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C’est toujours plus agréable de parler à un ministre aimable plutôt qu’à un ministre cassant et buté. Comme les autres syndicats, la FSU, qui donnait le 4 septembre sa conférence de presse de rentrée, a reconnu le changement de ton de Jean-Michel Blanquer. Mais les sujets de divergence et les motifs d’inquiétude demeurent, que ce soit sur le sens des réformes, sur les moyens jugés insuffisants de l’école, sur la question des salaires ou sur la réforme des retraites. Au delà du discours, la première fédération de l’éducation attend donc de voir si ce ministre habituellement si sûr de lui et de la justesse de ses vues, va savoir réellement dialoguer.

Nouvelle tonalité

 » Il y a une tonalité un peu plus ouverte et moins polémique du ministre, a reconnu la secrétaire générale de la FSU Bernadette Groison, mais une nouvelle tonalité, une manière civilisée de dialoguer ne suffisent pas. Ce qui va compter, ce sont les actes. Le ministre est-il prêt à écouter et à entendre ? « .

La responsable de la FSU a présenté les deux grandes thématiques de la rentrée pour sa fédération. D’abord, la question des moyens de fonctionnement.  » Si le ministre se gargarise de son budget en hausse, le plus important budget de l’Etat « , les différenciations d’effectifs d’élèves se creusent, montrant  » un manque de personnel « . Alors que l’on dédouble les CP et les CE1 en éducation prioritaire, la moitié des maternelles accueille désormais plus de 25 élèves par classe. Et en terminale, les effectifs atteignent en moyenne 29 élèves par classe.

 » On fait beaucoup pour le primaire, ce qui est bien, mais cela ne peut se faire au détriment  » des autres niveaux. La secrétaire générale de la FSU a notamment rappelé la suppression de 2 650 postes à la rentrée dans le second degré alors que les effectifs ne diminuent pas.

No deal

Bernadette Groison a averti que sa fédération  » n’accepterait aucun deal emplois/ salaires « , comme Nicolas Sarkozy avait déjà tenté de le faire en 2010, en faisant miroiter les hausses de salaires que permettraient les coupes claires dans les effectifs enseignants. Dans les discussions qui s’enclenchent, la FSU redoute que Jean-Michel Blanquer veuille lui aussi lier les hausses de salaires à l’acceptation de la baisse des emplois.

 » Nous voulons des discussions pour obtenir des recrutements et également des discussions sur les augmentations des salaires « , a martelé Bernadette Groison. La responsable de la FSU a ajouté que les contractuels constitueraient  » un gros sujet  » dans les discussions : nombreux dans la voie professionnelle, ils dépassent les 40% dans l’enseignement supérieur.

Même prudence à propos du dialogue qui s’ouvre sur l’épineuse réforme des retraites. Les enseignants sont parmi les perdants de la réforme telle qu’elle se dessine – notamment parce qu’ils sont, au sein de la fonction publique, parmi ceux qui touchent le moins de primes. Jean-Michel Blanquer a reconnu qu’il y avait un problème mais saura-t-il mener la bataille ? A-t-il un poids suffisant, sachant que le dossier est piloté par Jean-Paul Delevoye, le tout nouveau Haut-commissaire aux retraites, et par le premier ministre Edouard Phlippe ?

Manque d’ambition

Pour la FSU, la seconde thématique de la rentrée est le manque d’ambition éducative. Alors que le grand enjeu est de faire réussir tous les enfants et de réduire les inégalités qui minent le système, les réformes Blanquer sont centrées sur la maîtrise du  » lire-écrire-compter » par tous les élèves. Comme un remède miracle qui, à lui seul, assurerait des chances égales à tous.

Bernadette Groison a regretté que le ministre  » ait si peu parlé de l’éducation prioritaire en cette rentrée, dans une société aussi fracturée qui compte 3 millions d’enfants de familles pauvres « . Elle a annoncé que la FSU y consacrerait une journée le 2 octobre prochain,  » afin de porter ses propositions « .

La secrétaire générale de la FSU a aussi déploré la réforme de la voie professionnelle qui diminue les heures d’enseignement général –  » la culture va être un facteur d’inégalités  » -, tout comme la nouvelle obligation de formation jusqu’à 18 ans qui fait la part belle à l’apprentissage au détriment de la scolarisation.

Sur la réforme du lycée, quelques établissements sont déjà en grève, faute de moyens pour la mettre en place, a indiqué Frédérique Rolet, responsable du SNES. S’il est trop tôt pour faire un point, on sait que dans un certain nombre de lycées, les emplois du temps ne sont toujours pas faits tant c’est complexe.  » On a compté que dans une classe de première, une quarantaine de professeurs pouvaient intervenir… », précise Frédérique Rolet.

Entre les groupes de travail qui se mettent en place avec le ministère, le  » nouveau ton  » du ministre, les réformes compliquées…, les profs sont tout à leur rentrée. Mais il ne faudrait pas en rester trop longtemps aux discours lénifiants et aux paroles apaisantes, il faudra aussi bientôt leur donner des preuves d’amour.

Véronique Soulé