Sciences : Jacques-Marie Bardintzeff : Une passion volcanique depuis 40 ans  

Comment transmettre une passion devenue vocation ? Jacques-Marie Bardintzeff , volcanologue et universitaire, partage 40 années d’expéditions et de recherches dans "Volcanologue", publié aux éditions L’Harmattan. La passion est venue tôt, au collège, où il animait le club de géologie. Depuis, Jacques-Marie Bardintzeff n'est jamais descendu de son volcan. Très impliqué dans la formation des enseignants de SVT, il pointe, pour le Café pédagogique, les volcans à suivre cette année avec les élèves tels que l’Agung à Bali et Manaro Voui aux îles Vanuatu. Et il revient sur les clubs scientifiques. « Ils n'ont pas de prix ! L’implication des enseignants est très porteuse pour les jeunes »

 

De quoi parle votre nouveau livre ?

 

Il s’agit de mon 22ème livre, celui-ci est en partie autobiographique. J’écris pour tous les âges, parfois pour les enfants de 4 ans d’autres fois pour les étudiants en capes et agrégation de SVT. J’aime varier les plaisirs.

 

Pour cet ouvrage, j’ai voulu mettre par écrit mes 40 années de volcanologie à l’université Paris-Sud-Orsay. Je raconte mon bonheur d’avoir vécu tous ces voyages. Le métier de volcanologue fait toujours rêver. Je reçois d’ailleurs de nombreux emails à ce sujet. Mais je livre aussi le côté plus austère du métier. Je pense à la collecte d’échantillons, au broyage, à l’analyse chimique et minérologique et aux rédactions, notamment des publications en anglais, pour réfléchir à ce qui se passe sous le volcan.

 

Le côté enseignement du métier me passionne toujours autant. J’y vois comme un passage de témoin. Certains étudiants formés à la prépa capes ont d’ailleurs eu ensuite ma fille au collège. Ils ont rendu ainsi à ma fille ce que j’ai pu modestement leur donner.

 

J’évoque aussi beaucoup de rencontres dans ce livre. Entre autres, avec Nicolas Hulot. Nos expéditions réalisées dans le cadre de ses émissions restent des souvenirs précieux. Avec Yann-Arthus Bertrand, qui préface l’ouvrage, j'ai parcouru les volcans italiens. Là aussi une belle rencontre.

 

Au final, plus de 500 émissions de médias, TV et radio, pour partager ma passion et essayer de faire naître des vocations. Il faut se le dire : on manque de scientifiques en France et en Europe.

 

Est-ce vrai que votre vocation s’est construite dans un club de géologie au collège ?

 

Dès mon enfance, j’étais à la recherche de minéraux. Mes grands parents ont participé à cette appétence pour la géologie. En classe de 4ème M. Henri Vaissière, mon professeur de sciences naturelles, avait une très grande passion pour la géologie. Il nous a proposé de créer un club de géologie. A la 1ère réunion, nous étions 6 ! J’ai été élu secrétaire général du club de la 4ème à la terminale. Nous nous réunissions un jeudi par mois. Nous classions les échantillons et organisions des sorties pour étudier les roches de la région.

 

Ça n’a pas de prix ces clubs scientifiques ! L’implication souvent bénévole des enseignants est très porteuse pour les jeunes. J’encourage à éveiller cette curiosité. Rappelons que le patrimoine géologique de la France est très riche : volcans d’Auvergne, faluns, les calcaires lutétiens de Paris…

 

Quelques mots sur les deux volcans à suivre cette année, à savoir l’Agung à Bali et Manaro Voui aux îles Vanuatu.

 

Chaque année, on dénombre 50 éruptions volcaniques. Pour la plupart, on n’en parle pas sauf quand il y a des gens à évacuer. Concernant l’Agung à Bali, le potentiel est fort. On est en zone de subduction dans un contexte explosif. L’Agung a déjà causé par le passé des nuées ardentes et des lahars meurtriers. Depuis septembre 2017, tous les voyants sont au rouge. Les volcanologues ne s’y trompent pas : on a plusieurs centaines de microséismes plus ou moins profonds par jour. Mais le volcan n’est pas à un mois prêt ! En 2007, j’étais sur l’Agung, puis Pulau Lombok et Pulau Komodo. A noter que les nombreux temples sur place sont magnifiques.

 

Côté Manoro Voui sur l’île d’Ambae aux Vanuatu, on a un volcanisme d’arc. On a ici un lac avec une île au centre. La population peut être rapidement concernée par les gaz et les cendres. On a des signes d’une activité souterraine, des arbres morts et des gaz toxiques repérés pour l’instant. J’ai eu l’occasion de survoler Manoro Voui en 1993.

 

Ces phénomènes me font penser à la caldeira de Rabaul en Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1984. Tous les voyants étaient aussi au rouge. L’éruption a eu lieu en 1994… Idem à Pompéi : dès 62 un séisme majeur est ressenti, peut-être en lien avec l’éruption catastrophique du Vésuve 17 ans plus tard.

 

Comment lier volcanisme et climat ?

 

Le lien est connu depuis longtemps. Les aérosols et cendres opacifient l’atmosphère. Cela refroidit durablement la planète. Les grosses éruptions refroidissent le climat. On a pu l’établir notamment avec le Pinatubo. Et maintenant, on peut aussi se poser la question : est-ce que la fonte des glaces accélère le volcanisme ? Je pense par là aux énormes glaciers s’amincissant et situés sur un volcan. Mais ce lien volcanisme – climat reste un peu compliqué pour le 2nd degré.

 

Au lycée, Hawaii est souvent à l’honneur pour illustrer les traces de déplacement des plaques au dessus d’un point chaud. Avez-vous d’autres exemples à conseiller ?

 

Il est vrai que la chaîne volcanique Hawaii-Empereur est l’exemple le plus pédagogique avec notamment son extrémité sud-est encore active. On retrouve l’équivalent en Polynésie française dans le Pacifique sud. On a plusieurs alignements volcaniques parallèles : Marquises, Tuamotu-Gambier, Société et Australes.

 

Ces alignements ont la même orientation qu’Hawaii. On ne voit par contre pas d’activité. On peut travailler sur le sud de la Société (Mehetia) et sur le sud des Australes. D’ailleurs à -50 m, le volcan Macdonald décolore périodiquement la mer au niveau des îles Australes. Une nouvelle île pointera bientôt le bout de son nez.

 

Entretien par Julien Cabioch

 

Ouvrages de J.M. Bardintzeff :

Volcanologue Éd. L’Harmattan, 2017

Volcanologie 5ème édition Ed. Dunod, 2016

Tout savoir sur les volcans du monde, séismes et tsunamis Ed.Orphie, 2015

 

Le blog de Jacques-Marie Bardintzeff

 

Dans le Café

Jacques-Marie Bardintzeff : Comment éduquer aux risques géologiques ?  

Jacques-Marie Bardintzeff : Comment enseigner le volcanisme ?

Sciences : Un EPI volcanique  

 

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 10 octobre 2017.

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