L’éducation à l’image dans les programmes, une nouveauté ?
Inscrire l’éducation à l’image dans les programmes apparaît comme une priorité du rapport et on ne peut qu’apprécier cette volonté. Mais est-ce vraiment une nouveauté ? Nous avons connu de nombreux projets inscrits dans les programmes et relégués en fonction des changements de ministres. On se souvient des Itinéraires de découverte (IDD) lancées par Jack Lang en 2002 et de sa politique en faveur de l’éducation à l’image, de l’Histoire des Arts au brevet en 2012, du parcours d’éducation artistique et culturelle (PEAC) actuel et de ses variantes… Tous portaient et portent encore cette ambition transversale au sein des compétences culturelles des élèves. Dans les faits, les enseignants se sont adaptés à chaque nouvelle réforme, même si les pratiques sont restées variables en fonction des établissements : beaucoup d’enseignants ne se sentant pas toujours légitimes pour aborder l’éducation à l’image et préférant se reposer sur quelques matières, les Arts, les Lettres ou l’Histoire bien souvent.
Pourtant, avec l’Histoire des Arts obligatoire sur le cycle 4, l’intérêt pour les projets interdisciplinaires ou les dispositifs Ma classe au cinéma était bien réel. Dans l’établissement où j’enseignais à l’époque, les films proposés faisaient l’objet de mini-séquences en Lettres et c’était un formidable levier de transversalité à partir d’une thématique commune entre les Arts, l’Histoire, les Langues ou les Sciences en fonction du film. À la lecture de l’exemple donné par M. Geffray en page 21 du rapport sur une des thématiques de Lettres en 6ème « le monstre, aux limites de l’humain » et sur la manière de l’exploiter de façon transversale avec les autres matières, j’ai vraiment eu l’impression de retrouver des actions déjà menées dans le cadre de l’HDA.
J’en arrive donc à penser que le problème ne vient pas de la capacité des enseignants à réaliser de tels projets mais plutôt à une lassitude de la déconstruction. Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il faudrait retrouver cette dynamique afin de donner envie aux enseignants d’adhérer de nouveau aux dispositifs. Mais pour cela, il faut arrêter de déconstruire ce qui fonctionne comme les parcours ou les compétences qui permettaient de mettre en place des projets d’éducation à l’image sur le long terme.
Baisse de l’intérêt des dispositifs Ma classe au cinéma ou réorientation des pratiques ?
Le rapport souligne que la baisse des inscriptions aux dispositifs est due aux nouvelles contraintes organisationnelles (formations hors temps scolaire, recomposition des classes avec les groupes de besoin). Ces éléments sont indéniables mais ils ne suffisent pas à expliquer la baisse. Sur le terrain, nous avons constaté que l’introduction de la part collective du pass culture a profondément modifié les pratiques. Dans le cadre du cinéma, de nombreux enseignants, notamment au collège, ont privilégié la liberté de choix que le pass culture offrait pour sélectionner un film en lien direct avec leurs projets pédagogiques, plutôt que de suivre les trois films imposés par le dispositif. Cette souplesse a permis une meilleure appropriation du film en classe mais elle a mécaniquement entraîné une baisse des inscriptions au dispositif national. Ce n’est pas seulement une désaffection pour Ma classe au cinéma mais plutôt une réorientation des pratiques permises grâce au pass culture.
Entre 2020 et 2024, j’ai été référente culture territoriale sur les secteurs Forez Est et Loire Nord. Nos missions en tant que RCT étaient d’accompagner le déploiement du pass culture et l’utilisation d’ADAGE pour les enseignants. La première année, les établissements n’avaient pas saisi toutes les possibilités de la part collective et tout l’argent alloué n’avait pas été utilisé. Mais dès la seconde année, les enseignants se sont emparés des possibilités offertes grâce au pass culture et on a vu fleurir de nouveaux projets sur des établissements qui n’étaient pas forcément très actifs avant. Ce que le pass culture leur offrait à ce moment-là c’était une liberté des possibles en matière de projets culturels sans passer par des montages de dossiers de demande de financement de plusieurs pages pour prendre le risque au final de ne rien avoir.
Il me semble donc indispensable de penser l’articulation entre Ma classe au cinéma et le pass culture afin de sortir d’une logique concurrentielle. L’un et l’autre doivent être complémentaires : Ma classe au cinéma garantit un cadre national et la découverte de films du patrimoine d’Art et d’essai. Le pass culture ouvre, quant à lui, un espace de liberté pédagogique pour l’enseignant et de possibles partenariats locaux. Le but n’est donc pas de fragmenter les initiatives mais de trouver comment coordonner les deux, tout en allégeant les procédures de demandes de subvention pour faciliter le travail des enseignants et partenaires culturels.
Les arts visuels : une piste prometteuse mais pas réservée à la matière
La refonte annoncée des Arts plastiques en Arts visuels est une évolution intéressante. Les enseignants d’Arts plastiques travaillent déjà en ce sens et pour certains développent des projets ambitieux autour du cinéma. Cette année, j’ai ouvert un deuxième atelier cinéma au sein d’une option Arts plastiques à Feurs en lien avec le cinéma où je suis bénévole, preuve que la sensibilité est bien présente. Mais le risque serait de faire de l’éducation à l’image un « domaine réservé » aux Arts plastiques. L’image n’appartient pas à une seule discipline. Elle traverse la littérature, l’histoire, les langues, les sciences, le sport… et doit rester l’affaire de toutes les matières. En tant que référente culture dans mon établissement, j’entends encore trop souvent des collègues dire « ça ne me concerne pas » lors de l’envoi de la lettre info DAAC aux enseignants. Tant que l’éducation à l’image ne sera pas pensée comme un enjeu collectif, la transversalité restera un vœu pieux.
Formation et temps scolaire : la condition d’un engagement durable
Le véritable obstacle n’est pas seulement la place de l’éducation à l’image dans les programmes mais le manque de temps et l’absence de créneaux sur le temps scolaire pour mener à bien des projets. De nombreux enseignants me disent avoir arrêté d’adhérer aux dispositifs car ils ne veulent plus faire « juste une sortie scolaire ». Si derrière il n’y a pas de temps et de moyens pour exploiter le film, ce n’est pas la peine. Mettre en place un partenariat enseignant, partenaire culturel, intervenant serait l’idéal pour travailler autour des dispositifs et de l’éducation à l’image. Mais si la contrepartie est « moyen nul » comment est-ce réalisable ?
L’organisation même du temps scolaire devrait être repensée pour proposer de véritables parcours en lien avec les partenaires culturels. Car au-delà de ce qui peut se faire ponctuellement dans sa matière, les enseignants manquent de disponibilité ou ne se sentent pas toujours légitimes pour construire un projet sans une formation solide. Créer du lien avec des partenaires sur des temps aménagés renforcerait cette dynamique. Dans certains pays européens et dans quelques établissements français aussi d’ailleurs, des temps sont spécifiquement aménagés sur les deux dernières séances de la journée ou sur des ½ journées pour les projets culturels et sportifs en lien avec les partenaires du secteur, et cela fonctionne. C’est aussi légitime pour les familles car c’est inscrit dans l’emploi du temps.
Si le rapport souligne l’importance de diversifier et de mutualiser les modalités de formation sur les films, il maintient la continuité des formations hors temps scolaire afin de limiter l’impact sur le temps d’enseignement. Mais les premières expériences ont rapidement montré les limites de ces choix. Aux vacances d’octobre, on a observé presque 80% d’enseignants en moins par rapport aux formations des années précédentes pour Lycéens au cinéma dans notre académie, sans compter les formateurs-enseignants qui n’étaient pas disponibles sur cette période. Même rémunérées, les sessions sur les vacances n’attirent pas. Les enseignants ont bien souvent beaucoup de travail de corrections et de préparation et ont besoin de s’accorder au moins une semaine de repos sur les deux.
D’autre part, pour les plus anciens comme moi, nous avons en tête les années fécondes des dispositifs, lorsque deux ou trois enseignants pouvaient participer ensemble aux journées de formation Collège au Cinéma. C’était une vraie richesse avec un temps précieux de découverte et d’échange autour du film, un temps pour mutualiser nos pratiques et construire un parcours de travail sur plusieurs matières. Aujourd’hui, on limite ce temps précieux à un seul enseignant par établissement et on déplace les formations sur les congés. Même en proposant à mes collègues, au retour d’une formation, des outils détaillés pour exploiter les films en classe avec des pistes par matière, je peine à mobiliser. L’élan collectif s’épuise…
Cette fragilisation est accentuée par les nouvelles politiques qui mettent en avant un « recentrage sur les fondamentaux ». Elles ont pour effet de faire peur à certaines familles, qui n’hésitent plus à critiquer les projets jugés trop chronophages ou hors du champ disciplinaire. L’année où j’ai inscrit une de mes classes au Prix Jean Renoir des lycéens qui permet aux élèves de voir 7 films et de rédiger des critiques, j’ai reçu plusieurs remarques de parents – et même de collègues – estimant que les élèves « sortaient » trop souvent. Je n’ai pas pu reconduire le projet l’année suivante.
Si nous voulons remettre à l’honneur l’éducation à l’image pour tous, il faut reconstruire la confiance entre les familles, les enseignants et les partenaires culturels avant tout.
Prendre en compte en priorité les besoins et les spécificités du travail des enseignants est en effet une nécessité. Les progressions et l’élaboration de projets ont lieu bien souvent en fin d’année scolaire pour la rentrée suivante. Les enseignants ont besoin de construire les projets en amont, de se familiariser avec les films et les outils pour savoir comment exploiter les propositions des dispositifs au sein de leurs programmes. Mais les formations arrivent bien souvent trop tard, notamment pour Collège au Cinéma. Si la journée de travail du 1er film commence en décembre, comment préparer au mieux sa progression de séquence ? Cette année, pour des soucis d’économies, on a demandé aux formateurs de notre académie de présenter le 2ème et le 3ème film sur la même journée. On peut s’interroger sur l’impact et l’efficacité de la préparation pour l’enseignant qui aura vu et travaillé deux films dans la même journée…
Les rencontres autour des films devraient être pensées comme des véritables leviers de motivation, dès le mois de juin – comme c’est le cas avec le week-end Lycéens au cinéma à l’institut Lumière sur notre académie – en donnant les moyens aux salles de cinéma partenaires d’organiser un temps fort de projection des films avec de courtes présentations pour donner envie aux enseignants de s’inscrire au dispositif l’année scolaire suivante.
Donner plus de liberté aux enseignants : une nécessité
Une des propositions du rapport évoque la possibilité de laisser davantage de marges de choix aux enseignants dans la sélection des films. Je ne peux que confirmer cette évidence sur le terrain. Dans l’académie de Lyon, les films ne sont pas les mêmes entre l’Ain, la Loire et le Rhône. En 2023, j’avais assuré la formation du film Jeune Juliette d’Anne Émond dans la Loire pour le niveau 4ème 3ème sans souci particulier. L’année suivante, c’est le Rhône qui demande le film sur le niveau 6ème 5ème. Les enseignants découvrent le film en salle et j’assure la formation après la projection. Mais plusieurs réactions d’enseignants face à certaines scènes du film conduisent à une déprogrammation de séances pour des classes de 6ème. En dix ans de formation Collège au cinéma, j’avoue que c’est la première fois que je me retrouve confrontée à ce genre de réactions.
Cela montre la crainte de certains enseignants à s’approprier l’objet filmique pour accompagner efficacement les classes. Il y a donc bien une nécessité à s’adapter à son public et à la sensibilité de chacun en proposant, peut-être, une sélection plus large, comme le fait déjà Lycéens au cinéma, pour offrir aux enseignants une liberté pédagogique avec des films qui correspondent à ce qu’ils peuvent ou se sentent capables d’exploiter avec leurs élèves.
Formation initiale des enseignants : reconnaître le vivier existant
Le rapport Geffray propose la création d’un diplôme universitaire d’éducation au cinéma, ouvert aux enseignants comme aux professionnels volontaires. L’intention est louable. Mais il est étonnant que ce rapport n’évoque pas ce qui existe déjà.
Le CAPES de Lettres comme celui d’Arts plastiques ont longtemps intégré la possibilité de choisir le cinéma en option, voire de traiter une leçon à l’oral sur ce domaine. De même, la certification complémentaire cinéma, que j’ai moi-même obtenue en 2013, offre une légitimité reconnue pour porter des projets d’éducation à l’image ou enseigner les options et spécialités cinéma.
Le vivier d’enseignants (du public comme du privé) ayant obtenu la Certification complémentaire cinéma est important et en constante évolution. Je l’observe chaque jour via le groupe Facebook que j’ai créé il y a quelques années. Tous ne sont pas affectés en option ou spécialité, mais beaucoup multiplient les projets : ateliers cinéma, participations aux dispositifs d’éducation à l’image, partenariats avec les salles, festivals… Renaud Ferreira De Oliveira, inspecteur général de l’éducation nationale l’a d’ailleurs rappelé lors de la table ronde sur l’éducation à l’image au 80ème congrès des exploitants de Deauville. Nous le rencontrons chaque année lors de notre assemblée générale de l’association des Ailes du désir et il a une parfaite connaissance des enseignements de cinéma et du vivier des enseignants ayant cette certification complémentaire.
Pourquoi ne pas reconnaître et valoriser ce réseau déjà existant ? Pourquoi ne jamais avoir organisé de rencontres nationales ou académiques des enseignants certifiés en cinéma ? Pourquoi créer un nouveau diplôme sans articuler cette démarche avec celles et ceux qui, depuis des années, font vivre l’éducation au cinéma dans leurs établissements ? Pourquoi ne pas permettre à ces enseignants d’intervenir dans un pôle transversale de la formation initiale afin de permettre à tous les futurs enseignants d’avoir des bases plus solides en éducation à l’image ?
Les financements : transports, pass culture et zones rurales
Le rapport insiste également sur la nécessité de sécuriser le financement des dispositifs et propose plusieurs pistes (DRAC, CNC, Pass Culture, labellisation de salles dans les établissements). Mais je m’interroge sur certaines propositions. Labelliser une salle de projection dans un établissement peut apparaître comme une solution pratique, mais ce n’est pas la meilleure réponse. En milieu rural, quand la salle de cinéma n’est pas à proximité, le véritable enjeu reste celui des transports. C’est sur ce point qu’il faudrait concentrer tous les efforts.
En tant qu’enseignante et partenaire culturel, je constate chaque année combien il est indispensable que les jeunes se déplacent vers une salle de cinéma. Ce n’est pas rare que des élèves découvrent une salle obscure pour la première fois grâce à l’école et cela a d’ailleurs été rappelé par Cécile Lacoue du CNC au 80ème congrès des exploitants. À l’heure où toute la filière cinématographique s’interroge sur la désaffection des 15-25 ans, comment imaginer que la réponse éducative soit de recréer des salles dans les établissements ?
Je suis convaincue que la prise en charge des transports dans les zones blanches doit devenir une priorité absolue parce que l’expérience collective de la salle est le cœur même du dispositif. C’est là que se joue l’égalité réelle d’accès, pas dans la substitution d’une salle improvisée au sein d’un établissement.
Concernant le financement via le Pass Culture sur l’ensemble des dispositifs, l’idée est positive mais bien fragile… Nous l’avons vécu dernièrement au Ciné-Feurs : au premier semestre 2024, la part collective du pass culture a permis d’accueillir en salle 1400 élèves. Au premier semestre 2025, suite au gel du pass, nous sommes tombés à 191 élèves sur la même période. Les chiffres sont également parlants : en 2024, nous avons perçu en remboursement pass culture dans notre cinéma la somme de 14241,90€, répartie de la façon suivante : 2675€ de part individuelle et 11566,90€ de la part collective. Pour 2025, à la date du 29 septembre, notre remboursement s’élève à 4058,60€ (375€ de part individuelle et 3683,60€ de la part collective)…
Comment parler de sécurisation quand l’outil lui-même est remis en cause par des coupes budgétaires drastiques ? Faute de moyens réels, on prend le risque d’entendre les mêmes discours au sein des établissements ou dans certaines régions : il est plus important de privilégier d’autres formes artistiques jugées moins accessibles comme la danse ou le théâtre, « puisque les élèves peuvent toujours aller au cinéma avec leurs parents. »
Dispositifs complémentaires, parcours renforcés et liens avec le monde professionnel
Le rapport évoque la possibilité de développer des dispositifs complémentaires (ciné-clubs, concours, parcours renforcés…) Rappelons tout d’abord que de nombreux enseignants passionnés le font déjà au sein de leur établissement. Mais si l’idée est de généraliser ce genre de projets, de donner envie à d’autres de se lancer, cela ne pourra se faire sans moyens financiers et sans un lien étroit entre établissements et partenaires culturels.
Dans la formation à la Certification complémentaire cinéma, on insiste déjà sur ce point : l’éducation à l’image ne se réduit pas aux options et spécialités cinéma. Dès le collège, il est possible et nécessaire de monter des ateliers, des ciné-clubs, de s’appuyer sur les dispositifs existants. Les enseignants, qu’ils exercent dans le public ou dans le privé sous contrat, peuvent répondre à des appels à projets, obtenir l’accompagnement d’intervenants et de professionnels du cinéma. J’ai eu la chance, dans mes différents établissements, de toujours pouvoir monter des ateliers cinéma et de bénéficier d’un soutien pour financer notre intervenante grâce à la DAAC. Mais bien souvent, cela reposait sur des compromis : accepter de n’être payée qu’une heure sur deux, en HSE ou via une IMP ou parfois poursuivre le projet bénévolement pour le maintenir lorsque les dotations sont réduites. Le problème reste donc entier : comment pérenniser des initiatives avec des partenaires culturels si les moyens pour rémunérer les enseignants engagés dans le projet ne sont pas au rendez-vous ?
Il y a une quinzaine d’années, sur l’ouest lyonnais, plusieurs ateliers cinéma se retrouvaient lors de festivals : lors de journées de pratique Tourner-monter, de soirées de fin d’année avec projection des courts-métrages réalisés par les élèves. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que deux ateliers à nous retrouver. Il devient de plus en plus difficile de fédérer, de mutualiser, et donc de donner envie à d’autres établissements de se lancer.
L’extension des CHAC (classes à horaires aménagés cinéma) constituent une voie prometteuse : elles permettent de donner un cadre solide tout en inscrivant l’éducation à l’image dans une logique d’apprentissage et de projets. Mais là encore, elles ne concernent qu’une minorité d’élèves et principalement des établissements publics ciblés.
Parallèlement, il faut aller plus loin et permettre aux élèves de participer activement à la vie des cinémas. Le CNC a lancé en 2024 le dispositif des ambassadeurs et ambassadrices du cinéma, qui associe les jeunes à la vie des salles. Précisons toutefois que de nombreuses salles, comme Le Méliès à Saint-Étienne, font cela depuis longtemps. Au Ciné-Feurs, en 2022, nous avons mis en place une carte blanche des lycéens, rendue possible grâce au SNU au départ et pérennisée ensuite : les élèves choisissent un film, le présentent au public et participent à l’animation de la séance. Ces projets donnent aux jeunes une place active, au-delà de la posture de spectateur, et les font devenir des acteurs de la vie culturelle locale.
C’est en renforçant le lien entre les établissements et les salles que l’on pourra redonner souffle aux parcours renforcés, mutualiser les initiatives et recréer une dynamique fédératrice autour de l’éducation à l’image.
Enfin, le rapport propose de renforcer la formation des futurs professionnels de cinéma en accordant plus de place à l’écriture scénaristique dans la spécialité cinéma en classe de Première et de Terminale. L’idée, même si elle est intéressante, soulève question : comment accorder davantage de temps au scénario sans sacrifier d’autres parties du programme déjà chargé avec les trois films à l’étude de la spécialité et le projet filmique présenté à l’oral ? Est-ce une refonte globale ou un simple ajout ? Le rapport reste flou sur ce point.
La meilleure façon de renforcer le lien avec le monde professionnel n’est pas seulement d’ajuster les programmes, mais de multiplier les rencontres avec les partenaires culturels, les professionnels du cinéma lors de festivals ou directement dans les classes. Or, là aussi, les enseignants se heurtent aux temps, aux moyens financiers, et beaucoup renoncent faute d’accompagnement. Actuellement, on essaie de monter un projet entre l’AFC cinéma et les Ailes du désir – dont les actions depuis plus de trente ans s’attachent à mettre en valeur les enseignements de cinéma et l’éducation à l’image – pour permettre aux directeurs photos d’aller à la rencontre des élèves en salle puis en classe. Mais là aussi on se heurte à l’aspect financier, la baisse des subventions en région ou encore la baisse drastique du pass culture qui contraint certains établissements à faire des choix et à ne pas forcément privilégier l’éducation à l’image.
Une rencontre annuelle : un rendez-vous indispensable
Parmi les propositions du rapport, une me paraît indispensable : l’idée d’un rendez-vous annuel de l’éducation au cinéma et à l’image (proposition 19). Contrairement aux formations ponctuelles des enseignants, cette rencontre pourrait avoir lieu sur un temps de vacances scolaires, précisément parce qu’elle ne relèverait pas de la même logique : il s’agirait d’un moment d’échanges et de mise en réseau importante pour l’ensemble des partenaires. Un tel rendez-vous permettrait aux enseignants et aux partenaires culturels de partager leurs expériences, de mutualiser leurs pratiques et de construire ensemble des perspectives pour l’avenir de l’éducation à l’image. C’est ce type d’espace collectif qui manque aujourd’hui, et qui donnerait enfin une visibilité nationale aux initiatives portées partout sur le terrain.
En tant qu’enseignante et partenaire culturel, je me réjouis de voir l’éducation à l’image remise au centre des débats. C’est une nécessité que nous défendons depuis longtemps sur le terrain. J’aimerais croire que ce rapport puisse être l’occasion d’un véritable tournant, d’une politique durable qui ne se contente pas de reconstruire ce qui a déjà été défait. L’histoire récente nous montre une situation fragile : baisse des financements, réformes successives, projets lancés et supprimés… mais malgré les difficultés, enseignants et partenaires culturels continuent d’inventer, d’expérimenter et de transmettre. C’est dans cet élan, nourri par l’engagement de ceux qui font vivre l’éducation à l’image au quotidien, que je veux garder espoir et croire en un projet stable, reconnu et soutenu, à la hauteur de l’ambition que nous partageons avec les élèves.
Isabelle Dumas-Richard
Enseignante en Lettres et Cinéma, formatrice académique Collège au cinéma, vice-présidente des Ailes du désir et médiatrice culturelle bénévole d’un cinéma de deux salles en milieu rural.
