A quoi tiennent les résultats scolaires des enfants d'immigrés ? 

Quels éléments expliquent la réussite ou les difficulté scolaires des enfants d'immigrés ? A caractéristiques familiales et sociales égales, l'origine et le passé migratoire pèsent-ils sur la réussite scolaire ? Ces questions sont abordées dans une étude de Jean-Paul Caille, Ariane Cosquéric, Emilie Miranda et Louise Viard Guillot, publiée par l'Insee. Si la recherche montre bien des différences selon l'origine géographique des familles, elle conclue surtout que les mêmes critères pèsent sur le devenir scolaire des enfants, qu'ils soient immigrés ou non. Tous pareils...

 

3 900 enfants d'immigrés suivis tout au long du collège

 

Comment peut-on enquêter sur l'origine ethnique des élèves ? L'étude de JP Caille s'appuie sur le panel de collégiens de la Depp (direction des études du ministère de l'Education nationale) qui suit près de 35 000 jeunes entrés en sixième en 2007, dont 3 900 enfants d'immigrés regroupés en 10 origines : l'Algérie (600 élèves), le Maroc (700), la Tunisie (200), le Portugal (300), la Turquie (360), l'Afrique subsaharienne (800), l'Amérique du Sud et les Caraïbes (200), l'Asie du sud -est (200), l'Asie hoirs sud est (200) et l'Europe hors Portugal (300).

 

Pour chaque enfant on a des informations sur la CSP (métier de la personne de référence), les diplômes des parents, le nombre de livres et la langue parlée à la maison.  On connait aussi la structure de la famille : nombre d'enfants, famille monoparentale ou pas. Autant de facteurs qu'on peut relier aux résultats aux tests d'entrée en 6ème et au brevet ou au parcours scolaire de l'enfant : redoublement ou pas.  

 

On sait, grâce à Pisa, que la réussite scolaire des enfants d'immigrés varie beaucoup d'un pays à l'autre. Dans certains pays , les enfants d'immigrés réussissent mieux que les natifs. Dans d'autres, il y a peu d'écart entre les uns et les autres. C'est le cas , par exemple, aux Etats-Unis, ou au Royaume-Uni ou en Nouvelle Zelande.  

 

La France championne des inégalités en fonction de l'origine

 

Mais ce n'est pas vrai en France. Selon Pisa 2012, l'écart entre immigré de 1ère génération et autochtone est particulièrement fort en France : près de 100 points en lecture, soit près de deux années d'étude. La France est dans les pays aux plus basses performances, la moyenne de l'OCDE se situant à environ 50 points. Autre caractéristique : l'écart entre immigré de 2de génération et autochtone est lui aussi important, comme si le stigmate collait littéralement à la peau. Pire encore, en France cet écart de niveau a augmenté depuis 2003. Là la France se retrouve en bas du classement PISA avec la Belgique, la Finlande et le Mexique. La France est le pays qui échoue particulièrement à faire réussir les jeunes issus de l'immigration.

 

L'étude de JP Caille est donc particulièrement bienvenue pour observer en finesse quelles caractéristiques peuvent expliquer l'écart de réussite et particulièrement l'écart de réussite entre les origines.

 

L'importance du facteur culturel

 

Evidemment, l'étude fait le lien entre la réussite scolaire et l'origine sociale. Et ce lien se renforce tout au long du collège. "À l’entrée en sixième, seuls les enfants d’inactifs se distinguent nettement par un plus fort taux de redoublement (avec 14 points d’écart net). Quatre ans plus tard, pour l’accès en seconde générale et technologique sans redoublement, l’avantage d’être enfant de cadre plutôt que d’inactif s’accroît fortement : l’écart net passe de 14 à 26 points. En revanche, l’avantage des enfants d’ouvriers et d’employés par rapport aux enfants d’inactifs tend à s’atténuer", notent les auteurs. Evidemment la composition sociale varie selon l'origine géographique des parents.

 

Selon cette étude, la réussite des enfants d'immigrés dépend aussi fortement du capital culturel de leur famille. "À autres caractéristiques comparables, la probabilité d’atteindre la sixième sans redoublement est d’autant plus forte que l’enfant vit dans une famille où il y a beaucoup de livres et où la mère est bachelière ou diplômée de l’enseignement supérieur. Dans les deux cas, plus de 20 points6 séparent, toutes choses égales par ailleurs, les taux d’accès en sixième sans redoublement des élèves situés dans les positions les plus favorables de ceux des enfants qui vivent dans les ménages les plus démunis en ressources culturelles", note l'étude.  Ces écarts sont installés avant le collège et les années collège les voient se réduire.

 

La réussite dépend aussi  de la nature de la famille. Les enfants vivant dans une famille monoparentale réussissent moins bien. Le nombre de frères et soeurs joue aussi : quand on en a 7 on a nettement moins de chances d'arriver en seconde à l'heure.

 

Quelle différence selon l'origine géographique des parents ?

 

Mais ce que révèle aussi l'enquête c'est l'écart selon l'origine des enfants. Cet écart peut atteindre 17 points pour l'entrée en 6ème sans redoublement et 25 points pour l'accès au lycée sans redoublement. Mais sur ce point la situation est simple : "Les écarts de réussite selon l’origine migratoire résultent en grande partie de la meilleure réussite des enfants d’immigrés d’Asie du Sud-Est. Leur probabilité d’atteindre le lycée sans avoir redoublé au collège surclasse de 13 points celle des autres enfants d’immigrés les plus performants", note l'étude. Et c'est encore pire en maths ! 

 

Comment expliquer cette réussite des enfants originaires d'Asie du sud est ? Plusieurs explications sont avancées : la croyance dans l'école des parents, ou dans le gout de l'effort. Ou encore la position sociale des parents dans leur pays d'origine.

 

Points communs et différences

 

Avec cette remarque, l'étude met en valeur des points communs plus que des différences entre les élèves. D'autant que le collège a un effet d'atténuation des écarts en français et en maths, montre l'étude. Surtout, au final, les enfants d'immigrés sont soumis aux même critères que les autochtones. Pour les élèves de parents nés en France aussi, le critère de réussite scolaire est avant tout culturel. C'est d'abord le diplôme de la mère et le nombre de livres à la maison qui commande la réussite aux premiers apprentissages scolaires. Le niveau culturel des parents est déterminant . Et c'est vrai pour tous les enfants quelque soit leur origine.

 

Mais, si tous les enfants sont les mêmes, cela ne devrait pas faire oublier au système éducatif français que d'autres écoles réussissent à gommer l'écart entre natifs et immigrés. PIsa 2012 nous a donné des pistes d'explication...

 

François Jarraud

 

L'étude

Immigration : Ce que l'école française a raté

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 24 novembre 2016.

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