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Fleuron de la nouvelle politique éducative lancée avec la Refondation, la réforme de l’éducation prioritaire doit lutter contre la hausse des inégalités dans le système éducatif et réduire l’échec scolaire. Impulsée en 2014, elle fait l’objet d’un rapport de l’Inspection générale sur sa mise en place généralisée en 2015-2016. Le rapport souligne un net fléchissement dans le pilotage de la réforme cette année là et de nombreuses incohérences. Il appelle à une remobilisation.

Collège contre éducation prioritaire

“Dans la conduite du changement de cette période transitoire, la dimension organisationnelle de la réforme a pris le pas sur la dimension pédagogique. Très généralement, les académies n’ont pas remis en cause leurs modalités de pilotage antérieures et leurs politiques se sont inscrites en continuité et non en rupture avec l’existant”. Le constat du rapport dirigé par les inspectrices générales Véronique Eloi-Roux et Simone Christin , publié le 3 octobre, est sévère.

Qu’est ce qui a nui au pilotage de l’éducation prioritaire ? La réforme du collège, explique le rapport. Elle a obnubilé et mobilisé toute la hiérarchie et fait passer l’éducation prioritaire au second plan.

Méfiance envers le pilotage académique

Mais ce n’est pas tout. Le rapport explique en détail pourquoi la rupture n’a pas eu lieu avec la situation d’avant la réforme . ” Les acteurs locaux considèrent généralement que la refondation ne s’est pas accompagnée d’une évolution en profondeur du pilotage académique et qu’elle s’inscrit en ce sens davantage dans une logique de continuité que de rupture.”

Le rapport entre alors dans le descriptif des différentes instances de pilotage. Lui même trouve qu’il y en a trop. Il propose d’ailleurs la suppression des relais nationaux que constituent les COAC-EP. Il relève aussi que les comités de pilotage académiques “ne sont pas des lieux de décisions stratégiques”. Le rapport demande que son role soit clarifié.

Plus globalement, ” du point de vue des équipes éducatives, des partenaires territoriaux et des parents d’élèves, le pilotage académique reste une notion largement abstraite. Ils perçoivent la dimension et les leviers de l’éducation prioritaire à travers les responsables hiérarchiques locaux et le coordonnateur, cheville ouvrière du fonctionnement en réseau. Les enjeux locaux (effectifs par classe, mixité sociale, nomination et remplacement des personnels enseignants, présence de personnels médico-sociaux etc.) priment sur les considérations de gouvernance. La méfiance vis-à-vis de messages institutionnels et de normes « venus d’en haut » accentue ce désintérêt pour les fondamentaux et les attendus de la réforme de l’éducation prioritaire”.

Absences de coordination

Cela tient aussi au fait que les bons niveaux de pilotage ne sont pas forcément définis et rarement en phase. Ainsi le rapport souligne qu’il y a rarement coordination entre les formations du premier et du second degré au sein du même réseau. Les IPR sont peu associés au pilotage alors que les IEN le sont. Il n’y a pas plus de gestion commune des ressources humaines.

L’élaboration des projets de réseau “ne fait que rarement l’objet d’un processus normalisé et, lorsque c’est le cas, souffre, à l’inverse, d’un formalisme excessif. Leur articulation avec les autres projets (d’école, d’établissement, de circonscription voire de territoire) n’est pas réfléchie”. Même les pilotes de réseau n’ont qu’une “perception lointaine” du pilotage académique.

S’appuyer sur les réseaux

Le rapport attire l’attention sur plusieurs points pour reconstruire un pilotage plus efficace.

Et il pose en premier lieu le réseau. ” Le réseau est « l’entité de base », le lieu de l’unité de stratégie et d’action de l’éducation prioritaire. Il est ancré dans son territoire où parents et partenaires de l’école sont incontournables”, écrit le rapport. Il en tire une conclusion : “il doit donc avoir une place reconnue et jouer un rôle plus affirmé dans le dispositif global de pilotage. Dans ce cadre, l’échelon académique doit renoncer à un mode de pilotage pyramidal et hiérarchique au profit d’un mode de pilotage plus participatif fondé sur la recherche du niveau le plus pertinent de l’opérationnalisation de l’action”.

Le rapport invite aussi à revoir l’accompagnement pédagogique. Il donne des pistes : ” redéfinition du travail collectif des IA-IPR référents et plus largement des collèges d’inspecteurs, adaptation des modalités d’évaluation individuelle et collective au sein des réseaux, simplification de l’offre de formation (avec priorité à l’interdegrés)”.

En conclusion les inspectrices générales appellent à une “approche systémique” du pilotage de l’éducation prioritaire et à une mise en cohérence.

En juin 2016, l’OZP déclarait : “Non, les risques d’enlisement, ne sont pas écartés. L’éducation prioritaire, et l’entrée par la pédagogie, ne font pas partie de l’ADN de l’institution, de ses responsables administratifs ou politiques”. C’était déjà un pré rapport..

François Jarraud

Le rapport

L’OZP inquiète du risque d’enlisement

Quel avenir pour les emplois spécifiques ?

Les attentes des coordonateurs