Jean-Paul Delahaye : Pourquoi il ne faut pas changer les rythmes scolaires 

Faut-il à nouveau changer les rythmes scolaires ? Jean-Michel Blanquer s'apprête à autoriser de nouvelles "expérimentations" qui reviendraient à la semaine de 4 jours. Ancien directeur de l'enseignement scolaire et conseiller de Vincent Peillon, Jean-Paul Delahaye a participé avant et après la nomination de V Peillon comme ministre , à l'élaboration et la mise en place du décret sur les rythmes scolaires. Dans une audition au Sénat en janvier 2017, il explique pourquoi le décret a été pris et pourquoi il faut le garder. Le Café pédagogique s'est procuré le texte de cette intervention. Le voici.

 

"La fatigue des enfants est un vrai sujet.. Il faut du temps, de la bonne volonté et surtout du bon sens pour que les rythmes de l’école et ceux de la famille s’articulent. Car, pourquoi, alors que tous les enfants du monde ont 5 matinées de classe, pourquoi faudrait-il que seuls les enfants français soient fatigués ?" Le 18 janvier 2017, Jean-Paul Delahaye revient devant le Sénat sur la mise en place du décret Peillon qui a fait passer l'école primaire française de 4 jours à 4 jours et demi.

 

Adultes vs enfants

 

Il raconte dans le détail comment X Darcos a fait passer l'école à 4 jours et comment l'idée d'un nouvel aménagement des rythmes est né d'un rapport de l'Académie de médecine à l'accord de l'AFVE. " De 2010 à 2012, on entend un chœur unanime de spécialistes fustiger la semaine de 4 jours et on voit pleurer à chaudes larmes de belles âmes sur le triste sort fait aux enfants de ce pays", dit-il. "Mais on retrouve la même unanimité ou presque pour surtout ne rien changer parce que cette semaine de 4 jours arrangeaient finalement tous les adultes. Un bel exemple d’hypocrisie collective.

 

Une hypocrisie qu'il lit aussi dans l'accueil fat au décret Peillon. " Le 8 janvier 2013, le CSE a rejeté par 23 voix (Fsu, Fo, CGT, Sud, Snalc et parents de la Peep) contre 5 le projet de décret présenté par le ministère. On compte 30 abstentions et 14 refus de vote. Trois ans seulement après l’appel de Bobigny qu’ils ont pourtant massivement voté, aucun syndicat enseignant ou fédération de parents d’élèves n’a approuvé le texte. Seuls la Ligue de l'enseignement, l'ADF, l'AMF et de la JPA, c'est à dire les collectivités locales et les mouvements complémentaires de l'Ecole ont voté favorablement. Le décret Darcos qui supprimait une matinée de classe avait été beaucoup mieux reçu !"

 

Un bilan positif

 

Mais le bilan de la mise en place des nouveaux rythmes est pour lui positif. " L’OCDE, qui avait souligné le nombre exceptionnellement faible de jours de classe en France a salué la réforme comme allant  dans le bon sens. Eric Charbonnier expert à l’OCDE en charge des questions éducatives souligne dans le journal Le Monde du 24 novembre 2016 que, si l’écart avec nos voisins s’est réduit avec le passage de la semaine de 4 jours à 4,5 jours, il n’en reste pas moins que « la France, avec ses semaines de 4,5 jours – contre 5 jours dans la plupart des pays – est toujours le pays qui a le plus petit nombre de jours d’école…", dit-il. " Le rapport de l’inspection générale de l’éducation nationale de juin 2015 écrit que « le retour à cinq matinées de classes ne fait plus vraiment débat,…Tout d’abord, si les effets de la réforme sur les résultats des élèves sont encore impossibles à établir, la cinquième matinée est appréciée pour les possibilités qu’elle offre sur le plan pédagogique".

 

Quant à la fatigue des enfants, on sait ce qu'il en est...

 

François Jarraud

 

Lire le document de JP Delahaye

 

 

Par fjarraud , le mardi 30 mai 2017.

Commentaires

  • profdu12, le 14/06/2017 à 21:59
    La question qui me semble essentielle : combien de temps les enfants passent-ils à l'école dans les autres pays, par jour, par semaine ?
    Dans mon école, un enfant peut rester 49 h par semaine : garderie, école, cantine, garderie, école, garderie/devoirs/activité ; 11 h par jour, 5 h le mercredi.
    Est-il sain qu'un enfant puisse passer autant de temps en collectivité, dans le bruit, les règles et les contraintes constantes ? Quel adulte supporterait cela sans "craquer" à moment donné ?
    Pourquoi le gouvernement et les collectivités locales ne réagissent-ils pas face à cet abus ?
    Le travail des parents et la consommation à travers le tourisme (merci les vacances), c'est bien la seule chose qui compte dans ce pays. Et là, tous les gouvernements s'entendent pour ça...
    Les rythmes de l'enfant et la réussite, quelle hypocrisie !
  • Jean Maurice, le 30/05/2017 à 21:47
    Encore un qui peine à réfléchir et qui confond rythme et horaire. On se fiche bien du nombre de jours ou de matinées qui sont effectuées, ce qui compte c'est ce qu'on y fait, avec quelle vitesse, difficulté, densité, etc.
    On peut très bien planifier des journées de huit heures  et  y travailler sur un rythme de sénateur... sans s'épuiser.
    Est-il plus dur de courir 20km doucement ou 10 km vite? J'attends votre réponse.
    Cinq matinées ou plutôt cinq jours courts ne gênent pas les enseignants ou les adultes du moment
    qu'on peut récupérer entre chaque journée de travail pour garder une efficacité constante. Le mercredi servait à récupérer et à se relancer autant physiquement que pédagogiquement y compris dans une semaine à 4 j 1/2 avec le SAMEDI. Semaine seulement combattue par la bourgeoisie en manque de WE prolongés. Les nouveaux pseudo-rythmes ont rogné cette pause nécessaire dans un planning hebdomadaire chargé sans pour autant diminuer vraiment la charge des autres jours fussent-ils raccourcis (enfin raccourcis dans les rêves de ceux qui parlent de l'école sans jamais y aller!).
    Changer les rythmes, cela implique également d'adapter les programmes en conséquence. L'Allemagne
    propose une répartition de la scolarité différente pour des savoirs visés identiques. C'est un peu
    comme si au lieu de refuser le redoublement, on le rendait obligatoire!!! Histoire que chacun prenne son rythme.
    Modifier la journée de l'élève c'est aussi penser à construire autour de lui un cadre stable et une programmation coordonnée ce qui ne sera jamais le cas tant qu'on fait cohabiter des structures (EN et périscolaire) qui n'ont rien en commun, mais alors rien du tout, malgré les soi-disant organisations collaboratives qui les rapprochent... seulement pour faire des réunions. Il y en a qui n'ont toujours pas compris pourquoi on a donné un statut particulier aux enseignants.




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