Tribune : Des hauts fonctionnaires du ministère dénoncent le projet réactionnaire de JM Blanquer 

"Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire". C'est un groupe d'une quinzaine de hauts fonctionnaires de ce même ministère (Dasen, inspecteurs généraux, cadres du ministère) qui nous a fait parvenir cette tribune. Les mentions de deux rapports internes non publiés de l'Inspection générale montre l'origine du texte. Ils dénoncent une "mise au pas" du ministère qui va des cadres aux enseignants de terrain astreints à suivre des guides pédagogiques. Plus que "l'aveuglement scientiste " de ce dernier, ils démontent les politiques menées par JM Blanquer depuis 2017. D'abord sur l'enseignement professionnel, officiellement "réévalué", alors que s'applique en fait un véritable hold up sur l'avenir des jeunes des lycées professionnels à qui on ferme toute perspective de poursuite d'études. Même logique pour les autres lycéens, engagés avec les E3C dans une course perpétuelle à la performance qui élimine les faibles. La "priorité au primaire", proclamée par JM Blanquer, est en fait la "priorité aux maternelles privées", favorisées par la loi Blanquer. Ainsi dénoncent-ils le "double discours permanent" de JM Blanquer "nourrissant une rhétorique d'une duplicité chronique". Pour les auteurs, attachés aux valeurs républicaines de l’École, la politique menée par JM Blanquer est profondément réactionnaire. Quelques jours après la tribune d'un haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale, ce nouveau texte témoigne du climat insupportable qui règne rue de Grenelle.


Nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés, inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l'administration centrale, sommes des témoins privilégiées et informés de la situation actuelle de l'école. Animer des équipes pédagogiques, diriger les services départementaux de l’Éducation nationale, piloter une circonscription, former des enseignants, enseigner les disciplines au programme, réfléchir à comment faire en sorte d'assurer au mieux la réussite de tous les élèves : tel est, depuis tant de temps pour les uns, moins longtemps pour d'autres, notre métier. Nous ne nous sentons pas partisans, et avons toujours été du côté des réformes quand celles-ci allaient dans le sens de l'amélioration des apprentissages et de l'épanouissement des élèves. L'esprit de chapelle nous est étranger et l'idée d'appartenir à un quelconque parti ou organisation qui nous aurait obligés à nous taire en cas de désaccord ne nous a jamais effleuré. Du reste, certains d'entre nous sont de « droite » et d'autres « de gauche » mais notre loyauté aux valeurs de l’École n’est d'aucun bord, elle est quotidienne. Et nous nous efforçons, au jour le jour, de la défendre et de la faire vivre de notre mieux.


Or aujourd'hui, nous ne pouvons plus nous taire. Au-delà même de la gestion chaotique du Covid 19 dans les écoles, au-delà, dans ce contexte complexe, des propos du ministre contradictoires, évasifs, ou immédiatement infirmés par le Premier ministre, nous considérons que ce serait une faute éthique et politique. Qu'observons-nous bien plus précisément que les journalistes, même les plus aguerris, n'écrivent ?


Nous voyons tout d'abord un immense mensonge.


En prétendant construire une école de la Confiance, le ministre et son Cabinet instaure un authentique climat de défiance. Dans ce climat aux ordres, le Cabinet ministériel manie contrôles, censures, dans un management autoritaire, fondé sur la suspicion, la menace, le verrouillage de toute expression qui ne serait pas « dans la ligne ». Les recteurs et les Directeurs académiques convoqués pour une grand messe qui nie leur marge d'autonomie et d'expertise. Ces procédés sont inédits, jamais vus à ce niveau dans l’École de la République ; les cadres que nous sommes les constatons, et les déplorons, soucieux que nous demeurons de ne pas confondre loyauté et soumission, conscience professionnelle et obéissance aveugle.


Les cadres que nous sommes y voient se déployer sans retenue, un double discours permanent, nourrissant une rhétorique d'une duplicité chronique  : cela passe par l'affirmation d'une priorité accordée au primaire, notamment dans la politique dite des fondamentaux et du dédoublement des classes (GS, CP et CE1), mais dans le même temps une relégation d'autres mesures parmi les plus efficaces (comme « plus de maîtres que de classes) au profit de dispositifs dont aucune étude ne permet à ce jour de mesurer l'efficacité réelle sur les apprentissages des élèves. Le seul juge de paix étant le ressenti du Ministre disant que tout va mieux là où aucun indicateur fiable ne peut le confirmer. L'affichage d'un discours sur l'Excellence en voie professionnelle est brandie alors que dans le même temps s'opère une dilution de la voie professionnelle publique sous statut scolaire en vue d'une disparition progressive du lycée professionnel mis en concurrence avec des organismes de formation privés et l'apprentissage. En voie générale des lycées, la réforme du Bac a montré son impréparation et aussi le fait que les élèves les mieux dotés socialement seraient, là encore, les plus à l'aise.


Mise au pas


Ce n'est pas seulement la liberté pédagogique des enseignants qui est mise à mal, mais aussi la liberté de pensée d'une Institution toute entière mise au pas. La liste serait longue, à la Prévert (mais malheureusement moins réjouissante) :  des enseignants à qui l'on distribue des « guides », au mépris de leur expertise, des inspecteurs du premier degré que l'on veut caporaliser, dont on réduit les missions à des fonctions de contrôle, des inspecteurs du second degré sommés de relayer des injonctions paradoxales, et de nier la réalité des difficultés de mise en œuvre sur le terrain, une Inspection générale de plus en plus technocratisée, réduite au contrôle et dépossédée de sa fonction d'expertise, des chercheurs en sciences de l'éducation, en sciences humaines et sociales que l'on stigmatise, ostracise, voire excommunie du débat d'idées inhérent à tout système éducatif dans un État de droit, des instances d'évaluation que l'on met au pas, voire que l'on remplace pour que le Ministre ne puisse disposer que des évaluations abondant dans le sens des réformes du ministère.


Ce sont encore des fonctionnaires et hauts-fonctionnaires purement et simplement dépossédés de leurs dossiers d'expertise au profit de technocrates plus soucieux de leur intérêt de carrière à court terme que de la qualité du service rendu compte tenu, au choix, de leur inexpérience ou de leur incompétence. Ou d'autres encore qui sans conscience ou par idéologie, peuvent enfin donner libre cours à leur autoritarisme spontané.


Les enseignants du premier degré sont quant à eux renvoyés à un statut de simple exécutants, suspendus à des préconisations d'une neuroscience devenue toute puissante et intolérante aux autres sciences de l'éducation. Des inspecteurs territoriaux deviennent contraints de surveiller et obligés de se faire, eux-mêmes et à leur corps défendant, des exécutants aux ordres, malgré leur ressentiment, malgré parfois leur honte (une phrase revient souvent dans toutes les académies, à presque tous les postes sans que le Cabinet n'en ait cure : « jusqu'où pourrons-nous nous regarder dans la glace le matin ?  » ; « nous avons l'impression de nous renier nous-mêmes », etc.). Les agents publics sont amenés à faire passer les réformes venues d'en haut, au mépris même de leur autonomie et de leur conceptions éducatives. 


Scientisme


Nous, cadres, observons également un aveuglement scientiste : le Ministre, dès son arrivée rue de Grenelle, a voulu donner une caution scientifique colorée de modernité à ce qui ne relève que de mesures idéologiques marquées dans les faits du sceau d'une pensée conservatrice et néolibérale sommaire. L'installation, sous la houlette directe du ministère et au détriment d'instances existantes d'évaluation du système scolaire, du Conseil Scientifique de l’Éducation nationale en témoigne. Ici, ne règne qu'une vision de la recherche cognitive, sans la didactique, sans les sciences de l'éducation, ni la sociologie de l'école. « Tout se joue dans le cerveau » dit le ministre. Vive l'imagerie du cerveau. À bas les 100 ans de recherches pluridisciplinaires sur l'école ! La communication ministérielle est formelle, en laissant croire que la simple « remédiation »  technique, fondée sur des procédures et des protocoles, sur du « pilotage par les preuves » suite à des tests de positionnement pourra vaincre la difficulté scolaire. Les neurosciences (et encore, une école particulière) sont érigées au rang de nouvelle doctrine pédagogique au détriment du savoir-faire des enseignants et des personnels d'encadrement de terrain ; elles se substituent ainsi à la compréhension des enjeux culturels, sociaux et cognitifs des apprentissages scolaires. Le numérique éducatif, alpha et oméga de la pensée pédagogique actuelle, sert de cheval de Troie pour infiltrer les pratiques pédagogiques et offrir l'échec scolaire en marché aux éditeurs numériques et opérateurs privés. Les annonces récentes du Ministre au moment du déconfinement sur l'importance future de l'enseignement à distance vont bien dans ce sens. L'invasion des soft skills issues de l'idéologie néolibérale, reprenant les théories béhavioristes les plus éculées, contaminent le champ éducatif comme nouveau modèle de compétences centré sur l'individu au détriment des valeurs du collectif. Un détournement des thématiques de la personnalisation, de l'individualisation vient achever le travail en faisant porter sur les individus et non plus sur le collectif et les choix politiques la réussite des personnes ou de leur propre échec dans le système. 


Un projet réactionnaire


Nous contemplons aussi, atterrés au quotidien, des mesures dites « pour la justice sociale » qui ne font qu'augmenter les inégalités sociales devant l'école.


En voie générale, sous le prétexte de l'exigence et du rehaussement du niveau, le ministre rétablit une culture élitiste qui trie, hiérarchise et sélectionne les élèves, mettant en place la compétition de tous et l'élimination des plus faibles au fur et à mesure du cursus scolaire. La réforme du Bac soumet les familles à une carte des enseignements de spécialités créant des inégalités territoriales de fait. Les E3C soumettent à une pression certificative permanente les élèves et leurs enseignants; dénoncées par les Chefs d'établissement et par une note interne de l'Inspection générale, perturbées dans plusieurs établissements, générant anxiété des élèves, pression permanente de tous et difficultés de mise en œuvre, ces épreuves ne servent que des logiques évaluatives au détriment des logiques de formation.


En voie professionnelle, alors qu'une large part du projet de démocratisation de l’École a reposé sur l'accès de ces élèves à l'enseignement supérieur, les bacheliers professionnels ont été dépossédés à bas bruit des disciplines de l'enseignement général par une baisse drastique des horaires, ce qui leur interdit désormais tout projet de poursuites d'études. Cette saignée horaire des disciplines générales en lycée professionnel, dénoncée par les enseignants comme on crie dans le désert, attente aussi à un enseignement émancipateur, levier majeur de l'intégration des élèves issus des milieux populaires. Cette politique consiste, de fait, à séparer les LP du paysage scolaire français en les arrimant au monde de l'entreprise et à une vision surannée et irréelle de l'apprentissage.


Dans le primaire et au collège, la liste est longue  encore des entorses à notre Pacte républicain autour de l’École : une priorisation accordée à la maternelle privée (avec l'obligation scolaire à 3 ans) quand les maternelles publiques manquent de moyens ; une instrumentalisation de la thématique de l'échec scolaire pour rogner sur les moyens attribués à l’Éducation prioritaire (dont le nom même s'efface du portail internet du ministère) ; l'abandon de la dimension pédagogique de l’Éducation Prioritaire se faisant, au profit du thème, politiquement fort, de la ruralité. Nous dénonçons, en tant qu'acteurs de terrain et pilotes de ces réseaux, le détricotage progressif de cette politique œuvrant depuis des années à comprendre et à agir sur les difficultés des élèves les plus éloignés de l’École.


Éducation à la citoyenneté et laïcité dévoyés


Et pour aggraver encore le constat, le Ministre a choisi une mise en scène d'un  traitement « sage » de la question de la laïcité scolaire tout en nommant un Conseil des Sages composé de membres dont certains sont très nerveux sur ces questions sensibles, contribuant ainsi à une irresponsable hystérisation du débat médiatique sur l'islam. Ce principe de laïcité scolaire, auquel nous tenons tant, se dit parfois au mépris de la loi, par le Ministre lui-même. À ce titre, l'instrumentalisation de la laïcité à des fins politiques, est  heureusement contrôlée par les acteurs de terrain que nous sommes et... le Premier ministre lui-même au sujet des mamans accompagnatrices. Une instrumentalisation qui s'étend aussi aux questions liées aux banlieues, et au mépris des travaux existants. Mais il est vrai qu'il s'agit souvent de travaux sociologiques que le ministre renvoie, d'une formule de slogan, à des bourdieuseries sans intérêt et fausses.


Pourtant, le Ministre se voulait offensif sur la question de la citoyenneté : n'a-t-il pas annoncé un ajout au tryptique républicain : Liberté, égalité, fraternité et Respecter autrui ? Il s'agit là encore de l'énonciation d'une formule (« respecter autrui ») dont, nous, acteurs de terrain situés à tous les échelons de l'Institution, pouvons certifier du fait qu'aucune action ne vient appuyer cette intention, réduite à une formule d'affichage réservée à la communication médiatique ministérielle. Le Conseil Supérieur des Programmes a consciencieusement vidé de sa substance pédagogique l'enseignement moral et civique (EMC) par un ajustement de ces programmes deux ans à peine après sa mise en place. Verrouillage, contrôle et reprise en main sont là aussi à l'ordre du jour. De même, rien ne vient favoriser les formations d'enseignants sur ce « respecter autrui » dont l'exemple le plus net est la formation statutaire des enseignants du premier degré qui, cantonnés aux « fondamentaux » que seraient le français et les mathématiques, évacue tous les domaines de la culture (tant scientifique, humaniste, artistique, historique que géographique). La formation statutaire des cadres suit le même chemin dans un Institut (l'IH2EF) dévolu désormais uniquement à la passation des consignes ministérielles. Le ministère ferait bien d'initier dans ses logiques quotidiennes ce « respecter autrui » si absent de ses propres fonctionnements, comme un rapport de l'Inspection générale vient de le pointer, notamment au sujet de l'organisation interne de la rue de Grenelle et de la Dgesco en particulier.


Nous, cadres de l’Éducation nationale, confondus par la situation faite à l’École de la République, ne pouvons nous résoudre à cet état de fait et prenons la responsabilité d'écrire ici pour, qu'au moins, nous puissions nous regarder en face et nous dire que nous avons prévenu du tournant qu'avait pris l’École. Car au-delà de telle ou telle mesure, c'est bien la philosophie d'ensemble qui vient heurter nos valeurs. La culture ministérielle actuelle est éloignée, de fait, de la culture professionnelle enseignante et de terrain. Le Ministre entend aujourd'hui piloter de façon autoritaire des réformes sans construire l'adhésion des enseignants et sans prendre en compte l'expertise des personnels d'encadrement. Symptomatiquement, la loi « pour l'école de la confiance » couvre de facto une politique de la défiance inédite à l'égard du pédagogique. Le plus grave est là. Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire. Le terrifiant verrouillage en cours du débat démocratique sur les enjeux et les finalités d'une École pour tous ne se fera pas avec notre contribution car nous ne voulons pas, nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés,  inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l'administration centrale, trahir l’École de la République et ses idéaux.


Groupe Grenelle


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Par fjarraud , le jeudi 14 mai 2020.

Commentaires

  • chess, le 18/05/2020 à 11:03
    Un pouvoir Jacobin et méprisant, qui décide de tout de façon autoritaire et centralisée, c'est la marque de fabrique du Macronisme, dans la santé comme dans l'éducation.

    Donc que des hauts fonctionnaires soient légitimement remontés contre leur perte de pouvoir et d'autonomie, il n'y a rien d'étonnant à cela.

    Maintenant est-ce pour défendre leur pré carré ou pour réellement défendre l'intérêt général ?
    Je ne suis pas convaincu par ce texte.

    Ce qui me gêne le plus c'est que les 3/4 du texte sont consacrés aux guerres de pouvoir internes au ministère et le reste à des querelles de pédagogie et d'évaluation, c'est quand même très secondaire.
    Ces hauts fonctionnaires sont trop auto-centrés sur leurs petits problèmes pour prétendre représenter l'intérêt général.

    Et pas un mot sur l'enseignement des sciences, sur l'attractivité (les profs de sciences peuvent faire plein d'autres choses qu'enseigner), sur le niveau de recrutement en baisse, sur les horaires y-compris dans les filières scientifiques, sur le manque de places dans les filières en tension comme les IUT (pourtant plébiscités par les élèves et les employeurs), tout ça hypothèque l'avenir de la France à un tout autre niveau.

  • Thomas Rataud, le 17/05/2020 à 00:07

    Il est assez rassurant que les réactions à cette tribune, réactions qui pour la plupart en soulignent le caractère bienvenu, s'étonnent aussi de sa relative confusion.

    On pourrait encore souhaiter qu'elle ne fût pas anonyme mais s'il est vrai, comme le remarque Pierre Zimmer, que ses auteurs n'avaient pas à craindre d'être embastillés, on se doute tout de même que les locaux du ministère possèdent un nombre important de placards.

    En revanche, un point qui me semble, dans cette tribune comme ailleurs bien souvent, négligé est l'écart entre la politique conduite par M. Blanquer et l'apport que nous pourrions attendre du Conseil scientifique. 

    On a pu constater récemment à quel point le ministre pouvait, lorsque cela l'arrange, se libérer des avis de la science. Ce n'est pas une nouveauté.

    A-t-on assez remarqué l'alliance curieuse qui se nouait à la toute fin de la plaquette célébrant l'installation dudit Conseil ?

    S'y succédaient, excusez du peu, trois pensées d'auteurs plus ou moins considérables : Montaigne, Edgar Morin et Jean-Michel Blanquer.

    Nonobstant la flatterie qui s'y manifestait, il est permis de se demander ce que les membres du Conseil avaient pu penser de ce patronage qui leur était échu in extremis.

    Plus que le scientisme, ce qui paraît néfaste c'est la confusion du cadre conceptuel où M. Blanquer affecte de loger ses actions.

    Et l'on ne devrait pas, à mon sens, aller aussi vite en besogne que le fait cette tribune, ignorant la diversité des disciplines qui s'expriment dans le Conseil scientifique et repoussant le type de rigueur que ses membres promeuvent.  Ni les travaux de Mme Bianco, ni ceux de M. Fayol, ni ceux de Mme Pasquinelli, pour n'en citer que quelques-uns, ne sont des rejetons béats des neurosciences et n'ont vocation à servir on ne sait quelle idéologie.

    Les indices n'ont pas manqué pourtant de divergences entre ce que proclame M. Blanquer et ce que tel membre du Conseil indique, au moins à titre personnel, de l'usage qui pourrait être fait de leurs travaux. Un exemple assez clair est le texte que Franck Ramus avait publié sur son blog au sujet des évaluations nationales. Un second, la surprise que d'autres membres du conseil avaient confiée à la parution du Guide orange. Un troisième, l'effort constant du même Franck Ramus pour mettre à la disposition des enseignants des sources d'information qui s'accompagnent toujours d'un plaidoyer pour la réflexion critique. On déduirait sans beaucoup de peine de leur lecture l'inadéquation de la manière dont le ministère cherche à nous en inculquer les éléments  aux conditions réelles de leur efficacité.

    C'est d'ailleurs ce qui pourrait nuancer le point de vue de Ragtel (que je ne lis pas de la même manière que Patrimonio) : l'expertise de M. Blanquer en matière de trompe-l'œil est indéniable. Y découvrir ce que sa politique cherche à servir, ambition personnelle mise à part, est plus douteux. Mais ce n'est probablement pas quelque chose que les élections - pas la sienne - qui l'ont porté où il est légitiment tout à fait.


  • fovoir, le 16/05/2020 à 19:44
    Bon, il y a de l'espoir, étant donné le nombre de réactions à ce texte !
    Maintenant, si c'est comme pour le personnel soignant, on applaudit pendant le confinement, mais après ????
    Les enseignants sont déjà soumis, JMB passe à l'étape supérieure, l'oligarchie ministérielle, normal, il procède par étape sans qu'il y ait de la vrai résistance, pourquoi se priver ? (sans jeu de mots !!!)
  • gailleo, le 16/05/2020 à 16:07
    Je partage un certain nombre de constats présentés dans ce texte.
    Je regrette qu'il reste très général, bien trop partisan, et pour tout dire assez vague quant aux revendication exprimées.
    J'aurais espéré de la part de cadres de l'éducation nationale qu'ils présentent des éléments concrets et
    objectifs que leurs situations respectives devraient leur permettre de formuler.
    Et surtout, puisqu'ils prétendent "prendre leurs responsabilités", qu'ils le signent !
    D'autant qu'une quinzaine de personnes représentent 0,5 % des personnels d'inspection.

    Bon courage à toutes et tous.
  • DrHouse5, le 16/05/2020 à 14:07
    Bien évidemment on ne peut que se réjouir de voir des "hauts fonctionnaires" réagir énergiquement à la destruction de l'école publique, bravo.
    Cependant que faisaient-ils toutes ces années, alors que nous, professeurs, nous les vrais professionnels de l'enseignement, alertons et hurlons depuis au moins 20 ans contre ces attaques répétées de tous les gouvernements contre les services publics ?
    Pourquoi nos appels au secours n'ont-ils jamais été ni entendus ni soutenus par ces "hauts fonctionnaires" ? Est-ce parce qu'ils nous considèrent comme des "bas fonctionnaires", dont la voix n'est pas digne de leur intérêt ?
    Pourquoi s'érigent-ils en spécialistes et experts de l'enseignement, alors qu'ils ne sont que des gestionnaires sans aucune compétence en pédagogie ?
     
    Bref, tant mieux s'ils se rendent compte finalement que nous avons raison, et peut-être que ça leur permettra pour une fois de travailler avec nous, et non pas contre nous.
  • Patrimonio, le 16/05/2020 à 11:34

    Il est indéniable que le pilotage de l’Education nationale par M. Blanquer soit autocratique. Il suffit de voir dans quelle situation ubuesque, voire perverse, se retrouvent les IPR, chefs d’établissement et professeurs de lettres : ils sont suspendus aux lèvres du ministre, attendant de savoir s’il maintient ou non les oraux du bac de français, « car tel est notre bon plaisir. »

    Pour autant, Ragtel a raison : cette querelle d’influence entre les pédagogistes et prétendus experts en sciences de l’éducation d’une part, et les idolâtres du numérique et des sciences cognitives d’autre part, laisse de marbre les vrais experts de l’Éducation nationale que sont les enseignants. Eux ne fantasment pas l’École, ils la vivent, et ils s’épuisent bien souvent à compenser ou réparer les sottises élaborées dans les salons lambrissés de la rue de Grenelle. Cela fait quarante ans qu’ils subissent les élucubrations des uns et des autres, qui se traduisent par des programmes infaisables, à mener au pas de charge car il faut complaire à chaque chapelle ; ou par des épreuves « usines à gaz » comme l’oral de français, tiens, puisqu’on en parlait : cinq exercices différents à évaluer en vingt minutes !

    Alors, franchement, ces chamailleries entre Vadius et Trissotin … elles n’agitent vraiment en clameurs ineffables que des sphères éthérées. D’ailleurs cela fait bien longtemps que, mis à part les professeurs débutants, peut-être, elles ne recueillent que l’indifférence. Tant qu’ils s’entredévorent, ils ne sont pas occupés à pourrir la vie des enseignants avec leurs injonctions contradictoires, c’est toujours cela de gagné.

    « Nous, cadres … » :  même si cette formule rappelle malencontreusement un certain « Moi Président … », les membres de cet énigmatique « groupe Grenelle » semblent se souvenir que les professeurs sont aussi cadres catégorie A de la Fonction publique. Cela n'empêche pas ces derniers de se faire éreinter régulièrement par leurs réformes toutes plus délétères et absurdes les unes que les autres !

    Enfin, les signataires de cette tribune semblent regretter que les enseignants aient été privés de toute liberté pédagogique. C’est vrai, incontestablement. Ainsi, dans les nouveaux programmes du lycée, les œuvres sont désormais imposées aux professeurs de Lettres.  Mais ôtez-moi d’un doute : il y avait bien des Inspecteurs généraux au sein des « comités d’experts » ayant élaboré ces programmes de la réforme du lycée de 2019. Pourquoi n’ont-ils pas bougé le petit doigt, et empêché ce qu’à présent ils déplorent ?

    Comment, dès lors, les enseignants, les élèves et leurs parents pourraient-ils et voudraient-ils trier l’ivraie du bon grain entre les hauts fonctionnaires à l’origine de cette contestation et ceux qu’ils appellent les « technocrates », les cadres administratifs qui, c’est vrai, font désormais la loi dans le domaine de l’Éducation comme dans celui de la Santé, ou d’autres ?

    Que les uns et les autres soient mis en face de classes, appliquent leurs programmes extravagants et corrigent les copies qui résultent de leurs chimères ; et on reparlera de tout cela ?

  • llalie, le 15/05/2020 à 21:39
    Cet article n'est pas visible ailleurs qu'ici?
  • Pierre Zimmer, le 15/05/2020 à 12:39
    Quand on est si nombreux à rédiger cette tribune venant d'échelons si divers de l'EN, qu'est-ce qui empêche de la signer ? Je veux bien qu'on ait un ministre autoritaire, mais on ne se fait pas encore chercher par la police au lever du soleil quand on le critique.

    Sur le texte lui-même, il me paraît souvent confus et trop souvent allusif, l'excellent paragraphe sur le scientisme mis à part (rédigé apparemment avec une plume plus efficace). Comment tant de gens supposés rompus à l'argumentation et à la rédaction peuvent-ils publier un texte aussi indigeste ?

    Il peut être utile de rajouter que je partage beaucoup des jugements formulés dans ce texte. Mais je ne vais pas m'émouvoir du sort d'inspecteurs qui seraient, avec ce ministre, mis sous pression : ils ne l'ont pas attendu pour dispenser une doctrine avec la même conviction qu'ils ont mise une ou deux années plus tard à la dynamiter. Les inspecteurs sont, pour la plupart, des roseaux : ils plient et ne rompent pas.

    Et pour terminer, j'ai beaucoup de mal avec la notion de "culture élitiste". Que l'école mette les élèves en contact avec les plus hautes productions de la culture me paraît, au contraire, très républicain.
  • Dialba, le 15/05/2020 à 01:48
    Merci pour ce texte qui pour une fois révèle enfin un mal-être même parmi les plus hauts cadres. Il serait très intéressant de savoir qui sont les signataires et surtout leur nombre.... Quel est ce groupe Grenelle?
  • Fred A, le 14/05/2020 à 23:36
    Merci aux auteurs de cette tribune. Il est rassurant de voir qu'il n'y a pas que des exécutants à un niveau si haut. Dommage que cette réaction arrive si tard, ole processus de  destruction est déjà bien enclenché, tant pour les élèves que pour les personnels que pour les principes communs de l'école républicaine. 
  • ragtel, le 14/05/2020 à 19:20
    Cette tribune donne le sentiment qu'une partie de la technostructure du Ministère de l'Education Nationale dénonce le fait qu'elle ait perdu son pouvoir de décision face à un ministre qui connaît bien la maison, et entend imposer sa politique en s'appuyant exclusivement sur son cabinet.

    C'est sûr que c'est à peu près le contraire du fonctionnement habituel du Ministère et que cela doit leur faire bizarre. 

    D'un autre côté, c'est pour cela que l'on élit, en démocratie, des hommes politiques : pour qu'ils mettent en oeuvre un projet, et qu'ils en soient responsables. Pas pour être les portes paroles de hauts fonctionnaires qui déterminent une politique qu'ils n'assument pas. 
  • safran034, le 14/05/2020 à 17:01
    Bonjour,
    Connaît-on la liste des signataires de cette tribune ?
    Merci !
  • Patmo001, le 14/05/2020 à 12:22
    Merci pour ce texte fort et argumenté. Il y a longtemps qu'on attendait un "signe de vie" de cadres et dirigeants qui ne pouvaient pas être tous sans exceptions alignés sur cette politique idéologique, absurde, mortifère, que nous "gens du terrain" avons perçu et ressenti dès septembre 2017... Mais encore fallait-il le courage de l'exprimer. Vous l'avez eu, soyez en encore une fois remerciés. Il reste maintenant à sortir de ce bourbier. JMB plus faible que jamais (mais attention à l'animal blessé) dans un système en déshérence peut laisser percevoir une petite lumière au bout de ce tunnel. Mais c'est groupés, avec les ressources de tous, les intelligences collectives,  que nous  y parviendrons et pas en rang derrière un (ou plusieurs) supposés chefs.
  • zailos, le 14/05/2020 à 11:57
    Bonjour
    serait-il possible avec un lien d'avoir accès au texte original?
    Merci

    • fjarraud, le 14/05/2020 à 12:12
      c'est le texte original exclusif dans le café
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