Ouverture sociale des grandes écoles : Des annonces bien floues 

"Ce projet, celui d'écoles d'excellence qui seraient accessibles aux élèves les plus méritants, c'est bel et bien le projet de la République". Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, Florence Parly, ministre des armées et Geneviève Darrieussecq , secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, ont présenté le 14 octobre leur plan pour favoriser l'ouverture sociale des grandes écoles. Un plan qui reste bien flou pour quatre raisons. D'abord parce que F. Vidal rejette l'idée de tout quota, parce qu'elle confie aux grandes écoles elles-mêmes la définition de l'effort qu'elles fourniraient, et aussi parce que rien n'est budgeté alors que la ministre elle-même estime que cette politique aurait un coût. Enfin ouvrir socialement les grandes écoles implique des programmes d'accompagnement dès le collège et le lycée, comme le dit F Vidal, et dans tous les cas dans les classes préparatoires. Voilà trois niveaux qui dépendent d'un autre ministre qui, le 14 octobre, n'était ni présent ni représenté...

 

Ghettos sociaux

 

Les plus remarquables de nos ghettos sociaux ce sont les grandes écoles. Selon F Vidal, le taux de boursiers se situe entre 11 et 19% , à comparer aux 38% de l'enseignement supérieur. Mais le taux de boursiers est un indicateur imparfait puisque les classes moyennes ont accès aux bourses à taux zéros. A Polytechnique, selon le site inegalités.fr, on compte 2 tiers d'enfants des classes supérieures et 1% d'enfants d'ouvriers. On trouve 7,2% d'enfants d'ouvriers dans les classes prépas, 5,6% dans les écoles d'ingénieurs et 3% dans les écoles normales supérieures. Au collège, les enfants d'ouvriers représentent un quart des élèves. En classes prépas il ne sont plus que 7%. Les inégalités sont aussi scolaires : dès le CE2, le quart des élèves les moins favorisés obtient des notes de  58 sur 100 en français et de 57 sur 100 en maths, contre respectivement 87 et 85 sur 100 pour le quart des élèves les plus favorisés socialement. Comme le remarque F Vidal, il y a un risque de coupure entre les élites et la nation dans une France "traversée de critiques envers ses élites".

 

Ouvrir les grandes écoles "à tous les horizons"

 

Le 14 octobre, 8 grandes écoles (4 ENS, Polytechnique et 3 écoles de commerce) ont remis leurs rapports sur "l'ouverture sociale des grandes écoles." C'était l'occasion pour F Vidal,  venue avec la ministre des armées, responsable de Polytechnique, pour annoncer un nouveau plan social gouvernemental pour ouvrir les grandes écoles. " Notre objectif, en lançant cette mission au mois de juin était simple : faire en sorte que les jeunes qui occuperont demain des responsabilités de premier plan dans le monde scientifique et intellectuel, dans les entreprises, ou encore ceux qui pourraient s’orienter, ultérieurement, vers des carrières publiques, proviennent effectivement de tous les horizons, de tous les milieux, de tous les territoires de notre pays", dit-elle.

 

Un nouveau comité de pilotage

 

La première annonce c'est la création d'un "comité de pilotage sur l'ouverture social de l'enseignement supérieur", réunissant les établissements, leurs organisations et les ministères. " Le comité aura pour mission d’affiner et d’adapter les propositions émises dans les rapports et se fixera un calendrier d’action rapide. Afin de faire évoluer l’ensemble de l’enseignement supérieur au-delà des seules grandes écoles, la démarche sera élargie aux filières universitaires (droit, médecine…)", annonce le ministère. Ce comité étudiera les propositions faites par les grandes écoles et les universités.

 

Des pistes d'action

 

F Vidal a présenté plusieurs propositions d'action. D'abord pour les concours existants "la possibilité d'introduire des bonifications pour les candidats boursiers" sans qu'on sache si elles varieront selon le taux de bourse. Ensuite " la possibilité d'étendre des voies d'admission parallèles au concours traditionnel", par exemple à destination des étudiants d'université. La ministre veut aussi qu'on explore l'accompagnement des classes préparatoires notamment en comblant les inégalités entre prépas de province et parisiennes. Elle souhaite aussi "amplifier les actions d'accompagnement à destination des lycéens, voire des collégiens". Enfin elle annonce "la prise en compte des aspects matériels" de la poursuite d'étude pour les élèves pauvres.

 

Mais sans moyens d'action...

 

Reste la méthode. F Vidal " fait le pari de l'intelligence des acteurs". Elle a demandé des rapports aux grandes écoles. Certes celles-ci se lamentent de "passer à coté de bons candidats" mais n'ont pas réellement agi face à l'entre-soi montant dans leurs établissements. Comment croire que ces établissements d'eux mêmes, par une sorte de don gratuit, vont changer leurs modes de fonctionnement et prendre le risque de s'adapter à de nouveaux profils de candidats ? La ministre demande aux grandes écoles d'atteindre le même pourcentage de boursiers que l'enseignement supérieur en 5 ans mais refuse d'imposer des quotas. "La façon dont les grandes écoles vont s'organiser relève de leurs responsabilités".  

 

La ministre sait que l'accompagnement des candidats d'origine modeste aura un cout. Mais elle se refuse à annoncer un budget. "On s'engage à ce que l'objectif soit atteint et on trouvera les moyens pour", dit-elle.

 

Absence remarquée de l'éducation nationale

 

Enfin toute politique de démocratisation du supérieur commence dès l'école. C'est là que les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires. Les écarts se creusent au collège. Après le collège l'accès aux différents lycées officialise les inégalités car il est connoté socialement. Et même entre lycées généraux, on sait bien qu'il y a des écarts de niveau énormes. Les études sur les classes préparatoires montrent d'ailleurs que c'est le choix du lycée qui pilote celui de la prépa qui ouvrira les portes des meilleures grandes écoles.

 

Les écoliers, les collégiens, les lycéens, les 69 000 élèves des prépas dépendent de l'éducation nationale. Or le ministre de l'éducation nationale est le grand absent de ce programme d'ouverture. Sans lui pas d'ouverture possible...

 

F Jarraud

 

Les inégalités dans le système éducatif

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 15 octobre 2019.

Commentaires

  • amorin, le 15/10/2019 à 09:18
    Comparer le taux de boursiers dans les ENS ou écoles d'ingénieur et dans l'enseignement supérieur, c'est gentil mais inadapté. Ces écoles vont de bac+2 à bac+5/6/7 alors que l'enseignement supérieur, BTS compris, commence à bac. L'échantillon étudié n'est pas le même et l'étude ne vaut rien. Comparons ce qui est comparable. Quel est le pourcentage de boursier en 3ème année de médecine, de pharmacie, de droit ? Qui évoque le ghetto pour ces formations qui drainent plus de monde que 4 ENS, X et 3 écoles de commerce.
    Les enfants d'ouvriers n'ont pas le même destin scolaire que les enfants de cadres ? Mais la norme en matière d'orientation en France au collège et au lycée, c'est le dernier mot aux parents. L'éducation Nationale peut proposer, suggérer, inciter, promouvoir, informer, inviter, recommander et elle doit le faire. Mais elle ne peut pas tout faire car elle n'est pas en droit de le faire. Il est loin le temps où l'instituteur recevait les parents d'un enfant méritant en leur disant "votre enfant a du potentiel et il va faire …" Donner le goût aux élèves, c'est une chose. Le donner aux parents ça en est une autre et pour ça il faut beaucoup de temps au professeur principal et il faut des parents réceptifs à la parole d'enseignants beaucoup moins bien considérés actuellement.
    Enfin la réforme du lycée et du baccalauréat vont avoir l'effet inverse de celui recherché ici. Avec un bac local, d'établissement, à la place d'un bac national, les stratégies personnelles des gens instruits vont fonctionner encore plus fort. Et toute mesurette dans le supérieur n'y pourra rien changer.

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