Au nom des femmes : des droits aux faits 


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Informations recueillies auprès de Aude Canale, professeure au lycée La Bretonnière à Chailly en Brie


« Pourquoi la femme a-t-elle toujours eu des difficultés à être considérée comme
 l’égale de l’homme et y parviendra-t-elle un jour ? »

Aude Canale est professeur en éducation socioculturelle au lycée agricole La Bretonnière de Chailly en Brie. Elle enseigne dans 7 classes de BEP et Bac Pro, dans des filières agricoles et des filières de secrétariat. Une partie de son service est consacrée à des sorties et à des réalisations de projets avec les élèves qu’elle initie de cette façon à de nouvelles méthodes de travail. En 2005-2006, elle a monté avec deux collègues (enseignants d'histoire-géographie et de bureautique) un projet lycée, soutenu par le Conseil régional, dont l'aboutissement a été l'organisation en avril 2006, dans l’établissement, d'une semaine d'animation sur la réalité du droit des femmes. Pendant cette semaine, riche en événements (expositions, débats, diffusion de films, interventions de comédiens), sont intervenus différents corps de métier (infirmière, sage-femme, brigade des mineurs ...) et associations (Amnesty international, associations de femmes ...). 

« L’idée de ce projet part de plusieurs envies » dit-elle, « tout d’abord de célébrer deux dates importantes dans la vie des femmes françaises : les 30 ans de la loi sur l’avortement et les 60 ans du droit de vote des femmes en France ; ensuite de sensibiliser les élèves, notamment les garçons, à ce qui reste encore à faire pour que hommes et femmes soient véritablement égaux ; et enfin d’informer sur l’état des droits des femmes dans le monde et tenter de faire quelque chose pour que cela change ».

Qu'il s'agisse ducomportement des garçons envers les filles ou des représentations adolescentes de la sexualité, il reste beaucoup à dire et beaucoup à faire concernant la place des femmes, notamment en milieu rural. Le dossier de présentation présente ainsi les objectifs du projet :

- célébrer le 60ème anniversaire du droit de vote des femmes françaises et les 30 ans de la loi sur l’avortement ;

- permettre aux élèves et au public extérieur d’être informés sur les problèmes que rencontrent les femmes en France et ailleurs ;

- informer les élèves sur les différents moyens contraceptifs ;

- sensibiliser les jeunes aux difficultés auxquelles se sont heurtées les femmes françaises tant pour obtenir le droit de vote que pour contrôler leur grossesse ;

- favoriser l’échange entre les élèves et les intervenants ;permettre des rencontres avec des associations.

Tout au long de l’année, les classes de seconde ont travaillé sur les représentations des femmes dans les medias. Plusieurs travaux (collages, ombres chinoises) ont ainsi été réalisés et présentés à côté des expositions de sculptures, d’affiches ou de tableaux (Afrique verte, Portraits de femmes arabes de l’IMA) mises à disposition du lycée par plusieurs organismes ou artistes pour cette semaine. Les problèmes liés aux corps des femmes dans différentes civilisation ont été abordés au travers des interventions d’un médecin (traditions populaires et ses conséquences sur le corps des femmes) et de l’association Aide et Action (éducation des filles), ainsi que de la diffusion du film africain « Moolade » de S. Ousmane qui a obtenu le prix « un certain regard » à Cannes en 2004 et traite du délicat problème de l’excision en Afrique, suivie d’un débat animé par Amnesty international. La brigade de police de Coulommiers et deux sages-femmes ont animé les débats concernant les différents combats que doit encore livrer la femme en France, à savoir le refus de la violence conjugale, la lutte contre la discrimination sexuelle au travail et le respect au droit à l’avortement.

La semaine s’est achevée par une réflexion sur ce qu’il convient de changer pour que les relations hommes femmes s’améliorent, avec une discussion sur l’image de la femme que véhiculent les médias et ses conséquences et avec un point sur l’ensemble des préjugés que peuvent avoir les uns ou  les autres, dans une réunion animée par le groupe Olympio. Les débats ont suscité un vif intérêt chez les élèves. La plupart des garçons ont été très surpris de la conférence sur l’avortement et ont avoué qu’ils ne mesuraient pas les difficultés auxquelles les femmes étaient confrontés dans une telle situation. Certaines jeunes filles ont montré qu’elles étaient particulièrement touchées par les problèmes de violence conjugale. Le débat sur les inégalités hommes femmes au travail a beaucoup plu. Cependant, certains collègues se sont montrés réticents, en se demandant si le lycée était bien le lieu où il fallait mener ces activités, alors qu’il y avait tant de travail en classe de bac.

Dans ce lycée rural, les enseignants mesurent combien la vie de certains de leurs élèves est difficile et combien ils sont laissés à l’abandon par leurs parents. Une initiative telle que celle-ci leur permet de s’exprimer, de passer de l’enfermement individuel à la discussion collective. Mais cela joue-t-il sur le long terme ? « Je ne recommencerai pas un tel projet, c’était trop lourd. Pourtant, je suis contente de l’avoir fait, même si je ne suis pas sûre que cela ait vraiment changé quelque chose » conclut Aude Canale que cela n’empêche pourtant pas cette année de coordonner plusieurs projets de classe et de préparer un projet de cours métrage sur les femmes agricultrices pour la journée mondiale de la femme rurale en octobre prochain.


Par fsolliec , le .

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