Par François Jarraud
Ludivine est directrice d’école depuis 5 ans. Elle bénéficie d’une indemnité de 128 euros et gagne royalement 1800 euros nets par mois et n’a aucune décharge. Benoit a plus d’ancienneté. Il est directeur depuis 15 ans et enseignant depuis 29 ans. Il dirige une école de 13 classes avec 13 enseignants et 8 personnels communaux. Il gagne environ 2500 euros nets et fait classe 3 jours par semaine. Aucune de ces deux directeurs n’a d’adjoint administratif. Alors que la majorité des directeurs disposaient de cette aide administrative au début du quinquennat Sarkozy, ces emplois aidés ont été redéployés pour l’accompagnement des élèves et les directeurs se sont retrouvés tout seuls pour gérer des écoles qui ont parfois la taille d’un collège. Un directeur dur huit seulement bénéficie d’une décharge complète. Elle est de droit quand l’école a plus de 13 classes. Les autres n’ont rien (moins de 4 classes) ou une décharge partielle (de 4 à 13 classes). Il faut donc à la fois faire cours et faire face à tout ce qui peut arriver dans l’école.
Pourtant les directeurs aiment leur travail. 98% le jugent intéressant87% aiment animer une équipe ou diversifier leur activité professionnelle, 81% apprécient le suivi des élèves. Mais 73% estiment trop lourd d’avoir à la fois à faire clase et à exercer la fonction de directeur, 60% se plaignent du courrier à traiter, 67% du projet d’école. Enfin 59% se plaignent du harcèlement par des enquêtes administratives. « On nous envoie des enquêtes à traiter tout de suite dont la finalité n’apparait pas ou qui nous heurtent. Par exemple on va nous demander combien de PPRE on a mis en oeuvre avec Rased, alors que justement il n’y a plus de Rased et qu’on les regrette »‘, explique Ludivine. « On va ensuite nous reprocher de ne pas avoir mis en place ce qu’on aurait aimé faire ! » Chaque semaine l’administration lance une enquête sur la semaine du goût, ou de la sécurité routière… « On me demande si on a effectué une action en matière de sécurité routière avec le nombre d’élèves et de diplômes distribués. Il faut répondre tout de suite. Mais je suis en classe incapable d’en discuter avec les collègues », explique Benoit.
« Je veux être déchargé et protégé juridiquement tout en restant un collègue comme les autres ». Selon un sondage réalisé par le Snuipp en juin 2010 auprès de 10 000 enseignants, 72,5% des enseignants, 69% des directeurs ne veulent pas d’établissement de l’enseignement primaire (EPEP), des structures imaginées par le gouvernement Fillion. Très majoritairement les enseignants veulent un directeur qui soit aussi un enseignant, sans pouvoir hiérarchique. Les Epep ne sont acceptés que dans les seules écoles comptant 10 classes et plus. « Pour moi la question centrale, ce n’est pas le statut mais le fonctionnement de l’école », explique un sondé. Le modèle de direction que veulent les instits c’est pour 73% un fonctionnement d’équipe plus collectif. Ils revendiquent plus d’autonomie pédagogique. |
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