L'autorité enseignante : un acte politique ? 

L'autorité des enseignants c'est politique ? Oui puisque des mesures ministérielles pour rétablir l'autorité à l'Ecole sont attendues. Mais deux articles de la revue "Recherches en éducation" (n°35), coordonné par Patrick Rayou, apportent aussi un autre éclairage politique. L'autorité fait partie des compétences attendues des enseignants. Elle a longtemps été considérée comme "naturelle" , ce qui avait l'avantage de ne pas l'interroger. Dans les établissements elle reste surtout définie en creux : c'est plus facile de constater que tel collègue "n'a pas d'autorité" que de définir précisément ce qu'est celle-ci. C'est pourtant à ce travail de définition que s'attelle ce numéro de Recherches en éducation. Du plus près du terrain et sans complaisances, il montre comment l'institution évite de définir l'autorité. Donnant aussi la parole aux élèves, il établit que la construction de l'autorité est un acte relationnel, toujours variable. Mais qu'il a aussi une dimension politique et sociale. Les élèves semblent particulièrement attachés à cette dimension qui fonde le respect des enseignants. Alors que l'heure est aux décisions politiques, tiendra t-on compte des valeurs politiques et sociales dans les décisions ministérielles ?

 

L'autorité est une construction relationnelle

 

 Dans un premier article, Marie Beretti (Université J Monnet) montre comment les textes officiels se gardent bien de définir l'autorité de l'enseignant aussi bien dans les instructions concernant le métier de professeur que dans les compétences des élèves. Cela alors que la question de sa mise en oeuvre est brulante pour les nouveaux enseignants et que c'est un incontournable professionnel. "L'enseignant doit respecter des principes mais la norme n'est pas décrite en termes de conduite à tenir".

 

Et ce n'est pas par hasard. En se basant sur une étude auprès de 3 classes de cycle 3, M Beretti montre comment l'autorité se construit dans la classe dans la relation entre chaque enseignant et chaque classe, de façon plus ou moins explicite et toujours variable.

 

Au final, l'autorité prescrite aux enseignants et bien imposée par le milieu professionnel est toute relative. " Elle est bien une relation entre enseignant et élèves, et pas seulement une compétence professionnelle. Se risquer à l’étudier induit nécessairement d’élargir le point de vue à l’ensemble du processus complexe qui est à l’oeuvre, au-delà du seul point de vue de l’enseignant, c'est-à-dire à inclure dans l’analyse ce qui relève des élèves eux-mêmes, de leur reconnaissance, du contexte, de la temporalité, et de l’équilibration du système dans son entier. En l’occurrence, cette étude de l’autorité au prisme des normes a permis de montrer le lien étroit qui existe entre la pratique des enseignants et la reconnaissance que les élèves leur accordent, dans la relation d’autorité en contexte scolaire, et d’établir qu’en matière d’autorité, les normes sont avant tout des normes relationnelles".

 

Un acte politique et social

 

Marie Sylvie Claude (université de Grenoble) et Patrick Rayou (Escol) ont interrogé des collégiens sur leur conception de l'autorité à travers deux cours filmés. Une pratique qui fait remonter les représentations des élèves et affine l'analyse de l'autorité.

 

Ce que montre ce travail  c'ets que " les collégiens semblent en effet prêts à trouver normales des situations dans lesquelles des statuts préalablement fixés et acceptés font tenir la classe et à estimer que les grandes caractéristiques de la forme scolaire y sont présentes". Autrement dit leur jugement sur les professeurs tient compte des finalités du métier et d'une certaine normalité de l'enseignant.

 

" Prêts à obéir à des enseignants qui les font être « normalement » à l'école ou à respecter ceux qui les y aident à se développer, ils justifient les comportements déviants face à qui ne s'inscrit ni dans l'un ni dans l'autre de ces deux modèles. Loin d'invalider les travaux sur l'autorité qui mettent en évidence la pluralité des possibles entre autorité autoritariste et l'autorité éducative, ils attirent l’attention sur l'importance des savoirs et des apprentissages dans la relation avec les enseignants"

 

Au final, pour les auteurs, " leur approche (des collégiens) nous paraît comporter une dimension très largement morale et politique qui permet d'accéder au caractère profondément social du contrat didactique". Une réflexion qui n'est sans doute pas inutile alors qu'on attend dans les jours à venir des mesures sur le rétablissement de l'autorité à l'Ecole.

 

François Jarraud

 

Recherches en éducation n°35

 

 

 

 

Par fjarraud , le mercredi 09 janvier 2019.

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