Les pratiques enseignantes « ordinaires » présupposent souvent acquis par tout ce qui ne l’est que par quelques uns, notamment le rapport à l’écriture et au langage. C’est parfois parce qu’ils sous-estiment le « saut cognitif » que les élèves doivent faire pour entrer dans les apprentissages qu’ils opèrent des « différenciations passives » dans lesquels les objets d’apprentissage sont invisibles, ou « différenciations actives » lorsque les enseignants différencient les tâches en creusant les écarts : du simple pour les plus en retard, et du complexe réservé à ceux qui comprennent.
« Parlez-moi de l’eau, je voudrais que vous me disiez comment on trouve l’eau… » demande une enseignante à sa classe. Si Samantha sait que l’eau peut être sous forme liquide ou gazeuse, et aller ainsi dans le sens attendu par la maîtresse, Lucas pose une question sur « l’eau normale » :
La littéracie étendue, chez Olson ou Googdy, c’est la culture écrite, l’utilisation de toutes les potentialités liées à la familarité avec l’écriture. Pas seulement graphier ou alphabétiser comme on l’a fait au XIXe. Rendre tout le monde capable d’utiliser l’ensemble des ressources pour une pensée fondée dans l’écrit, ses références et son rapport au monde, même quand on les utilise à l’oral comme le font certains élèves de la classe de la maîtresse qui voulait « parler de l’eau ». non pas acquérir une « connaissance encyclopédique » mais des attitudes et des compétences qui les rendent capables d’utiliser des documents. « C’est pour cette raison que PISA évalue ce type de compétence, et non des connaissances ».
« Cadrer les situations pour qu’on sache ce qu’on est en train de faire, tente Jacques Bernardin, dévoiler les procédures et les manières de faire, identifier les déraillements pour faire trace pour ne plus refaire demain les mêmes erreurs, mettre en relation, catégoriser, poser des questions qui incitent à faire des inférences ou à réagir, plutôt qu’à prélever un indice simple, repérer les marques discrètes de ponctuation qui changent tout dans le sens, construisent des postures de lecteurs, de littéracie étendue, pour enfin « parvenir à faire, avec ce que je sais, ce que je ne sais pas encore faire, passer du contrôle à l’appui à la compréhension, en lecture comme en production d’écrit ». Les rapports des inspections générales sont unanimes sur cette question… Il serait temps qu’on les aide à comprendre, comme disait une jeune élève de Cherbourg, que « des fois l’écrit ça sert à raconter des histoires, et des fois ça sert à pouvoir comprendre le monde »…
Une des tables rondes explorait la dimension éducative de Twitter : des professeures de tout niveau scolaire y ont témoigné de la « pédagogie du gazouillis » et de ses nombreux intérêts. Pour Nathalie Couzon, la Twittérature est en effet un excellent outil : « Pour moi, Twitter n’est pas le but, mais il permet de faire des apprentissages. C’est l’infiniment petit qui ouvre sur l’infiniment grand », en l’occurrence la langue française. En quête de la formule, tout en jouant avec la langue, l’élève enrichit son vocabulaire et polit sa syntaxe : le tweet parfait, « madame, on va le faire ! », s’exclament certains, témoignant de cette ambition d’écriture que le réseau paraît susceptible d’engendrer. Un des intervenants rectifie d’ailleurs un préjugé : sur Twitter, royaume de l’instantanéité, on doit prendre son temps pour rédiger !
Le festival s’est, comme il se doit, achevé par une remise de prix, en l’occurrence des « tweets d’or » décernés à des élèves qui, dans des catégories différentes selon les âges, avaient été invités à imaginer le futur en 140 caractères : un tweet de 140 caractères maximum pour les plus petits, un tweet de140 caractères exactement (et comprenant une figure de style) pour les plus grands. Plus de 1300 élèves dans 5 pays ont participé au concours. « Demain, la Terre deviendra carrée et si quelqu’un s’aventure sur les angles droits, il deviendra lui aussi un cube », a proposé Elias. « L’ordinateur, la tablette, le téléphone mobile, le MP3, les réseaux sociaux. Le futur, c’est une série de mises à jour en continu », a tweeté un élève des Laurentides, dans une métaphore de circonstance.Interview (via Twitter)
