Christian Forestier : L'Ecole, son armée de métier et sa privatisation 

 "Les instituteurs de Jules Ferry étaient des professionnels, mais ils n'étaient pas que des professionnels. Ils se sentaient investis d'une mission... Aujourd'hui nous avons une armée de métier". Christian Forestier, ancien recteur, ancien directeur de cabinet, ancien responsable d'une mission sur les rythmes scolaires,  grand acteur et connaisseur de l'Ecole, revient sur les évolutions de celle ci pour la revue des Aroeven (n°176). Pour lui ce passage à "l'armée de métier" explique le retour aux rythmes de 4 jours. "On fait l'école pour les adultes", écrit-il. Plus globalement il prédit la privatisation de l'Ecole. "On est à la croisée des chemins. Soit nous sommes capables d'arrêter cette augmentation de l'échec scolaire... Soit on ne le fait pas et il se passera la même chose que dans d'autres pays occidentaux. Les familles favorisées s'orienteront vers le privé pour avoir un enseignement de meilleure qualité... Si aujourd'hui il n'y a que 20% d'établissements privés ce n'est pas en raison du marché c'est en raison d'une contrainte de l'Etat. N'importe quel gouvernement peut changer cela".

 

L'article

 

 

Par fjarraud , le jeudi 07 février 2019.

Commentaires

  • Jean Maurice, le 07/02/2019 à 18:26
    "grand acteur et connaisseur de l'Ecole"
    Dommage qu'on n'emploie pas des termes aussi élogieux pour de simples instits qui connaissent l'Ecole souvent beaucoup mieux que les salonnards en tous genres.
    Une armée de métier  face à un corps d'élite de hussards... On croit rêver. Des instits de la troisième république, il y en a dans ma famille. Ils ont toujours été ahuris de voir la somme de travail qui pèse sur les enseignants d'aujourd'hui et à laquelle ils ont échappé.  Non, les profs actuels sont tout autant investis qu'autrefois et sûrement bien plus à l'écoute des besoins de l'enfant. La semaine à quatre jours c'est du flan, la plupart des enseignants que j'ai côtoyés acceptaient très bien de travailler le samedi matin, comme autrefois. Ils n'ont jamais demandé  de modification d'emploi du temps. Ce sont les parents qui ont souhaité cette réforme. Ce qui a changé c'est que les anciens étaient soutenus par la société dans leur entreprise coercitive de domptage des élèves. Pédagogiquement parlant, ils ne se foulaient pas particulièrement.  Maintenant on demande aux enseignants de faire beaucoup de faux-semblants, des paperasses, des projets cosmétiques, des rapports, des évaluations interminables pour un résultat finalement médiocre. Mais cela n'a rien à voir avec leur engagement républicain ou leur foi en l'éducation. L'échec scolaire ne peut leur être imputé pour un quelconque renoncement à un idéal éducatif. Ils sont aujourd'hui désarmés. Et pour une armée, c'est vrai que ça pose problème!
    • DrHouse2, le 09/02/2019 à 10:19
      Bravo Jean Maurice, je n'aurais pas dit mieux, je ne supporte plus ces technocrates qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe mais pensent tout savoir mieux que les vrais professionnels.
      Toutefois pour rectifier un point historique, ce sont bien les enseignants qui ont demandé la semaine de 4 jours, il y a environ 25 ans de mémoire, et je m'en souviens parfaitement. A l'époque j'étais titulaire remplaçant, et il m'arrivait de devoir travailler dans certaines écoles fonctionnant à ce rythme, qui étaient à l'époque expérimentales, et de l'avis de tous les acteurs du terrain c'était vraiment bien mieux à tous points de vue que d'ajouter une demi-journée le mercredi ou le samedi.
      La semaine de 4 jours a été généralisée car c'était tout simplement ce qui convenait à tout le monde, et avant tout aux élèves bien sûr. Nous ne l'avons en aucun cas plébiscitée pour des raisons personnelles, mais bien pour des raisons pédagogiques, et dans l'intérêt des élèves et de l'école publique.
       
      Ensuite le ministre Peillon est revenu sur cet acquis, personne n'a compris pourquoi, ce n'était demandé par personne, donc dès que ça a été possible il y a eu simplement et naturellement un retour vers un rythme scolaire approprié.
      Blanquer n'a pas une seule réussite à son acquis depuis le début de son mandat, il a faux partout et il est véritablement en train de détruire l'école publique, mais on peut au moins apprécier qu'il ait laissé la possibilité de revenir à la semaine de 4 jours, encore une fois dans l'intérêt des élèves et de l'institution.
      • Jean Maurice, le 10/02/2019 à 10:31
        Oui.
        Je n'ai pas dit que ceci ou cela ne nous convenait pas, j'ai dit qu'on l'acceptait le samedi sans hurler au loup. C'était, pour beaucoup, "normal". Le mercredi a été une horreur car les rythmes autour n'avaient pas bougé.
        Je me souviens bien en 1992 les mouvements des puissantes fédérations parisiennes de parents d'élèves qui faisaient pression sur le ministère pour supprimer le samedi. Je me souviens surtout des parents qui, non contents de faire péter le samedi pour partir en W.E, venaient me demander un petit bonus le vendredi après-midi pour échapper aux embouteillages. Et puis il y avait les gardes alternées avec des souhaits de W.E complets. A cette époque en tout cas, les enseignants n'en faisait pas la demande expresse. Mais l'idée a fait son chemin... Et quand on leur a en offert la possibilité, ils ont choisi l'option à 4 jours qui, plus qu"un bien être, est un véritable atout pour être efficace au travail (Yé souis pas oun machine!) 
        J'ai aussi connu en tant que TR les expérimentations des années 90... Une année même, à mis temps sur deux postes, je travaillais mercredi et samedi... On m'a accordé  15 jours de vacances supplémentaires!
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