Netjournées : Des tablettes pour l'interdisciplinarité anglais- français 

Servir le roi Arthur avec une tablette et un QR Code c'est ce que proposent deux enseignantes de français et d'anglais du collège préfigurateur Saint Exupéry de Mulhouse. Présenté lors des Netjournées organisées par Itop et l'académie de Strasbourg, le projet renouvèle le parcours littéraire médiéval qui est au programme de la classe de cinquième.

 

Dans la classe, les élèves sont absorbés par leurs tablettes, les tables sont disposées en îlots, le travail peut se faire en groupe et les interactions entre élèves sont les bienvenues. Lara Meisel, professeure d'anglais, passe et repasse parmi les groupes, sans donner les réponses. Elle est très claire là-dessus : les élèves scannent un code d’accès aux activités mais c’est véritablement à eux de chercher les réponses et les informations. Les élèves avouent prendre du plaisir tout en apprenant. En effet, à l’occasion de la semaine expérimentale du collège (un dispositif testé depuis plusieurs années par les équipes pédagogiques pour travailler la différenciation à grande échelle sur toutes les classes d’un même niveau), les classes habituelles de cinquième ont été recomposées en petits groupes de niveaux, d’apprentissage ou de remédiations. Le projet sur le roi Arthur est mené sur les quatre après-midis de la semaine, et l’utilisation des tablettes numériques en classe commence à être correctement rodée.

 

Le couple QR Code - tablette

 

Les élèves ne savaient pas tous ce qu’étaient des QR Codes en arrivant en classe, au début de la semaine, même si bien sûr, ils en avaient déjà vus, ils ne se sont pas posés plus de questions que cela. Lors de la mise en place de ce projet, une première séance a été nécessaire pour réaliser quelques activités sur le thème choisi et se mettre d’accord sur les notions et les concepts utilisés. Puis, des fiches consignes sont données à chaque élève, avec des QR Codes intégrés. Le fait de flasher ce code avec la tablette, geste que les cinquièmes du collège adorent exécuter, permet d’accéder à différentes activités en anglais et/ou en français pour travailler sur la légende du roi Arthur, comparer les données historiques avec celles de la légende, découvrir la vie sous le roi Arthur, apprendre à connaître sa famille, les personnages qui l’entourent ou ses fameux chevaliers de la Table Ronde. Toutes les consignes orales supplémentaires sont évidemment données en anglais.

 

De manière ensuite très libre, les élèves notent sur leur fiche de parcours les idées qui les intéressent et qu’ils récupèrent à travers les différentes activités réalisées (certaines imposées, d’autres au choix) : quizz interactifs, lecture sur la vie du roi Arthur, activités à partir d’applications comme Learning Apps ou Quizlet, etc. Le but est de préparer un « story-board » de type diaporama à présenter, en rédigeant une à deux diapositives par jour, en utilisant une autre application, Keynote.

 

Sur chaque diapo, les élèves sont invités à insérer un document, une image, un texte mais surtout à rédiger une phrase en anglais et une phrase en français. Tous les jours, une partie de la séance est consacrée à la réalisation de cette diapositive et à la rédaction du petit texte.

 

Une modification des pratiques de classe

 

Ce que note Lara, qui trouve que l’utilisation des tablettes numériques en classe est extrêmement positive et bénéfique pour les élèves, c’est un changement fondamental de la façon de faire classe : « la tablette, c’est surtout un outil pour que l’enseignant se mette plus de coté », explique-t-elle. « Pour moi, il est important de ne plus être devant, au tableau, dans un rapport frontal aux élèves. Cela permet notamment de diminuer les conflits. La disposition des tables est donc importante, l’enseignant est plus à côté des élèves. S’il y a un élève réfractaire à la classe, l’image de l’enseignant trop frontal, c’est l’ennemi et on a du mal à changer la donne en cours d’année. Les tablettes apaisent. De plus les élèves peuvent aussi nous montrer et nous apprendre des choses qu’on ne connaît pas sur les tablettes. Les élèves se sont emparés de l’outil pour apprendre : avec une tablette, ça ne sert à rien de faire des choses trop scolaires ; si c’est pour faire cela, mieux vaut rester avec le cahier et le crayon : la tablette permet d’aborder d’autres dimensions. »

 

Plus d'interactions entre élèves

 

En ce qui concerne la différenciation et les effets sur les élèves, elle ajoute : «  je connaissais la notion de différenciation, mais en proposant plusieurs activités, on peut trouver une approche pour aider chaque élève à son niveau. Je l’avais déjà avec la disposition des tables. Ainsi  les élèves peuvent apprendre à plusieurs. Cela peut paraître paradoxal mais les tablettes permettent également les échanges entre pairs : on pourrait croire que chacun reste derrière sa tablette or je peux observer beaucoup d’interactions entre les élèves. Cela leur donne de la confiance. Les élèves peuvent tous participer : par exemple, certains élèves ont fait quatre parcours, d’autres que deux  mais chacun a appris des choses. A un moment donné, il faut aussi évaluer : ils ont moins peur car ils ont travaillé tout au long des séances. Utiliser en cours les tablettes demande beaucoup de travail : il y a beaucoup de ressources en ligne, c’est une masse à trier, des informations, des applications à sélectionner, et parfois il faut soi-même créer des ressources. Ca prend du temps mais j’adore chercher à préparer plein de choses différentes pour mes élèves. C’est aussi une façon de leur donner des réflexes ou  de connaitre des logiciels qu’ils ne connaissent pas forcément. »

 

Et comme Lara est la référente  numérique pour les usages pédagogiques, c’est encore elle qui est sollicitée par les collègues du collège, lorsqu’ils sont en panne d’idées ou de mises en pratiques des tablettes en classe : « concrètement, je dois aider les professeurs à trouver les outils pour se servir d’Internet, des tablettes dans les cours. S’ils ont une idée de projet, par exemple pour enregistrer la voix des élèves, on cherche ensemble une appli qui pouvait convenir, on a trouvé plusieurs applications. Malgré de la bonne volonté, ce n’est pas forcément évident d’utiliser les tablettes pendant les cours et surtout de les utiliser de façon à ce que ça ait un sens, qu’on ne les utilise pas juste pou les utiliser ! »

 

Les tablettes comme vecteur de la lutte contre les inégalités

 

Les élèves sont unanimes : c’est plutôt « cool » d’utiliser les tablettes en classe. C’est ludique et motivant. A tel point qu’ils n’ont plus peur de la faute : lorsque les réponses sont inexactes, il reste toujours une possibilité de se corriger.  Kadiza, volubile, n’hésite pas à faire part de son expérience : « en fait on travaille sur la légende du roi Arthur. On répond à des questions : qui est le roi arthur ? Qui est son entourage ? Qu’est-ce qu’il a fait quand il régnait ? On ne sait pas s’il a existé, on n’a pas vraiment de preuves. Nous allons sur Scanbot, nous flashons un QR code distribué par la prof et ça nous amène à des activités. On doit répondre à des questions. Si on fait faux, ce n’est pas grave. A côté du code, sur la feuille, on doit écrire ce qu’on a compris en faisant l’exercice (vocabulaire, histoire). On va sur Keynote c’est une application pour faire des story-boards, on doit créer une diapo à la fois en français et en anglais. On doit se poser une question : par exemple qui est le roi Arthur ? Cela devient le titre de la diapo. On réalise une à deux diapos par jour. A la fin, on présentera notre travail à toute la classe. »

 

Gentiana est du même avis :  « ça me plaît de travailler avec les tablettes car ça change de l’écrit. Ca me permet de progresser en anglais. On a aussi appris des mots en anglais sur l’histoire d’Arthur, par exemple « knight » (chevalier). C’est un mot qu’on n’utilise pas souvent en anglais ».

 

D’un point de vue de la lutte contre les inégalités, les tablettes sont formidables estime l’enseignante : « on connaît la problématique des devoirs et des leçons à la maison. Avec Quizlet par exemple,  ce n’est pas grave si personne ne peut les aider à la maison car ils  peuvent travailler à l’oral complètement seuls ; cette application permet en effet d’entendre la bonne prononciation et de la répéter en étant corrigé directement en ligne. Les devoirs ont même plus d’intérêt comme cela, c’est comme si c’était un jeu. Et ils n’ont besoin de personnes d’autre pour les faire, à la maison, où ce n’est pas forcément évident à la maison avec les frères et les sœurs qui font du bruit à côté, les parents qui ne peuvent pas aider, encore moins en anglais,… Je leur fais également utiliser l’application Pages pour revoir le vocabulaire, fabriquer des phrases,… »

 

Au final, et même si l’utilisation des tablettes en classe au collège Saint-Exupéry reste récente (environ deux mois, vacances de février comprises), il apparaît déjà un bilan très positif de leur impact à la fois sur la posture de l’enseignant qui les met en œuvre au sein de son cours et qui intègre cette donnée dès la préparation des séances et sur l’implication, la motivation, l’investissement et les progrès effectifs des élèves, qui s’ils ne sont pas encore quantifiables en termes de statistiques, sont clairement palpables dans les classes observées.

 

Alexandra Mazzilli

 

Netjournées : notre dossier

Les Netjournées

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 24 mars 2016.

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