Qui va payer les manuels scolaires de 2019 ? 

L'accélération des réformes impulsées par JM Blanquer pose dans des termes nouveaux la question du renouvellement des manuels scolaires au lycée comme à l'école primaire. C'est le message porté par l'association des éditeurs d'éducation, dirigée par Célia Rosentraub, mais aussi par l'association des régions. Les réponses sur le financement diffèrent entre les régions et les éditeurs. Les parents se retrouvent au coeur de ce débat : faut-il les faire payer, ou pas.

 

Comment les enseignants utilisent-ils les manuels ?

 

Qu'en est-il de l'utilisation des manuels par les enseignants ? Selon une enquête des Editeurs d'éducation (EDE) 71% des enseignants déclarent utiliser des manuels papier avec leurs élèves et 17% des manuels numériques. Un enseignant sur deux utilise aussi des ressources fournies par d'autres enseignants sur internet. Le point fort des manuels scolaires c'ets qu'ils facilitent les préparation de cours (pour 73% des professeurs) et font gagner du temps (pour 66%). "Pour mémoriser, lire, se concentrer ils préfèrent le manuel papier", nous dit C Rosentraub. "Pour motiver, engager les élèves le numérique est formidable". Mais16% des enseignants se déclarent  pas à l'aise avec le numérique.

 

Les éditeurs mettent ces qualités des manuels en avant e s'appuyant sur deux études étrangères pour montrer qu'il y a une corrélation entre le fait d'avoir un manuel scolaire et le niveau des élèves et aussi le gain de temps permis par les manuels. Il est évalué dans une étude britannique à 18 minutes par jour.

 

De nouveaux manuels pour le primaire et le lycée

 

Actuellement le rythme et les conditions de remplacement des manuels varie. Dans les collèges c'est l'Etat qui prend en charge la dépense. Mais il n'a pas été capable de remplacer tous les manuels avec la réforme du collège. Il resterait un tiers de vieux manuels. Dans le primaire ce sont les communes qui achètent les jeux de manuels. Ils sont renouvelés tous les 5 ou 6 ans seulement. Au lycée les régions ont mis en place des politiques de gratuité totale ou partielle. Elles estiment le renouvellement des manuels à 300 millions.

 

Or 2019 devrait concentrer un renouvellement exceptionnel des manuels scolaires. En septembre 2019 il faudra changer tous les manuels de 2de et première générale et technologique ainsi que ceux de 2de pro et 1ère année de CAP. L'EDE pense qu'il faudra aussi changer les manuels du primaire. "On prépare de nouveaux manuels", nous a dit Célia Rosentraub, présidente de l'EDE et par ailleurs directrice d'Hatier. "Si l'éducation nationale sort de nouveaux programmes on doit se mettre en conformité". Pour les éditeurs aussi les "ajustements" sont des changements de programme.

 

Faire payer les familles ?

 

Où trouver l'argent ? Pour Célia Rosentraub il y a un écart entre la volonté de l'Etat de changer les programmes et la mise en oeuvre. "Dans l'état actuel des finances des communes le renouvellement total des manuels ne pourra pas être fait avant 2024", estime C Rosentraub. La solution serait de se tourner vers les familles. "Si la commune ne paye pas, si l'Etat ne paye pas, il faudra peut-être penser aux mécanismes d'allocations". L'EDE pense qu'une partie de l'allocation de rentrée scolaire pourrait être fléchée vers les manuels scolaires.

 

Pour les lycées, l'association des régions avait proposé le 29 août une solution : généraliser la numérisation. C'était présenté comme la seule façon de faire face au renouvellement imposé par l'Etat. Revenir aux manuels payants serait suicidaire pour les majorités actuelles des conseils régionaux. Renouveler les manuels papiers a un coût que les régions ne peuvent s'offrir entre autre parce que leurs dépenses sont encadrées par l'Etat. Pour ces raisons passer au manuel numérique apparait à l'ARF comme la solution.

 

Mais les éditeurs soulèvent les limites de l'exercice. "Passer au 100% numérique n'est pas un problème pour nous. Nous savons faire", nous a dit C Rosentraub. "Mais travailler avec le numérique pour un enseignant c'est changer ses pratiques. Demander aux enseignants de revoir leurs cours avec la réforme et en plus d'intégrer le numérique c'est très ambitieux". Et il faudrait aussi que les régions investissent dans la maintenance et la bande passante.

 

Mais dans le déploiement du numérique est il habituel de demander l'avis des enseignants ? Aujourd'hui ils n'ont généralement pas la main sur les logiciels installés sur les ordinateurs de l'établissement. Leur gestion est pilotée à distance. Ils n'auront peut être plus non plus demain la possibilité de choisir leur manuel numérique.

 

La solution au problème du financement des manuels ce sont à nouveau les familles, estime l'EDE. "Il ne faut pas que les régions s'accrochent à l'idée de la gratuité totale. Les manuels de certaines disciplines pourraient être payés par les familles avec des aides sociales. Cela soulagerait les régons".

 

En ce sens l'EDE ouvrira le 17 septembre une plate forme permettant aux parents de voir tous les manuels scolaires numériques. Cet appel aux parents est aussi un appel du pied aux politiques. Qui payera les manuels ?

 

François Jarraud

 

Communiqué

Les régions font le choix du tout numérique

La plateforme de l'EDE pour les parents

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 07 septembre 2018.

Commentaires

  • DrHouse2, le 10/09/2018 à 01:11
    La question n'est pas de savoir qui va payer, la question est d'abord de savoir si les manuels ont un intérêt pédagogique.
    Et ça fait presque un siècle qu'on sait qu'ils n'en ont aucun, et qu'ils sont même toxiques pour les élèves. Les manuels devraient être bannis des écoles (au moins primaires) au profit d'un enseignement vivant, varié et individualisé, basé sur la vie de la classe et sur les projets divers et variés.
     
    "Les manuels sont un moyen d’abrutissement. Ils servent, bassement parfois, les programmes officiels. Quelques-uns les aggravent même, par je ne sais quelle folie de bourrage à outrance. Mais rarement des manuels sont faits pour l’enfant. Ils déclarent faciliter, ordonner le travail du maître ; ils se vantent de suivre pas à pas... les programmes. Mais l’enfant suivra, s’il peut. Ce n’est pas de lui qu’on s’est occupé.
    [...]
    Même, les manuels seraient-ils bons, il y aurait tout intérêt à en réduire le plus possible l’emploi."
     
    Célestin Freinet (Clarté n°73 - "Vers l’école du Prolétariat" - avril 1925)
  • ProfDeCoeur, le 09/09/2018 à 10:12
    Pourquoi confier la production des manuels à une dizaine d'éditeurs qui confient la direction de chaque manuel, pour chaque discipline, à des inspecteurs académiques ou IEN? Chaque de ces inspecteurs s'entoure ensuite d'une équipe de professeurs certifiés ou agrégés, issus également de l'Education Nationale. Il ne reste plus qu'à faire payer l'Etat, une fois ou deux, car si l'on est tenté par le numérique - c'est quasiment le même prix que la version papier (bien que dématérialisé) - et que l'on garde le manuel classique, point de réduction. Ne serait-ce pas plus économique de confier cette tâche directement à une équipe compétente d'IA-IPR ou IEN et enseignants, justement missionnés pour cela?
    On nous vante la qualité de ces manuels, mais je me souviens d'un inspecteur nous disant, lors d'une réunion, de ne pas trop faire confiance à ces manuels, car je cite: "On sait comment ils sont produits, bien souvent dans la précipitation et l'urgence des nouveaux programmes". Il s'y connait forcément, lui-même en ayant coécrit quelques uns...
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