Le testament politique de N. Vallaud Belkacem  

" Je souhaite livrer quelques réflexions issues de mon expérience qui n’ont pas d’autre ambition que de servir, dans un état d’esprit républicain, ce que je crois être l’intérêt général dans le cadre d’une alternance démocratique qui doit marquer des changements, mais aussi une certaine forme de continuité dans les politiques publiques". Dans un long texte destiné à son successeur, et sans doute aussi au grand public, l'ancienne ministre de l'éducation nationale dresse en 10 points ce que pourrait être cette continuité. Quitte à lister des points de désaccord avec E Macron.

 

Inventaire, consensus ou divergences ?

 

" Parce que la réforme du système éducatif ne produit ses effets qu’à l’échelle d’une génération d’élèves, nous devons dégager ce qui peut constituer la base d’une continuité républicaine dans les politiques publiques qui sont conduites", déclare la ministre. "Nous l’avons fait pour la réforme du lycée, nous l’avons garanti en matière de lutte contre le décrochage", poursuit-elle. Deux points de continuité avec l'ère Sarkozy qui ne font pas loi car la refondation s'est bien présentée comme une rupture. Aussi ce "memorandum pour l'école de demain" apparait aussi comme un inventaire (flatteur) avant héritage pour l'action entreprise depuis 2012.

 

Le premier point fait plutôt consensus avec le programme d'E Macron. La ministre recommande de donner un droit à la formation aux enseignants, ce que le nouveau président s'est engagé à faire. Elle recommande d'augmenter la prime versée aux enseignants en éducation prioritaire (Rep+), ce qu'il a déjà annoncé.

 

Mais c'est pour mieux marquer ses divergences dans les 9 points suivants.

 

Maintenir les maitres surnuméraires

 

D'abord sur la politique à mener au primaire en éducation prioritaire. E Macron a promis de  ramener le nombre d'élèves à 12 par classe en CP et CE1 de l'éducation prioritaire en deux ans notamment en utilisant les postes des maitres surnuméraires. " J’ai la conviction qu’il faudra poursuivre le développement du dispositif Plus de maîtres que de classes au cycle 2 et l’élargir au cycle 3", affirme N Vallaud Belkacem. "Alors que sa mise en oeuvre fait l’objet d’un consensus large dans la communauté éducative, en favorisant l’autonomie et l’accompagnement personnalisé des élèves qui en ont le plus besoin, toute remise en cause précipitée serait un grave recul".

 

Contre la sélection dans le supérieur

 

Second point évident de désaccord la sélection à l'entrée en université. " Plutôt que d’imposer une sélection à l’entrée des études, nous devons multiplier les parcours de réussite. C’est l’intérêt du pays car l’orientation imposée a les mêmes conséquences que l’orientation par défaut : la démotivation qui conduit bien souvent à l’échec", dit la ministre. E Macron a prévu de donner le droit aux universités de fixer des critères d'entrée, autrement dit de sélectionner leurs étudiants. C'est probablement le point le plus délicat pour le futur ministre.

 

Mixité sociale et réforme du lycée

 

Sur les autres points l'opposition est moins frontale.  N Vallaud Belkacem défend l'idée d'une gouvernance plus horizontale des établissements. " La réflexion sur ce que doit être l’autonomie des établissements se poursuivra, mais il ne faudra pas omettre l’enjeu d’une gouvernance plus horizontale, qui fasse davantage confiance à ses professionnels, qui leur laisse prendre plus d’initiatives", dit-elle. Ce dossier n'a en rien bougé durant le quinquennat. Mais la ministre sait que la gouvernance est un problème majeur du système éducatif.

 

L'ancienne ministre plaide aussi pour une réforme du lycée, polyvalent c'est à dire regroupant les différentes voies de formation, et numérique, avec une part des cours à distance. Le quinquennat n'a pas fait de réforme du lycée. Et E Macron n'en annonce pas non plus si ce n'est d'augmenter l'autonomie et de revenir sur l'accompagnement personnalisé. La ministre confirme son intention de réforme les lycées d'éducation prioritaire et rappelle qu'elle leur consacre 450 postes à la rentrée 2017.

 

La ministre rappelle aussi sa politique de mixité sociale au collège. " À ce jour, 47 départements sont engagés au sein de 82 territoires pilotes qui concernent 249 collèges. En dépit de tous les scepticismes, la dynamique est réelle et les réussites incontestables sur le terrain. Toutefois, il faudra maintenir l’impulsion nationale et l’implication au plus haut niveau du ministère pour la prolonger". Le programme d'E Macron s'intéresse peu à cette question.

 

N Vallaud Belkacem évoque encore l'ouverture de l'école aux parents et aux collectivités locales. Elle rappelle sa politique pour faciliter l'orientation des enfants des familles populaires par exemple avec le droit d'accès dans les filières sélectives pour un contingent de 10% de meilleurs bacheliers dans les lycées. Elle évoque aussi la lutte contre le décrochage. Ou encore les bourses étudiantes : 550 millions d'euros supplémentaires sur le quinquennat.

 

Une prise de position accentuée

 

Dans un entretien accordé aux Echos, N Vallaud Belkacem marque clairement ses différences. Elle souhaite "qu’on ne recrée pas des collèges à deux vitesses ou des parcours à deux vitesses au sein des collèges », alors que la nouveau président veut donner aux collèges la possibilité d'user autrement du volume horaire des EPI et de l'AP, par exemple pour rétablir des bilangues.

 

Elle prend clairement position contre la réduction des  effectifs en CP CE1 des Rep et Rep+. Un groupe de douze "réduit les interactions entre élèves et ne crée pas l’émulation nécessaire pour tirer la classe vers le haut", dit-elle. Elle préfère le maintien des maitres surnuméraires. Leur suppression serait "une erreur... Ce serait désolant de le détricoter."

 

Déjà en campagne

 

Elle « alerte » aussi sur la politique d’allocation sociale des moyens, une initiative qui flèche près de 1300 créations de postes vers les académies socialement défavorisées, "redoutant qu’elle  ne soit détricotée dans l’indifférence générale". Une politique dont l'efficacité laisse pourtant à désirer comme le Café pédagogique l'a établi.

 

" Je ne veux pas être d’office dans le dénigrement des propositions qui sont faites. J’apporterai mon appui aux choses qui vont dans le bon sens, tout en menant les combats nécessaires", dit N Vallaud Belkacem. Un mois avant les législatives et 4 jours seulement après la victoire d'E Macron, N Vallaud Belkacem est bien en campagne.

 

François Jarraud

 

Le memorandum

Dans Les Echos

Sur l'allocation des moyens

Le testament pédagogique de N Vallaud Belkacem

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 12 mai 2017.

Commentaires

  • Guillaume35, le 13/05/2017 à 14:42

    Sur la sélection à l'université, il faut arrêter l’hypocrisie (le décret sur le tirage au sort est à ce sujet symptomatique) : la sélection se fera nécessairement durant le cursus universitaire. C'est une réalité. La question est de savoir quand ? Si on attend l'année de licence 3 ou l'entrée en master pour sélectionner alors on donne de faux espoirs et des illusions à beaucoup d'étudiants qui se retrouvent sur le carreau après trois années d'étude. Il faut mesurer combien cette hypocrisie génère des frustrations. C'est dommage d'avoir une posture idéologique sur ce sujet. Ne vaut-il mieux pas sélectionner (par le mérite) dès l'entrée à l'université pour aider des étudiants à tout de suite bien se (ré)orienter ? Regardons l'exemple des écoles d'infirmiers en France qui proposent une sélection dès le début et cela fonctionne très bien.  Une fois sélectionnées, ces personnes peuvent se donner à fond dans l'apprentissage de leur métier. Enfin, la sélection à l’université ne doit pas empêcher pas les passerelles entre filières. 


    Sur l'école du socle, là aussi NVB fait preuve d’excès d'égalitarisme. Bien sûr qu'il faut assurer un socle solide de connaissances et de compétences(français, mathématiques, sciences, histoire, géographie, enseignement moral et civique, anglais, numérique) mais il faut aussi veiller à respecter les intelligences multiples. Pourquoi la réforme du collège impose une 2e LVE àtous les élèves en 5e, 4e, 3e ? Au nom de l'égalité, c'est absurde ! Au contraire, le collège devrait pouvoir proposer la découverte d'options (en 6e par exemple) puis donner le choix aux élèves de certains enseignements optionnels. C'est ce qui se fait en Finlande, où progressivement le nombre d'heures d'enseignement optionnels augmente au fur et à mesure de la scolarité. Quand on parle d'enseignements optionnels, on doit pouvoir répondre aux différentes intelligences : manuelles (mécanique, technologie, cuisine, ), intellectuelles (langues vivantes ou langues anciennes), artistiques (musique, arts visuels, théâtre), sportives,numériques. Cela donnerait plus de motivation aux élèves car leurs talents seraient reconnus. Il faut changer le regard sur les intelligences manuelles et leur donner une vraie place au collège. Cela changerait profondément le regard sur les filières professionnelles choisies souvent négativement, faute de résultats scolaires. 
    Les EPI au collège ne sont qu'une autre manière de travailler les matières intellectuelles mais ne sont pas des enseignements optionnels qui répondent aux vrais besoins des élèves. 

  • Viviane Micaud, le 12/05/2017 à 14:31
    Je suis d'accord avec elle sur deux points.
    - Le premier est qu'il n'est pas utile de descendre à moins de 20 élèves par classe. Et, il est plus utile d'avoir plus de maîtres que de classe, de manière que l'un.e deux travaille avec les enfants ayant des difficultés particulières. 
    - Le deuxième est que les comparaisons internationales sont formelles. La forme la plus efficace est une école inclusive du socle jusqu'à 15 ans, puis une diversité de parcours en fonction des envies et des acquis. Une école inclusive veut dire de faire progresser chaque élève dans des classes hétérogènes, et qui donne les bases comprendre la société des adultes et faire le premier choix d'orientation. Ce serait dommage de revenir en arrière sur la réforme du collège à cause de revendications corporatistes. Je regrette que l'on n'a pas assez pris en compte les besoins des bons élèves et la nécessité de s'adresser à eux aussi.
    - Pour le lycée, les propositions restent dans le flou. Il s'agit d'un sujet complexe car  aujourd'hui, il y a trois niveaux de capacité de rédaction (bac pro, bac techno, bac général) et trois niveaux de maths (L, ES, S). Comme, c'est ce qui est discriminants par la suite. Les concepts fondamentaux d'une matière peuvent s'apprendre rapidement s'il y a motivation. Et, les contenus non-appris peuvent se rattraper par une volonté de travail.  Aujourd'hui, il y a encore un déni de cette analyse qui est structurante pour trouver une solution.
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