Si la lutte contre le décrochage concerne tout le monde, quelle est la part réelle de l'Education nationale ?

 

Qui pilote ?

 

Qui pilote la lute contre le décrochage ? A entendre le discours de N Vallaud-Belkacem devant les correspondants académiques sur le décrochage scolaire le 23 septembre, son ministère est en pointe. Mais là aussi le dossier a été repris par le président de la République en 2014 puis par Manuel Valls en novembre 2014. Un an après la ministre n'a donné aucune visibilité aux engagements pris si ce n'est annoncé la création d'un comité interministériel de pilotage en novembre 2015, un an après le plan gouvernemental présenté par M Valls.

 

Dans son discours la ministre a à la fois mis l'accent sur l'évolution pédagogique et les accords avec les partenaires locaux. " Nous ne vaincrons pas le décrochage sans établir des liens au plus près du terrain. Nous avons besoin de connaître le contexte dans lequel évolue un jeune qui décroche afin de repérer les reliefs et les aspérités auxquelles il pourra se raccrocher. La carte est une chose : le territoire en est une autre. C’est pourquoi cet effort se prolonge par une convention entre l’État et l’Association des Régions de France qui prévoit le cadre partenarial dans lequel vont s’inscrire des « conventions décrochage » en cours de signature dans les régions. Je ne saurais trop insister auprès de vous, chers correspondants académiques, inspecteurs pédagogiques et coordonnateurs, pour que ces conventions soient rédigées et signées avant le 1er novembre, car elles constituent une étape, une avancée décisive pour vaincre le décrochage."

 

La convention avec l'ARF

 

Signée le 29 juillet 2015, la convention passée entre l'Association des régions de FRance et le ministère de l'éducation nationale vise à renforcer les plates formes de suivi et d'appui aux décrocheurs (PSAD)  et à mieux coordonner les efforts des services de l'Etat et de la région. Dans chaque région un comité régional Crefop " est le lieu de concertation sur la définition des priorités régionales et la conduite d'une politique partenariale en matière de lutte contre le décrochage scolaire". Mais " la conduite de cette politique partenariale et collective se structure autour des plates-formes de suivi et d'appui aux décrocheurs, qui constituent l'outil de coordination de l'ensemble des acteurs locaux intervenant sur les phases de repérage, d'accompagnement et de suivi des jeunes ayant quitté le système de formation sans diplôme ni qualification".

 

Enfin c'ets la région qui est responsable de la coordination. " Ce travail en commun s'appuie sur une connaissance partagée de l'offre de solutions des différents acteurs du territoire, notamment ceux de l'éducation nationale (réseaux Foquale, dont les actions menées au titre de la Mission de lutte contre le décrochage scolaire - MLDS) et ceux de l'insertion sociale et professionnelle des jeunes (notamment les Missions locales, les dispositifs 2e chance et l'Epide)", précise la convention. Des conventions régionales types sont parues au BO du 27 aout . Ce sont elles que la ministre invite les rectorats à signer avant novembre.

 

Quels moyens pour l'Education nationale ?

 

Mais la ministre a aussi fait le lien entre décrochage et pédagogie pour porter l'effort sur la prévention du décrochage. " Si nous réduisions la prévention du décrochage scolaire à l’orientation, nous nous priverions d’un apport décisif, celui de la pédagogie", dit la ministre. Elle évoque la mission sur la prévention du décrochage pilotée par Anne Armand et Claude Bisson Vaivre. "Un vaste plan de formation des enseignants sera développé " dit la ministre. Elle évoque aussi la refonte des programmes, la généralisation de la mallette des parents, les relations avec les partenaires de l'Ecole.

 

Mais de quels moyens dispose réellement le ministère pour faire sa part dans la lutte contre le décrochage ? En novembre 2014, M Valls chiffrait le coût du décrochage à 30 milliards par an. Mais son plan envisageait de chercher son financement à travers une aide de Bruxelles de 50 millions. Le ministère a adopté un plan de retour en formation qui ouvre un droit au retour à l'école des décrocheurs âgés de moins de 25 ans. Mais il tombe au moment où les lycées sont archi pleins. Et il doit compter avec la masse du phénomène : 140 000 sorties par an du système éducatif sans diplôme professionnel ou sans bac.

 

Entre l'Elysée, Valls et l'Europe d'un coté, les actions régionales de l'autre, l'action de l'Education nationale a du mal à apparaitre. Pourtant, si les facteurs du décrochage sont multiples entre environnement familial et échec scolaire, l'institution elle même continue à fabriquer des décrocheurs en n'apportant pas de réponse adaptée aux questions d'orientation. La rentrée 2015 a encore eu son lot de collégiens sans place en lycée, de redoublants de terminale mal accueillis et de lycéens professionnels sans formation. La lutte contre le décrochage sortira -t-elle du brouillard ?

 

François Jarraud

 

Le protocole d'accord ARF Etat

Une bonne idée suffit-elle ?

TRavail lycéen  et convention en IDF

Ce que dit la recherche

 

 

Par fjarraud , le jeudi 24 septembre 2015.

Commentaires

  • maria1958, le 24/09/2015 à 09:53
    "de quels moyens dispose réellement le ministère pour faire sa part dans la lutte contre le décrochage ?"

    Eh bien, du Service Civique: une partie des 5 000 Volontaires du Service Civique recrutés cet automne par les Rectorats ou DSDEN pour intervenir dans les établissements scolaires, le sont sur la thématique "lutte contre le décrochage".
    Et encore du Service Civique: sur les centaines de Volontaires du Service Civique recrutés par des associations pour intervenir dans les établissements scolaires, une bonne partie sont censés "lutter contre le décrochage scolaire". 
    Et encore du Service Civique, quand les collectivités en recrutent pour les faire intervenir en milieu scolaire, c'est souvent au nom de la "prévention du décrochage".

    On peut discuter pour savoir quelle est l'efficacité du recours à des jeunes en volontariat pour résoudre les problèmes de décrochage - l'engagement, le dynamisme, le désir d'être utile c'est bien, mais ça ne suffit pas toujours - surtout si par ailleurs l'institution scolaire continue à fabriquer des décrocheurs, en bourrant les classes à 35 ou en laissant des élèves sans affectation par exemple.

    En revanche il y a un point qui ne fait aucun doute: un Volontaire du Service Civique travaille (entre 24 et 30h par semaine dans les écoles, collèges et lycées); il est hors Code du Travail (car il relève du Code du Service National), il n'a pas de contrat de travail, pas de salaire (mais une indemnité). 
    Et il coûte à l'organisme qui le recrute 106 € par MOIS, qu'il fasse 24h par semaine, ou 30h par semaine, ou davantage. Soit (pour 24h de travail par semaine): 1,10€ de l'heure .

    Donc les flots de com' et de bons sentiments sur la "lutte contre le décrochage" sont inversement proportionnels à l'investissement réel. Et ils masquent mal des choses assez glauques - la surexploitation des Volontaires, leur substitution à de vrais emplois, par exemple.
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