Stage antiraciste : Blanquer porte plainte 

Le ministre de l'éducation nationale a annoncé le 21 novembre devant l'Assemblée nationale qu'il portait plainte contre Sud Education 93 pour diffamation au motif que le syndicat a utilisé l'expression "racisme d'Etat" dans le document présentant le stage antiraciste controversé. La réponse de Sud Education justifie l'emploi de cette formule. Si la plainte devait être instruite un intéressant débat sociologique devrait suivre. Dans tous les cas le ministre a saisi l'occasion de faire applaudir par l'Assemblée la répression d'un syndicat. Au final c'est la cogestion Etat - syndicats qui est visée.

 

L'Assemblée applaudit la plainte contre Sud Education

 

Grand mais ambigu moment à l'Assemblée nationale. Grand car le ministre de l'Education nationale est applaudi par la quasi totalité des députés , qui se lèvent pour le saluer. Suite au stage antiraciste organisé par Sud Education 93, JM Blanquer explique que " les mots les plus épouvantables du vocabulaire politique sont utilisés au nom d’un prétendu antiracisme alors qu’ils véhiculent évidemment un racisme. Pour ces raisons, et parce que le syndicat en question a également employé les termes de « racisme d’État », j’ai décidé de porter plainte pour diffamation à l’encontre de SUD éducation 93 en vertu de l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881. Et je regrette que le syndicat national ne se soit pas désolidarisé de la section de Seine-Saint-Denis... Nous devons avoir l’unanimité de la représentation nationale contre cette vision de l’homme".  Le compte rendu de la séance signale que "Mmes et M. les députés de groupes REM, MODEM, LC, LR et NG se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur certains bancs du groupe FI.".

 

Moment ambigu car ce qu'applaudissent les députés c'est des poursuites engagées par l'Etat contre un syndicat dans une république qui se définit comme "indivisible, laïque, démocratique et sociale".

 

Peut-on justifier l'expression "Etat raciste" ?

 

Ambigu aussi sur le plan pratique. Si la plainte est retenue, Sud Education devra justifier de la formule de "racisme d'Etat". Le syndicat a commencé à le faire dans un  communiqué. "Ce que notre congrès dénonçait c’est « un système inégalitaire et le "deux poids deux mesures" », un ensemble de politiques institutionnelles, qui font système, et qui permet d’affirmer que l'État dans lequel nous vivons est bien, dans les faits, raciste, au sens où il reproduit, poursuit et aggrave des situations de discriminations racistes, directes et indirectes. Ainsi, le rapport au premier ministre de juin 2016 « Les discriminations dans l’accès à l’emploi public », établit l’existence de discriminations fondées sur les origines ou sur les lieux d’habitation dans l’accès aux emplois publics.2 La Cour de cassation a condamné l'État pour les contrôles au faciès".

 

Et le syndicat d'ironiser en remerciant le ministre. "Nous nous réjouissons de voir que M. Blanquer saisit à bras le corps la lutte contre les discriminations. Nous espérons donc que les contrôles policiers au faciès pendant les sorties scolaires, les refus de scolarisation d’enfants migrants, les inégalités de progression de carrière entre femmes et hommes dans l’éducation nationale comme ailleurs cesseront au plus vite et que plus un-e seul-e de nos élèves ne dormira à l’hôtel ou dans la rue".

 

Une tribune offerte aux sociologues

 

En portant plainte, JM Blanquer donne une tribune aux multiples travaux de sociologie qui attestent de l'apartheid scolaire. S'il est clair que l'Etat n'a pas pris de loi ou même de circulaire traitant différemment les élèves en fonction de leur "race", il est établi aussi que ce critère est actif dans le fonctionnement du système éducatif. G Felouzis l'a mis en évidence il y a plus de 10 ans dans les collèges bordelais. Le rapport Dhume a été u autre moment fort pour faire apparaitre les travaux des chercheurs. Les enseignants du 93 en ont la preuve directe tous les jours particulièrement en lycée professionnel. Cette dimension ethnique est maintenant prise en compte dans l'orientation des élèves par les élèves eux mêmes comme l'a montré le témoignage d'un proviseur lors de la Journée de la fraternité à l'école.

 

C'est un fait que le système éducatif se fracture sur une base ethnique. Les effets sont plus ou moins avancés selon les  régions. En Ile de France la situation est déjà nettement dégradée et le processus de ségrégation ethnique bien avancé. Un ancien premier ministre a d'ailleurs lui même utilisé l'expression "d'apartheid ethnique". Bref, Sud Education n'aura pas de mal à justifier l'expression et un éventuel procès donnerait de l'audience à une urgence sociale, celle de la ségrégation ethnique à l'école.

 

Le glas de la cogestion

 

On se demande alors pourquoi le ministre  a fait cette apparente maladresse. D'une part c'est l'exploitation par l'extrême droite du tract de Sud Education qui fait agir le ministre. Il avance sous cette pression. D'autre part JM Blanquer saisit habilement l'occasion pour montrer qu'il n'a pas peur des syndicats dans un ministère où ils sont particulièrement associés à la gestion. Cet acte politique va bien au delà de cet incident au moment où le ministre va se lancer dans des réformes structurelles au lycée et peut-être pour la profession enseignante.

 

Apparemment la plainte contre Sud Education 93 ne devrait aboutir qu'à un débat finalement intéressant pour le système éducatif. En réalité c'est peut-être le rapport de force à l'intérieur du système éducatif entre le ministère et les syndicats qui en est affecté. Sous les applaudissements des députés c'est le glas de la cogestion et ses conséquences pour les enseignants qu'il faut entendre.

 

François Jarraud

 

Débat à l'Assemblée

Communiqué Sud Education

Le tabou d ela discrimination ethnique levé

L apédagogie contre l'apartheid scolaire

Félouzis : Pisa et l'apartheid scolaire

Pour uen école de la fraternité

Dossier Mixité sociale

L'école et l'extreme droite

Rapport Dhume

Le témoignage d'un proviseur

 

Par fjarraud , le mercredi 22 novembre 2017.

Commentaires

  • Aude Doria, le 27/11/2017 à 23:01

    « C’est quand même drôle toutes ces indigénistes qui parlent du racisme d’État alors que leurs trajectoires professionnelles réussies et la visibilité médiatique de leurs thèses démentent leurs accusations.
    C’est parce que cela va mieux que les indigénistes ont besoin que cela semble aller mal. 
    Quand le CCIF recense les plaintes déposées en raisons d’insultes ou d’agressions, c’est pour faire croire à un climat de terreur. Mais, et c’est ce que l’on appelle la loi de Moynihan, l’augmentation des plaintes est le signe de l’intégration des populations et de la progression des droits humains. Quelqu’un qui porte plainte a conscience qu’il a subi un tort et pense que la police puis la justice reconnaîtront et répareront son préjudice. Une personne de couleur ne porte pas plainte pour racisme si elle pense que l’État est raciste. C’est donc la preuve que la situation s’améliore. Mais ce n’est pas la conclusion des semeurs de haine. 
    Parce que dans une société démocratique, l’adhésion à une communauté ne peut être que volontaire. Comment les leaders peuvent-ils s’assurer de la création, de la cohésion de leurs communautés ? En créant de toutes pièces l’intolérance, qui est l’outil le plus efficace. C’est le but de ceux qui brandissent la menace de l’islamophobie et qui veulent faire croire qu’elle est répandue en France : coaliser les musulmans qui, sans cette menace, ne s’associeraient pas spontanément et encore moins autour des leaders les plus ultra-orthodoxes.
    Les réussites sont spectaculaires. Mais les indigénistes vous diront que ce n’est pas assez, parce que l’État, la société, mon frigo même sont structurellement racistes. Et créent ce trauma colonial qui n’existe pas chez les petits-enfants d’immigrés. Il s’agit d’un trauma suggéré, comme le scandale des souvenirs suggérés par les psys. Je ne suis pas traumatisée. Ma mère n’est pas traumatisée. Ma famille n’est pas traumatisée. Notre bonheur de vie ici est leur plus évident et insupportable démenti.» (Fatiha Boudjhala)

  • Bernard Girard, le 22/11/2017 à 08:40

    Il faut lire le communiqué de presse de Blanquer pour se rendre compte que, dorénavant, porter un regard critique sur les programmes d'histoire, l'islamophobie, l'instrumentalisation de la laïcité, l'orientation des élèves issus de l'immigration, tout cela est assimilé à un délit d'opinion...

    A quelle époque faut-il remonter pour voir un ministre de l'EN manifester un tel mépris pour les libertés publiques les plus élémentaires ? Une brutalisation des enseignants qui en dit long sur la personnalité et les objectifs réels du ministre.

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