Sans vote d’une loi de finances intégrant des mesures nouvelles, la mise en œuvre de la réforme – censée entrer en vigueur dès 2026 – apparaît fortement compromise. Si les concours traditionnels à bac +5 peuvent, en l’état, être reconduits, les nouvelles sessions à bac +3 sont, elles, à l’arrêt.
« Le concours en fin de licence est nouveau (…). Donc si je n’ai pas de budget, si on n’a pas de PLF (projet de loi de finances) 2026 qui est adopté, pour l’instant je ne sais pas organiser ce concours » a reconnu le ministre de l’Éducation nationale, le 18 décembre 2025 sur France 2.
Le ministre Edouard Geffray détaille dans Ouest-France que « La loi spéciale qui a été votée fin décembre n’est pas un budget. C’est une solution temporaire. En l’absence de budget, nous ne pouvons pas recruter les 8 000 étudiants prévus dans le cadre du nouveau concours au niveau de la 3e année de licence, pour leur permettre de devenir professeurs à mi-temps dans un an et à temps plein dans deux ans. Les étudiants qui préparent ces concours doivent en être persuadés : le gouvernement fait tout son possible pour qu’il y ait un budget et que le concours ait bien lieu ! Ils doivent évidemment s’y préparer au mieux. Rien n’est perdu, jusqu’au dernier jour« . Ouf alors !
Une réforme suspendue à l’issue des débats parlementaires
Faute d’accord entre l’Assemblée nationale et le Sénat, le budget de l’État pour 2026 n’a pas été adopté avant la fin de l’année. Le gouvernement a donc eu recours à une loi spéciale, adoptée fin décembre, permettant uniquement de reconduire provisoirement les crédits de 2025 afin d’assurer la continuité des services publics.
Mais cette procédure exceptionnelle ne permet ni la création de nouveaux postes, ni le financement de dispositifs inédits – ce qui pose un problème majeur pour la réforme des concours enseignants, qui prévoyait notamment près de 8000 postes d’enseignants stagiaires rémunérés.
Bac +5 maintenu, bac +3 gelé
À ce stade, aucune décision officielle n’a été annoncée concernant le maintien, le report ou le gel des concours à bac +3 qui doivent avoir lieu dès le mois de mars: pour le CRPE, 88 000 candidats se sont inscrits, dont plus de la moitié au concours bac+3 (49 817). Le recrutement avec un concours à bac +5 est garanti.
Sans loi de finances adoptée, les arrêtés ministériels indispensables à l’organisation des épreuves (postes ouverts, disciplines, calendrier) ne peuvent être publiés. Dans les milieux syndicaux et universitaires, l’hypothèse d’un report temporaire est de plus en plus évoquée, sans confirmation à ce jour.
8 800 postes en sursis
Le gouvernement a indiqué que les discussions budgétaires reprendraient dès janvier 2026. L’objectif : parvenir à l’adoption d’un budget complet permettant, le cas échéant, de débloquer la réforme. Sans concours en fin de licence 3, les 8 800 postes seront gelés. La réforme serait donc reportée et seuls les concours en fin de master auront lieu.
A l’antenne de France inter, la secrétaire du FSU-Snes Sophie Vénétitay déplorait de nombreuses incertitudes le 23 décembre : « Qu’est-ce que ça veut dire pour les étudiants qui se sont préparés depuis plusieurs mois, est-ce qu’on sera en mesure dès le mois de mars de tenir les concours, de proposer l’ensemble des emplois nécessaires pour couvrir le concours à Bac +3 et Bac +5 ? »
D’ici là, le flou demeure pour des dizaines de milliers de candidats, inscrits aux concours et engagés dans une préparation sans visibilité sur l’avenir de ceux-ci. Si un accord budgétaire intervient rapidement, la réforme sera-t-elle relancée ? À défaut, un report plus large des évolutions prévues pour 2026 ne peut être exclu.
Parmi ces incertitudes, une certitude, et constante désormais, un manque de professeur.es en 2026.
Djéhanne Gani
