Réforme de la Fonction Publique ? Ça ne se passera pas comme ça ! 

Elles étaient dans la rue mardi 19 mars, comme des milliers d’autres agents de la fonction publique. Elles nous expliquent pourquoi. Sophie Le Buzullier, enseignante dans une école maternelle classée REP+ de Seine-Saint-Denis. Clémence Allaoui, jeune professeure des écoles dans une école élémentaire des Mureaux (78). Samantha B, enseignante contractuelle depuis quelques mois dans l’académie de Créteil. Des enseignantes aux profils et parcours différents mais qui ont battu le pavé ensemble pour crier leur colère et leur attachement au service public, en général et à l’école en particulier.

 

« Un projet de société dont la devise serait marche ou crève »

 

Sophie « est en grève contre la réforme de la Fonction Publique et surtout contre la loi dite de la confiance … Je suis terriblement déçue par ce gouvernement qui ne cesse de dénigrer ses fonctionnaires, comme ceux de l’Éducation Nationale qu’il souhaite sous-payer et bâillonner ».

 

Pour Clémence, le ras-le-bol est général. « Il s'agit, pour moi, de m'opposer dès aujourd’hui à un projet de société de marche ou crève dont la Loi Blanquer est un des rouages. En apparence les revendications de la grève sont multiples, mais pour moi ça va dans le bon sens. Les nombreuses réformes du gouvernement mises bout à bout dessinent un projet de société inégalitaire et injuste, cadeaux fiscaux à une minorité de riches, casse des services publics qui servent la majorité… Les revendications des personnels de la fonction publique et des salariés du privé mises bout à bout y opposent un autre projet de société plus juste. Face à un gouvernement qui reste sourd aux demandes de justice et d'égalité, voir qui vire à l'autoritarisme, l'union est salutaire ».

 

Toutes deux sont venues accompagnées de collègues du premier et second degré. Cette manifestation est pour elles le début d’autres journées de mobilisations, telle que celle du 30 mars. Samantha, elle, est venue seule. Enseignante depuis peu, elle ne savait pas trop si quelque chose était organisé au niveau local. Son métier d’enseignante, elle y croit, elle se bat pour ses élèves au quotidien. Alors s’il faut se mobiliser encore et encore, elle le fera. « Je suis en grève avant tout pour défendre le service public. Et je m'étonne que tout le monde ne soit pas dans la rue. Le service public est pour moi la première forme d'égalité. Il doit protéger, soigner, accompagner, encadrer tous les citoyens de manière égalitaire. Pour l'école c'est pareil, l'enseignement doit être le même pour tous. L'école publique assure une mixité sociale dès le plus jeune âge et c'est ce que j'aime le plus dans mon métier d'institutrice de maternelle. Mais pour fournir un enseignement de qualité il faut des moyens, des personnes investies, une équipe pédagogique bien gérée ! Comment avoir une équipe investie quand le pouvoir d'achat des instituteurs est de nouveau revu à la baisse avec notamment la hausse de la CSG ? Comment avoir une équipe pédagogique bien encadrée si le directeur est loin, derrière son bureau dans un collège ? Et côté moyens, les communes devront dispatcher le peu dont elles disposent entre les maternelles du privé et du public.  En dégradant ainsi l'école publique, les familles les plus aisées se dirigeront vers le privé, voilà le projet du gouvernement : un état ultra libéral où le privé est omniprésent ! »

 

Un projet de réforme de l’école bien loin de la confiance et de la bienveillance

 

Clémence dénonce une vision de l’école élitiste bien loin de celle, affichée par le ministère, de lutte contre les inégalités. « Le projet de loi Blanquer, c’est l'accroissement des inégalités sociales, la mise au pas des enseignants, la dégradation des conditions d'études et d'enseignement. Ce projet s'inscrit pour moi dans une logique de création d'une éducation à deux vitesses, de la maternelle à l'université, qu'il est important de combattre. En regardant l'ensemble des lois sur l'éducation - école, lycées pro, bac généraux, Parcoursup, frais d'inscriptions multipliés par 16 pour les étudiants et étudiantes extra-communautaire - je vois là une volonté de retour à la sélection sociale et donc de la reproduction sociale telle qu'elle existait avant les lois d'obligation de scolarisation jusqu'à 16 ans, des 80% de bacheliers ou encore de la massification de l’accès à l'université. L’opacité, l'autoritarisme et la stratégie de répression de toute forme de contestation avec lesquels le gouvernement tente d'imposer ce projet confirment cette volonté ».

 

Issue d’un milieu populaire, elle explique que si elle est enseignante aujourd’hui, c’est parce qu’elle a bénéficié d’une école des possibles, une école qui lui a permis d’accéder aux longues études. « Avec les règles actuelles d'accès à l'université, je suis à peu près sûre que je n'y serais pas rentrée ». Alors, si elle se bat aujourd’hui, c’est aussi pour ses élèves, « Si je ne fais rien pour que cela change, je ne pourrais pas regarder mes élèves en face pour leur dire qu'il faut qu'ils travaillent d'avantage ou qu'ils continuent leur efforts alors même que je sais que quoi qu'ils fassent, parce qu’ils sont nés au mauvais endroit, une majorité d'entre eux seront écartés de l'enseignement supérieur et orientés non pas suivant leurs intérêts et besoins mais vers des filières utiles aux entreprises local. Je n'ai pas choisi d'enseigner pour faire des enfants de petits soldats, des exécutants d'ordres, mais pour qu'ils deviennent des citoyens éclairés, qu'ils deviennent ce qu'ils veulent et qu'ils fassent des choses qui les passionnent et qui ont du sens pour eux ».

 

Sophie pointe du doigt une loi dont les principaux concernés sont absents : les élèves. « Parce que c’est bien d’eux qu’il s’agit : les grands absents de cette dernière loi fourre-tout. Les effectifs explosent, les écoles s’éloignent des domiciles, les professeurs contractuels sans formation se succèdent et s’usent. Et quel espoir pour les élèves en situation de handicap… L’avenir est à hurler ».

 

Une forte mobilisation des enseignants

 

Dans l’école de Sophie, tout le monde est en grève. 40% des enseignants de la ville selon son syndicat. « Mais je crains fort que les grèves ne suffisent pas. Il nous faut trouver le moyen de sensibiliser les parents d’élèves qui ne sont que très peu informés ». Chez Clémence, c’est 80% des enseignants qui font grève. Dans la ville, six écoles sont fermées et 70% des enseignants sont grévistes, « les collègues plus anciens parlent de chiffres inédits qui égaleraient voire dépasseraient ceux du mouvement social de 1995 ». Une mobilisation importante alors que, selon elle, les discussions ont commencé au retour des vacances. « Dans mon école les discussions sont parties de la situation locale catastrophique dû aux CP/CE1 dédoublés et aux manques de locaux pour appliquer ce dispositif. Nous avons commencé à parler d'appeler à une assemblée générale (AG) de ville là-dessus mais entre-temps les amendements à la loi ont été votés et le sujet s'est imposé comme prioritaire. Lors de cet AG, les collègues ont beaucoup pointé l'opacité et l'autoritarisme du passage en force du ministre. Ceux qui, à partir de ce qui circule sur internet se sont alarmés et se sont déplacés pour en discuter, ont été confortés dans l'idée de la nécessité de se mobiliser et ont même réussi à convaincre tous leurs collègues ».

 

Toutes trois, certaines avec des banderoles, d’autres lunettes de soleil sur les yeux, ont scandé leur colère. Elles assurent que ce n’est qu’un avant-goût, que le 30, elles seront encore là, et encore après si cela est nécessaire. Pour Sophie, « Monsieur le Ministre, la loi de la défiance ne passera pas ! » et pour Samantha, qui n’est pas encore fonctionnaire, « NON ! Monsieur Macron la France ce ne sont pas les États-Unis ! Ici Le secteur public protège les plus faibles et nous, nous protégerons la fonction publique contre vos envies de tout dérégler ! ».

 

Lilia Ben Hamouda

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le mercredi 20 mars 2019.

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