Roland Goigoux : Lecture : Répondre aux interrogations du moment 

L'enseignement de la lecture est-il menacé par la rue de Grenelle ? C'est une question que l'on peut se poser après les déclarations pro syllabique de JM Blanquer et les échos qui nous sont parvenus des conférences tenues avec les inspecteurs. Roland Goigoux, auteur du récent  rapport Lire Ecrire, revient sur cet enseignement dans une conférence filmée, diffusé e par le Centre A Savary, qui fait date.   Il y fait le point sur les savoirs concernant l'enseignement du lire-écrire au cycle 2 qui font consensus, sur les points en discussion et sur les pistes utilisables par les enseignants. Roland Goigoux fait notamment la part du mythe et de la réalité autour  de la méthode syllabique. Il revient pour le Café pédagogique sur la genèse de cette publication et l'état des lieux du débat.

 

Pourquoi cette publication en ce moment ?

 

Depuis la publication du rapport Lire Ecrire différentes circonscriptions m'ont fait des demandes réitérées de conférences. Les enseignants me disent qu'ils ne sont pas surs de savoir tirer toutes les conséquences du rapport. J'ai répondu présent dans mon académie. Mais je ne peux pas me multiplier. Donc j'ai convenu de cette diffusion vidéo sur le site du Centre Alain Savary. L'enregistrement qui est en ligne provient d'une conférence faite devant 120 professeurs des écoles de deux circonscriptions.

 

La conférence est sur la défensive par rapport à la méthode syllabique. Est ce encore nécessaire ?

 

C'est lié à l'actualité. Des cadres de retour du séminaire qui s'est tenu en juin à l'ESEN m'ont dit qu'ils avaient entendu des propos qui les interrogeaient. D'autre part les enseignants sont eux aussi interrogatifs après les déclarations du ministre qui ont eu lieu avant la rentrée. Des propos où il préconisait la méthode de type syllabique. Pour éviter une polémique stérile il me semble nécessaire d'apporter des éclaircissements .  Je veux aussi dresser un garde fou contre des interprétations excessives.

 

Vous évoquez dans la vidéo les neurosciences, sont-elles en faveur de la syllabique ?

 

Les neurosciences sont surtout en débat avec la psychologie cognitive dont elles essaient de voir si les modèles sont solides et compatibles avec ce que l'on sait du fonctionnement neuronal.  Il y a un consensus en faveur d'un enseignement explicite et progressif des correspondances phonèmes graphèmes. Si c'est cela la méthode syllabique alors je suis pour. Mais on joue sur les mots.

 

Je propose dans la conférence de différencier entre "méthode syllabique stricte" et une "approche de type syllabique", définie comme un enseignement explicite et progressif des correspondances phonèmes graphèmes.

 

Quels sont les apports des neurosciences à l'enseignement de la lecture ?

 

Elles ont validé les modèles de la psychologie cognitive. Elles nous permettent de mieux comprendre la notion de spécialisation des aires cérébrales. Les humains ne sont pas génétiquement programmés pour apprendre à lire et à écrire, à la différence d'autres apprentissages comme la parole. C'est en réorganisant des aires cérébrales comme celle de la reconnaissance du visage que la lecture se construit en lien avec les compétences orales. Cela il n'y a que les neurosciences qui peuvent l'attester. Ca a comme conséquence la nécessité d'un enseignement explicite de la lecture.

 

Avec l'enquête Lire Ecrire, qui donne des indications sur les questions de rythme et d'ordre pour cet enseignement en classe, on voit la complémentarité entre psychologie cognitive, pédagogie et neurosciences. Les recherches se complètent.

 

Par contre il peut y avoir des enjeux dans la communauté des chercheurs pour l'accès aux financements. Si ceux ci étaient réservés aux neurosciences cela poserait problème.

 

Est-ce normal qu'on soit encore dans un débat entre syllabique et globale ?

 

Cela dépend des médias. Mais il faut armer les enseignants pour leur dialogue avec les parents. Et c'est un point qui est abordé dans la conférence.  Par exemple bien précisé que l'enseignant fait de "la reconnaissance orthographique de mots entiers". Comme la syllabe est indispensable pour cet apprentissage, ne pas hésiter à utiliser le mot syllabique.

 

Dans cette conférence vous insistez sur l'importance des travaux d'écriture et pas seulement la lecture.

 

C'est un point que je partage avec Michel Fayol. Les travaux de la psychologie cognitive et des sciences de l'éducation convergent pour montrer que les activités d'encodage aident beaucoup d'élèves à comprendre le fonctionnement du système. Il faut que le maitre y consacre un temps régulier quotidien, ce qui n'est pas toujours le cas. C'est aussi le rôle de la conférence que de mettre les enseignants en alerte.

 

Ne focalise t-on pas trop sur les méthodes d'enseignement aux dépens d'autres facteurs qui pèsent sur les apprentissages comme les facteurs sociaux ou les politiques culturelles par exemple ?

 

Bien sur. Mais si on ne veut pas seulement le déplorer il faut regarder ce que l'école peut faire pour compenser les inégalités sociales par exemple. Par exemple il y a des besoins criants en ce qui concerne la compréhension du vocabulaire. C'est là que l'impact social est le plus fort. Donc à la fin de la conférence, on consacre une vingtaine de minutes à cette question dont on explique qu'elle est fondamentale. Et on fait le lien avec Narramus en maternelle. Il y a là  une continuité entre Grande section et CP pour l'entrainement langagier à mettre en oeuvre.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

Sur le site de l'IFé

Le rapport Lire Ecrire

R Goigoux enterre la querelle des méthodes

Sur Narramus

 

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 17 octobre 2017.

Commentaires

  • delacour, le 18/10/2017 à 09:25

    Les correspondances graphèmes phonèmes ne peuvent être connues, par n'importe quel lecteur, que lorsqu'il est au courant des correspondances phonèmes graphèmes. Impossible de lire ce qu'on ne saurait coder : il faut déjà savoir comment se prononce le mot pour pouvoir le coder orthographiquement et ouvrir la possibilité de le lire. Si je code /himation/ avec "himation" alors je sais le décoder : /imation/ et pas /imassion/.

    Par ailleurs la valeur sonore d'une lettre ne peut être connue qu'au sein de l'écriture de mots ayant été écrits puis lus. Comment décoder "a" dans xax, xaxxx, xxxaxxxx, 3 décodages parmi les 12 possibles …! Un décodage ne peut donc être qu'artificiel et mensonger, non "a" ne se décode pas forcément /a/. C'est valable pour toutes les lettres et quasiment tous les groupes de lettres, qu'il faut encore pouvoir circonscrire ! Et le sens n'est pas forcément présent en fin de décodage ! La syllabique présente le défaut de travailler au niveau des sons et pas du sens.

    Si on veut bien ne pas confondre écriture, qui suppose la connaissance littérale des mots, et codage qui transforme les sons (phonèmes) en signes (de 1 à 6 lettres par son), on comprend mieux l'impact de l'écriture sur les progrès en lecture. Progressivement l'enfant  comprend que ce qui commande la lecture c'est la connaissance du codage orthographique du sens.

    Autant donc commencer, comme je le propose, par l'enseignement explicite du codage orthographique du sens, pour que l'élève dispose des moyens de s'apprendre à lire facilement. Voir le site "ecrilu" qui propose une pédagogie inverse des diverses méthodes de lecture : commencer par coder du sens.

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