4 avril : Malgré les "bobards", ils sont encore dans la rue...  

Ils étaient nombreux à battre le pavé ce jeudi 4 avril à l’appel de sept syndicats de l’éducation (SNUipp-FSU, SNEP-FSU, SNES-FSU, SNUEP-FSU, FNEC-FP-FO, CGT Éduc’action et Sud Éducation). Des enseignants en colère. Il faut dire que les propos du ministre sur l’antenne de France info, « en démocratie, il est important que le débat soit basé sur des informations justes. Et, sur ces sujets-là, on a assisté à un festival de bobards toute la semaine dernière », n’appellent pas à l’apaisement. Des enseignants qui manifestent leur inquiétude.  « Cette loi, on ne la comprend pas. Tout est flou. Et, concrètement, notre quotidien se détériore. Nous avons des classes de plus en plus chargées. 29 élèves en maternelle, est-ce bien raisonnable ? Peut-on réellement mener des séances de langage ? Soyons réalistes… » poursuivent Ophélie, Anne et Françoise, ses collègues d’une école maternelle de Chatillon (92). Des enseignants qui n’hésiteront pas à redescendre dans la rue si le ministre ne cède pas.

 

Une loi qui porte le sceau Blanquer

 

Véronique, Directrice d’école élémentaire est venue avec toute son équipe. Il faut dire qu’à Épinay-Sous-Sénart (91), où elle enseigne, toutes les écoles sont fermées. Depuis le début du mouvement, elle assiste aux assemblées générales, aux manifestations ou aux diverses actions menées. Ce qui l’irrite le plus ? « On assiste à la destruction de l’école. Ce gouvernement veut faire des économies à tout prix. Et on s’en prend à l’école l’air de rien. C’est insupportable. Et puis, le projet de loi est si mal rédigé que le ministre peut déclarer que l’on ment tout comme nous pouvons déclarer la même chose. Tout est flou, et ce n’est pas innocent. On ne se laisse pas embobiner comme il aime à le dire, on sait lire. Tout dans cette loi est effrayant. Le regroupement des écoles primaires qui seront chapotées par le second degré. L’obligation de scolarité à partir de trois ans, très bien mais pourquoi un article de loi alors que c’est une réalité pour plus de 97% des élèves français ? La formation des enseignants, n’en parlons pas, c’est une catastrophe ! Finalement, il y a de moins en moins de candidats au concours de recrutement de professeurs, est-ce que ces mesures vont rendre le métier plus attractif ? J’ai des doutes. Et pour terminer, ce Ministre qui avait pourtant assuré ne pas vouloir de loi Blanquer nous en pond une où il n’est absolument pas question de pédagogie. C’est tout de même très inquiétant non ? Et sur la forme, c’est une loi qui passe en catimini, par petits amendements. Rien n’était annoncé, aucune concertation. Une loi sortie du chapeau ». 

 

« Des bobards ? », une expression qui passe mal

 

Patrice Roland, professeur de mathématiques à Vauréal (95), manifeste avec ses collègues et ils sont créatifs ! Ils sont venus avec un « épouvantail » crucifié portant comme slogan « Villani, Villani pourquoi m’as-tu abandonné ? » et beaucoup d’autres banderoles. Comme pour Véronique et Ophélie, les propos du Ministre passent mal. « Ils nous accusent d’être des ventilateurs à bobards – il semble aimer ce mot – alors que lui n’arrête pas de dire des mensonges comme cette fois-là où il expliquait sur une antenne radio que le choix des spécialités était réversible ».

 

Marine, elle, est une jeune enseignante de maternelle. C’est la quatrième fois qu’elle manifeste. « Je manifeste pour l’avenir de nos élèves mais aussi pour l’avenir de notre profession. Comment faire fonctionner une école sans un directeur sur site ? C’est tout simplement impensable. Il y aura toujours quelqu’un qui fera le travail, une sorte de référent. Mais qui ne sera plus payé comme un directeur. Et pour les élèves ? Je fais ce métier car je crois foncièrement en l’école, une école des possibles où il n’existe nulle discrimination et où on lutte contre les inégalités. Cette loi me semble aller dans un sens tout à fait contraire, avec une sorte d’ouverture à la concurrence école publique-école privée ».

 

Pédagogie ? Non économies !

 

Laurent, quant à lui, est professeur des écoles dans une école du vingtième arrondissement parisien. La mobilisation a commencé très tôt dans sa circonscription suite aux menaces proférées par l’inspectrice à l’encontre des enseignants refusant de faire remonter les résultats des évaluations nationales, qu’ils trouvaient totalement inadaptées. « Des enseignants de la circonscription qui n’ont pas franchement l’habitude de se mobiliser ont été tellement scandalisés qu’ils ont suivi le mouvement du 19 mars. Puis, lors des assemblées générales, on a discuté de la loi Blanquer, on a analysé tout cela. Petit à petit, on s’est collectivement organisés. Le mouvement s’est élargi aux enseignants du second degré mais aussi aux parents d’élèves. Aujourd’hui, nous sommes spécifiquement en grève contre la loi dite de la confiance. Drôle de nom du reste, comme la loi bienvenue en France qui augmente les frais d’inscription en université. Typique de la novlangue de ce gouvernement. Cette loi est écrite de telle façon qu’il est difficile de la détricoter, chaque article est un amendement et il renvoie donc au code de l’éducation. Alors, il y a les EPSF avec des directeurs qui ne ressembleront plus à ce que nous connaissons aujourd’hui. Le Ministre annonce que les conseils d’école seront consultés mais en aucun cas que leur avis sera déterminant. Selon lui, deux fils conducteurs. Des économies, avec 120 000 postes à récupérer, des AESH – aides aux élèves en situation de handicap – qui seront mutualisés pour plusieurs élèves au lieu de les suivre individuellement. Et, surtout, une mise au pas des enseignants, une volonté de tout diriger avec l’article 1 de la loi qui est si alambiqué qu’il laisse une porte ouverte à n’importe quelle interprétation. Mais aussi les directeurs des ESPE actuels, qui deviennent les INSP, et les membres du conseil d’évaluation, qui change aussi de nom pour devenir le CEE, qui seront nommés directement par le ministre ».

 

Des enseignants mobilisés qui ne lâcheront pas de sitôt… Ils prennent déjà rendez-vous pour le 9 mai et en attendant s’organisent localement pour interpeller les élus, tels que les sénateurs qui verront arriver le texte de loi devant le sénat en mai.

 

Lilia Ben Hamouda

 

Les raisons d'une grève

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Sur la grève du 9 mai

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Par fjarraud , le vendredi 05 avril 2019.

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