Sylvain Scholastique : L'écoute et la cohésion avec le gamelan en salle de musique 

Comment travailler la cohésion de groupe et l’écoute mutuelle en éducation musicale ? Au collège Jacques Prévert de Châteauneuf-sur-Sarthe (49), un instrument original a pris place dans la salle de musique. Le gamelan est un imposant instrument-orchestre ici prêté par l'ambassade indonésienne depuis 3 ans. Le collège est même le seul en Europe à en posséder un. Ce projet singulier est porté par Sylvain Scholastique, enseignant d’éducation musicale qui a vu dans le gamelan un moyen de faire découvrir des éléments de culture et de musique indonésienne à ses élèves.

 

Vous développez dans votre collège un projet en lien avec la musique indonésienne, et avez réussi à installer un gamelan à l’intérieur du collège. Comment ce projet a t-il démarré ?

 

Tout a débuté en mars 2008, quand j’ai assisté à un stage de gamelan javanais proposé par la Cité de la musique à Paris. Cette séance a été un véritable déclencheur, me faisant entrevoir la grande utilité musicale et pédagogique que pourrait représenter la présence d'un gamelan au sein d'un collège.

 

Quelques années plus tard et avec l’aide de plusieurs intermédiaires, j’ai sollicité l’ambassade d’Indonésie à Paris pour obtenir le prêt d’un gamelan. Ils ont été séduits par notre projet original, et nous ont fait confiance en répondant positivement à notre demande.

 

Mon principal et moi-même sommes alors allés chercher le gamelan à Paris pour l'installer au collège. Trois ans après ce gamelan est toujours présent dans nos locaux, accompagné depuis le 3 octobre dernier d'un autre gamelan flambant neuf offert par le gouvernement indonésien !

 

Quelles sont les particularités musicales du gamelan et quels intérêts cela présente-t-il pour un travail avec des collégiens ?

 

Le gamelan est un instrument d'une extrême richesse musicale. C’est un instrument-orchestre qui se joue à une quinzaine de musiciens. En exploitant l'instrument à son maximum, nous pouvons travailler à un peu plus de 25 musiciens, ce qui correspond à l’effectif des classes en collège. Nous avions déjà l'habitude de travailler sur les musiques collectives en classe de musique, notamment autour des percussions africaines et brésiliennes (batucada).

 

Le gamelan présente l'avantage de pouvoir aborder le travail mélodique de façon très accessible, ainsi que les notions musicales d'échelle et de gamme. Pas besoin de connaissances en solfège pour élaborer des morceaux parfois très complexes rythmiquement et mélodiquement. En effet, les notes sont notées à l'aide de chiffres (1-2-3-5-6-7), les mélodies et les rythmiques sont simples.

 

Au-delà de l'aspect musical, quels sont les éléments intéressants pour un travail avec des collégiens ?

 

La pratique du gamelan permet de travailler l'écoute et la cohésion entre élèves. En effet, cet instrument a l'avantage de pouvoir différencier les instruments et les rôles de chacun. Nous pouvons donc travailler des polyrythmies (superposition de différents rythmes) où chaque élève peut avoir une responsabilité musicale au sein de son pupitre (groupe jouant d'un même d'instrument) et au sein du groupe complet.

 

Au-delà de l’instrument, le gamelan permet d’aborder l'étude du chant, de la danse, du conte, du théâtre de marionnettes et d'ombres. Les chants collectifs indonésiens sont totalement réalisables en classes complètes et viennent renforcer le travail sur l'écoute et la coordination.

 

La gamelan est aussi un bon moyen pour travailler en interdisciplinarité. En cours de français est abordée l'écriture de contes, inspirés des grandes épopées hindouistes. Ces grands poèmes épiques initiatiques, qui sont l'équivalent de L'Iliade et l'Odyssée grecs, sont des sources d'inspiration pour nos élèves qui en extraient de nouvelles histoires souvent transposées à notre époque, dans leur quotidien. En cours d'arts plastiques, les élèves réalisent les personnages et décors en s'inspirant des marionnettes du wayang kulit, le théâtre d'ombres javanais, marionnettes qu'ils apprennent à manipuler. Un écran de théâtre d'ombres a d'ailleurs été réalisé en 2014. Depuis, cet écran est modifié, agrandi et amélioré tous les ans par les élèves et leur professeur.

 

Quels effets avez-vous pu observer chez vos élèves suite à ce projet ? Quels sont les retours des élèves ?

 

Beaucoup de signes positifs nous apparaissent depuis la mise en place de ces actions autour de la culture indonésienne. La pédagogie de projet nous permet de raccrocher certains élèves pour lesquels le cadre scolaire est un peu trop étroit. Avec les réalisations artistiques concrètes que nous leur proposons, certains d'entre eux trouvent plus d'intérêt à fréquenter des cours auxquels ils prêtaient jusqu'alors peu d'attention. Ils se rendent compte qu'en faisant des choses ils peuvent en apprendre d’autres.

 

Le décloisonnement entre les différentes matières s'est tout de suite imposé à nous, enseignants, permettant aux élèves de voir de façon évidente le lien entre différentes disciplines. Deux ans avant la mise en place des EPI, nous fonctionnions déjà de façon transdisciplinaire, en co-interventions.

 

L'ouverture culturelle est évidemment au rendez-vous et de plus en plus d'élèves s'intéressent à l'Indonésie, pays lointain de 14.000 kilomètres dont beaucoup ignoraient l'existence il y a peu de temps. Ils sont confrontés à une culture très éloignée de la leur à travers diverses formes artistiques, et beaucoup d'interrogations naissent, auxquelles c’est toujours un plaisir de répondre.

 

Le plus passionnant est de voir à quel point les élèves se responsabilisent lors de l'élaboration des spectacles que nous produisons à partir des travaux réalisés en classe. Les élèves trouvent leur place (musicien, marionnettiste, conteur, technicien...) et l'assument pleinement.

 

Les représentations sont marquantes : que ce soit devant les autres élèves du collège, leurs parents, les résidents de la maison de retraite voisine, ou l’ambassadeur d’Indonésie, les élèves montrent la même concentration et le même souci de bien faire.

 

Notre collège est actuellement le seul collège public en Europe à accueillir de façon permanente un gamelan. Les élèves se rendent compte petit à petit que leur établissement se démarque des autres. A chaque fois que nous déplaçons le gamelan, les élèves s'inquiètent de le voir partir. "Il va où ?" "Est-ce qu'il revient après" sont les questions les plus fréquentes. L'appropriation de ce nouvel instrument est bien réelle.

 

Pour finir, certains parents sont venus nous témoigner leur reconnaissance et nous ont affirmé que leurs enfants montraient beaucoup plus d'entrain à venir au collège ce qui est évidemment pour nous une grande satisfaction.

 

Propos recueillis par Logann Vince

 

Des enregistrements du gamelan joué par les élèves

En savoir plus

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 07 juillet 2017.

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