Macron règle leur compte aux enseignants 

"Vous avez des enseignants qui pendant le covid se sont occupés des élèves  et des enseignants qui ont disparu... Dans une école on va avoir un professeur qui va changer les résultats des élèves et un autre non". Emmanuel Macron n'a pas épargné les enseignants lors de la présentation de son programme. S'il est réélu, il proposera de nouveaux contrats aux enseignants avec une rémunération au mérite, sous la surveillance des parents qui auront les évaluations de chaque classe. La révolution libérale de l'Ecole, à l'anglaise, annoncée à Marseille sera mise en oeuvre par E Macron s'il est élu. Le candidat président compte sur les parents pour l'aider à l'imposer.

 

Comme revalorisation, la paye au mérite

 

"Nous sommes à un moment de bascule où nous pouvons changer les choses". C'est la conviction exprimée par Emmanuel Macron le 17 mars. Après avoir laché quelques pistes dans les médias ces jours derniers, E Macron a présenté le programme de son deuxième quinquennat. Apparemment sur d'être réélu, il a décidé de pousser ses réformes jusqu'au bout.

 

Pour l'Ecole, E Macron veut "changer de méthode" pour aller plus vite. La justification donnée est la lutte contre les inégalités sociales. E Macron ne veut pas lutter contre leurs effets mais les prévenir. Et pour cela changer l'Ecole en profondeur.

 

Commençons par les enseignants. "On va augmenter leur rémunération mais avec de nouvelles missions" , prévient le candidat. Ces nouvelles missions sont énumérées. "On propose un pacte aux enseignants : on vous demande de nouvelles missions qu'on est prêts à mieux payer comme le remplacement des profs absents, ça doit être une obligation, le suivi individualisé des élèves, l'accompagnement sur le temps périscolaire. Pour les enseignants en place je propose un nouveau contrat. On augmente leur rémunération s'ils sont prêts à changer leur organisation. Toutes les nouvelles embauches sont sur la base de ces nouveaux contrats", explique E Macron. "On va payer mieux ceux qui sont prêts à faire plus d'efforts".

 

"La revalorisation nationale compte tenu de la masse salariale, n'est pas la plus efficace", explique t-il. "On ne va donc pas payer les professeurs de façon uniforme dans le pays". E Macron l'avait d'ailleurs déjà annoncé.

 

E Macron enfonce le clou encore un peu plus. "J'assume plusieurs systèmes de rémunération car ils (les enseignants) ne font pas tous la même chose. Vous avez des enseignants qui pendant le covid se sont occupés de leurs élèves et des enseignants qui ont disparu".

 

Des concertations locales

 

Pas question de mettre cela en place nationalement. E Macron envisage des concertations locales. Le candidat président souhaite éviter une concertation nationale où les syndicats seraient représentés."Au niveau national on définit un cahier des charges, des objectifs et des leviers. Et on renvoie au local. La réforme ne sera pas la même dans les quartiers nord de Marseille, à Troyes et dans les Hautes Alpes. On garde des examens nationaux, on a des leviers, des crédits et on donne la liberté aux acteurs locaux. Nos élus y joueront un rôle".

 

Les parents contre les profs

 

Les parents aussi. Car E Macron annonce qu'il publiera les résultats aux évaluations de chaque classe. "On sait bien que dans une école on va avoir un professeur qui va changer les résultats des élèves et un autre non. On doit se donner les moyens de le mesurer. Cette transparence est bonne. Je veux la généraliser. Comme cela on pourra aussi comparer les méthodes pédagogiques", dit Emmanuel Macron. Il ajoute : "ça ne va pas plaire à tout le monde"...

 

Des chefs d'établissement managers

 

Les chefs d'établissements et les directeurs seront aussi de la partie. "Je veux que les directeurs aient la possibilité de récuser des profils et participent à la décision", dit E Macron. "Il ajoute : "Cela permettra de luter contre l'absentéisme. Si un directeur veut porter un projet pédagogique, il est légitime qu'il ait une équipe qui adhère à ce projet. Donc je veux lui donner plus de liberté", dit E Macron. Le thème de l'absentéisme des enseignants revient une seconde fois à propos des quartiers nord de Marseille où "l'absentéisme est important car il n'y a pas de motivation, on adhère pas au projet pédagogique".

 

Tout cela pour combien ?

 

Mais alors il va donner quoi pour que les enseignants fassent tout cela ? E Macron a chiffré sa réforme de l'Ecole. 12 milliards sont inscrits pour le quiquennat. Dont 6 milliards pour la rémunération des enseignants. Cela semble beaucoup plus que les 400 millions de JM Blanquer pour 2022. Mais tout est dans la façon de compter. Si vous comptez large, cela représenterait 100€ de plus par mois pour le million d'enseignants. Mais comme la rémunération va être à la tête du client, certains auront rien, d'autres peut être plus. Si vous comptez "à la Blanquer", cela ne représente que 400 millions chaque année, cumulés sur 5 ans. C'est pas impossible qu'il faille compter ainsi. Et là chacun voit ce que représente la revalorisation, même quand on fait partie des bénéficiaires...

 

La réforme des retraites

 

Et ce n'est pas fini. Parce qu'Emmanuel Macron va aussi réformer les retraites. L'âge légal de départ à la retraite sera repoussé à 65 ans. E Macron promet de prendre en compte les carrières longues et la pénibilité. Mais cela ne concernera pas les enseignants. Compte tenu de la durée des études, pour avoir une retraite complète ils devront sans doute partir très tard. Ajoutons que la grille actuelle,  qui prévoit une hausse salariale en fin de carrière ne plait pas à E Macron.

 

Et celle des LP

 

E Macron n'a pas parlé de réformer le collège, comme JM Blanquer l'avait laissé entendre. Par contre il veut réformer le lycée professionnel. "On va planifier les besoins de compétences en les territorialisant et faire évoluer l'offre de formation", explique t-il. Les lycées professionnels seront davantage ouverts à l'apprentissage et aux entreprises locales. "ON va changer la logique des formations".

 

Dernier point du programme qui concerne l'éducation. E Macron veut généraliser le SNU dans le cadre d'une remobilisation du pays.

 

Déjà vu

 

A la fin du discours de Macron, on est pris entre plusieurs sentiments. Le premier c'est le déjà vu. Tout ce qu'annonce Macron a déjà été envisagé par Nicolas Sarkozy. Par exemple on sait, depuis un article de la Depp, que c'est N Sarkozy qui a eu l'idée des évaluations nationales pour permettre d'identifier le mérite de chaque enseignant. Et c'est le dgesco de l'époque, JM Blanquer qui a (maladroitement) réalisé ces évaluations. Par contre c'est sous Chirac que G de Robien avait eu la bonne idée de jeter les parents sur les professeurs à propos des méthodes de lecture. Son directeur adjoint de cabinet était JM Blanquer.

 

Populisme

 

Le deuxième sentiment c'est le manque de sérieux de ces propositions. Les résultats des élèves aux évaluations ne permettent absolument pas de savoir si le professeur "travaille" ou pas. Il dépend des élèves eux mêmes et de leurs caractéristiques. Dans les états américains où le salaire des enseignants était indexé aux résultats, on a vite vu ceux ci se redresser. En effet les enseignants ont vite compris qu'il fallait avant tout travailler les tests, pas le programme et encore moins les disciplines non évaluées. Et là où ça ne marchait pas suffisemment bien il sont arrangé les résultats...

 

L'idée de rendre les remplacements obligatoires va séduire les parents. Mais elle est elle aussi totalement inefficace. Dans le premier degré les élèves du maitre absent sont répartis entre les classes. Les professeurs ne sont pas payés pour cela et je doute qu'ils le soient à l'avenir. Dans le second degré on ne peut pas remplacer au pied levé un professeur absent. On peut faire une garderie ce qui n'est pas du tout la même chose. Pour les remplacements de longue durée c'est plus envisageable mais ce serait alors surtout un moyen de supprimer des postes de remplaçants , pas d'aider les élèves.

 

Globalement demander aux enseignants de travailler plus pour gagner un peu plus ignore totalement la réalité du travail enseignant. Les enseignants ont déjà des semaines très chargées, même si une grosse partie de leur travail est invisible.

 

Demander aux chefs d'établissement et aux directeurs de recruter les enseignants n'est pas plus réaliste. Il ne suffit pas qu'il y ait des postes à profil pour qu'ils soient pourvus, on en a déjà fait l'expérience. Et il semble que les intéressés aient déjà eux aussi pas mal d'occupation et de responsabilités.

 

On voit qu'Emmanuel Macron a réuni toutes les idées qui  trainent à droite pour proposer un programme populiste reposant sur l'opposition entre les parents et les enseignants. Même si dresser les uns contre les autres est le pire qui puisse arriver aux élèves.

 

Et vraie réforme

 

Mais on ne peut écarter un dernier sentiment. Ce programme a été appliqué ailleurs. On l'a vu aux Etats Unis, où il est passé de mode. On le voit en Angleterre. C'est celui du nouveau management public qui, sous des prétextes divers, casse les statuts et met les établissements en concurrence ouverte. Cette révolution libérale se fiat toujours au détriment des familles défavorisées et des enseignants. Ainsi en Europe, si ce mangement a echoué en Angleterre, c'est encore le grand pays d'Europe de l'ouest où les enseignants font le plus d'heures pour le salaire le plus bas. Aussi on aura intérêt à considérer ces propos d'E Macron comme un vrai programme. Qu'il mettra en oeuvre s'il est élu avec tout le poids que donne la légitimité issue des urnes.

 

François Jarraud

 

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 18 mars 2022.

Commentaires

  • caroudel, le 18/03/2022 à 11:36
    C'est ce qui s'appelle faire dans la nuance... Mais cela a au moins le mérite d'être clair.

    Une seule solution : voter pour le candidat de gauche le mieux placé dans les sondages. Cela évitera d'aller voter contre l'extrême droite ou de s'abstenir au second tour. N'éparpillez pas vos choix, alors un candidat de gauche sera obligatoirement présent au second tour.

    Nos hommes et femmes politiques de gauche ont décidé de perdre encore en 2022. Montrons leur que nous pouvons gagner. L'histoire de toutes les élections présidentielles n'a jamais été expliquée correctement : la gauche aurait être présente au second tour à chaque fois... si elle avait été unie. Le vote ne doit pas être partisan, mais efficace. 

    Quant aux abstentionistes, qu'ils ne viennenet pas dire que leur vote est inutile, ils signent un blanc-seing indirectement et pas forcément pour le candidat qu'ils auraient choisi.

    Si jamais la gauche était présente au second tour, ce serait le moment de choisir pour de bon. 
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