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Les arrêtés précisant les conditions d’emploi des “emplois avenir professeur” paraissent au Journal officiel. Ils ciblent les catégories d’enseignants pour lesquels le Café a démontré le 25 janvier que la crise du recrutement est toujours là. Sans nier ces difficultés, les proches de Vincent Peillon mettent l’accent sur les progrès réalisés en un an. Les emplois avenir professeurs résoudront-ils la crise ?

Concomitance. Le Journal officiel du 26 janvier publie trois arrêtés sur les emplois avenir professeur. Reprenant le modèle des IPES des années 1970, les emplois avenir professeur (EAP) s’adressent aux jeunes étudiants originaires des quartiers populaires. L’Etat propose de payer leurs études supérieures en échange d’un engagement à se présenter aux concours de l’enseignement. Les jeunes retenus recevront de 617 à 1 086 euros mensuels pour 12 heures de travail hebdomadaire. Les jeunes se verront confier un accompagnement d’activités périéducatives complémentaires aux enseignements ou, en master, une prise en charge progressive d’activités pédagogiques en accompagnement d’un enseignant. Ils découvriront ainsi progressivement le métier d’enseignant.

L’Etat pense ainsi permettre à ces jeunes d’accéder au master et augmenter d’autant son vivier de recrutement d’enseignants. Concrètement, ces emplois sont proposés aux jeunes étudiants boursiers de L2, L3 ou master 1. Seront prioritaires des jeunes ayant résidé au moins deux ans ou ayant été scolarisés au moins 2 ans dans un établissement scolaire en ZUS, en zone de revitalisation rurale ou dans une collectivité d’outre-mer (DOM, Saint-Pierre et Miquelon ou Saint Martin). Dès janvier 2013, le ministère prévoit l’embauche de 4 000 “emplois avenir professeur”. Ils devraient être 18 000 d’ici 2015. Les textes ciblent des disciplines et des académies particulières. L’Etat veut embaucher de futurs professeurs de maths, de français, d’anglais et d’allemand. Et cela dans les académies où la pénurie est la plus forte : l’Ile de France et sa périphérie (Amiens, Rouen, Orléans-Tours), le quart sud-est, Lille, Nancy-Metz, Nantes, Montpellier, la Réunion et la Guyane.

C’est que les premiers résultats des épreuves d’admissibilité des concours 2013 que le Café pédagogique s’est procurés, montrent que la crise du recrutement est toujours là. Alors que le ministère lance deux vagues de recrutement massif d’enseignants, avec près de 20 000 postes proposés pour 2014, les objectifs de recrutement semblent toujours inaccessibles dans certaines disciplines.

Le premier point noir du recrutement c’est les maths. Il faut se rappeler les chiffres de 2012. Cette année là pour 950 postes proposés au capes externe seulement 652 candidats ont été admis. 75 d’entre eux ont aussi été reçus à l’agrégation. Au final, l’Etat n’a disposé que de 577 nouveaux enseignants pour remplir 950 postes. C’est à dire que seulement 60% des postes ont été pourvus. Et pour boucher les trous il a du gonfler les classes et recruter un peu partout des contractuels. Qu’en est-il pour 2013 ? Les candidats ont passé en novembre les épreuves d’admissibilité. Les résultats viennent de tomber. 1326 candidats sont admissibles. Ce nombre est supérieur aux 1176 de 2012. Mais le nombre de postes à pourvoir est lui aussi nettement plus élevé : 1210 postes (au lieu de 950 en 2012). Le rapport entre admissibles et postes est encore plus détérioré qu’en 2012 où les admissibles représentaient 123% des postes. Là on descend à 109% , presque un candidat pour un poste. En 2011 les jurys avaient éliminé un candidat sur deux à l’écrit. Si l’on en croit Aline Bonami, présidente de la Société mathématique de France, il y a peu de chance qu’ils soient plus généreux en 2013. “Les étudiants arrivent en L1 par défaut, après un refus d’inscription ailleurs. Le flux qui s’inscrit en préparation des concours depuis les écoles d’ingénieurs est très faible”, nous a-t-elle dit, laissant entendre que le niveau de nombreux candidats est trop bas.

Ce n’est pas mieux en lettres. En lettres modernes, en 2012, pour 733 postes à pourvoir au capes externe il y avait eu 917 admissibles. Finalement 681 personnes avaient été admises. Au capes 2013, 1139 personnes sont admissibles. C’est nettement plus qu’en 2012, mais là aussi il y a plus de postes : 1000. Le ratio admissibles par postes s’est là aussi détérioré depuis 2012. Cela présage probablement d’un déficit accentué d’admis. En lettres classiques l’évolution est identique. Il y a 200 postes à pourvoir et… 118 admissibles. En 2012 il y avait 172 postes et 92 admissibles.

Les proches de Vincent Peillon relativisent la crise. D’une part ils soulignent qu’elle ne concerne que quelques disciplines et pas du tout le primaire, qui est l’objectif numéro un du ministère. Ils remarquent aussi l’augmentation du nombre des admissibles et des candidats en un an. Même si elle n’a pas suivi la hausse du nombre de postes proposés, ils y voient un signe positif pour le deuxième concours de 2013, celui dont les épreuves auront lieu en juin. “On ne pouvait pas inverser totalement la situation en un an, dit-on au cabinet, “mais c’est bien parti pour le deuxième concours. On a attiré davantage de candidats”. La campagne publicitaire, qui fait connaitre les recrutements massifs proposés par le ministère et l’amélioration de la formation, avec les futures Espe, devraient faciliter le recrutement à l’avenir. On souligne aussi la sévérité des jurys et le fait que le niveau des candidats ne baisse pas. Le ministère conteste toute baisse du niveau.

En pleine campagne de recrutement, focaliser sur les difficultés de recrutement n’est pas bienvenu. Mais c’est bien la politique ministérielle qui est interrogée par cette situation. Pour avoir promis des recrutements massifs d’enseignants le ministère s’est lui même obligé à les tenir. Or, sans toucher aux conditions d’exercice du métier, il faudra beaucoup d’efforts et d’ingéniosité pour augmenter le vivier de recrutement et attirer vers le métier des jeunes aussi diplômés. La question de la revalorisation continue à se poser. La reconnaître c’est peut-être mettre les boeufs devant la charrue ?

François Jarraud

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