Maths : Evolution à la baisse en CM2 

Les programmes de 2008 ont fait chuter le niveau en maths des écoliers de CM2. "On assiste à nouveau à une baisse des performances des élèves", affirme la Depp, division des études du ministère de l'éducation nationale, qui publie les résultats de l'évaluation des performances en maths de 1987 à 2017. Elle montre une baisse des résultats de 2007 à 2017 en CM2. Ces résultats ne sont pas vraiment une surprise : les évaluations de Ce2 de 2015 et celles du programme Pacem montraient déjà une chute en calcul numérique, l'essentiel de l'évaluation Depp. Les années 2007-2017 ont été marquées par les programmes de 2008, en vigueur jusqu'à la rentrée 2016. Des résultats qui n'accusent pas les enseignants mais le populisme éducatif.

 

Une étude qui couvre 30 années d'enseignement

 

Dans cette étude la Depp suit le niveau des écoliers de CM2 en maths de 1987 à 2017 en suivant 4 étapes : 1987, 1999, 2007 et 2017. A chaque étape, le niveau des élèves a été  évalué en adaptant les exercices des années antérieures. Ainsi l'évaluation qui a eu lieu (sur un échantillon d'élèves) en 2017 compte 22 questions de 1987, 10 de 1999 et 8 nouvelles.

 

Elle porte principalement sur le calcul numérique, notamment " sept additions présentant les variables didactiques suivantes : utilisation de nombres entiers (6) et de nombres décimaux (1), nécessitant les retenues (6), comportant plus de deux lignes (3), comportant des trous (2). Cinq additions sont proposées, dont deux sont à poser et effectuer. Sept soustractions : utilisation de nombres entiers (6) et de nombres décimaux (1), nécessitant les retenues (6), comportant des trous (2). Cinq soustractions sont proposées, dont deux sont à poser et effectuer. Cinq multiplications : à un, deux et trois chiffres au multiplicateur (les multiplicandes étant des nombres entiers) deux opérations en ligne mettant en jeu la multiplication par 100 et 1 000 avec en multiplicande des nombres décimaux. Six divisions : deux à un chiffre au diviseur et deux à deux chiffres au diviseur, deux opérations en ligne mettant en jeu la division par 10 et 100 avec en multiplicande un nombre entier pour la première et un nombre décimal pour la seconde. S'ajoutent quatre problèmes : trois ayant trait à la proportionnalité et un quatrième basé sur des calculs d’horaires".

 

Des résultats en baisse...

 

Les précédentes études avaient montré une chute de niveau entre 1987 et 1999 et un palier  entre 1997 et 2007. De 2007 à 2017 on assiste à un nouveau décrochage.  Le score moyen passe de 202 à 176, soit une chute presque aussi importante que celle qui a eu lieu entre 1987 et 1999.

 

Cette chute résulte d'un glissement de la masse des élèves vers les plus faibles. La part des plus faibles augmente et celle des forts diminue fortement. Si l'écart entre filles et garçons diminue fortement, les écarts sociaux restent les mêmes. Entre les enfants de cadre et ceux d'ouvriers l'écart est de 40 points, soit autant qu'en 1987.

 

Mais qui ne sont pas une surprise

 

A vrai dire ces résultats ne sont pas une surprise. Les résultats des évaluations Depp de 2018 montraient un décrochage pour le calcul numérique. La conférence du Cnesco sur la numération en 2015 avait posé le tableau. " Pour le calcul posé on observe une baisse des performances. Par exemple en 1987 84% des élèves savent faire 247 *36. En 2007 seulement 68% y arrivent. 4700 -2789.7 pose problème à la moitié des élèves  (contre un tiers en 1987). En calcul mental les taux de réussite sont peu élevés. Par exemple seulement 17% des élèves de 6ème savent faire de tête 62*0.5. On assiste à une forte baisse de la maitrise de la multiplication et de la division. Elle s'explique par une conceptualisation insuffisante des nombres", notait on lors de la conférence. L'enquête TIMMS portant sur les Cm1 en 2015 avait elle aussi montré une nette baise de niveau.

 

Les programmes de 2008 en accusation

 

Entre 2007 et 2017, les élèves de CM2 ont connu l'application de nouveaux programmes ceux de 2008. Alors que les programmes de 2002 commençaient à être bien pris en main, X Darcos change les programmes de l'école primaire sous la pression d'un lobby conservateur. Des programmes nouveaux sont mis en place à la rentrée 2016. Mais les enfants testés en 2017 en CM2 n'auront connu que les programmes de 2008.

 

De nombreux spécialistes avaient déjà pointé  les programmes de 2008, ce que la Depp se garde de faire. En 2013, par exemple, Joël Briand, Marie-Lise Peltier et Danielle Vergnes, pointaient la "vision archaïque et techniciste des maths" portée par ces programmes.

 

Rémi Brissiaud expliquait en 2016 les mauvais résultats de TIMMS par les programmes de 2008. " Les premiers responsables ce sont les programmes de 2008", nous disait il en 2016. "Ces enfants ont débuté en maternelle le comptage et le numérotage selon les programmes de 2008. Selon ces programmes,  ils devraient avoir appris à lire et écrire les nombres jusqu'à 30 à la fin de la maternelle. Je travaille en ce moment en CP. Je vois bien que, pour certains élèves, l'apprentissage qu'ils ont fait en maternelle selon le programme de 2008 est un obstacle à l'entrée dans le calcul et qu'il faut les rééduquer. Ces programmes de 2008 ne pouvaient conduire qu'à une catastrophe."

 

Populisme éducatif

 

Bien loin de montrer du doigt les enseignants, ces mauvais résultats pointent deux phénomènes ministériels. D'abord l'alignement de plusieurs ministres sur des conceptions traditionnelles de l'enseignement des maths au primaire qui ne donnent pas de bons résultats mais qui politiquement sont rentables. En effet elles rejoignent les préjugés des familles. Sur ce terrain les aménagements de programme de JM Blanquer sont relativement prudents même s'ils flattent les mêmes préjugé. Le second phénomène c'est la valse des programmes à chaque alternance politique. Et là aussi, malgré ses promesses, JM Blanquer a voulu imposer ses programmes puis des indications sur la façon d'enseigner. Une gesticulation politique intense au regard de la rareté des efforts pour la formation des enseignants.

 

F Jarraud

 

Etude Depp

R Brissiaud sur Timms

Conférence Cnesco sur numération

Il faut revoir les programmes de 2008

 

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 01 avril 2019.

Commentaires

  • Guillaume35, le 01/04/2019 à 21:18
    La non-maîtrise de 247 * 36 imputable aux programmes : c'est un poisson d'avril ? ! ou une lecture biaisée du Café pédagogique ?!
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